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Therion : "Sitra ahra"
Abstraction lyrique

vendredi 12 novembre 2010, par Vincent Ouslati

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A quel moment peut-on juger qu’un groupe a atteint le sommet ? Que loin de ses balbutiements, de quelques errements bien facilement pardonnables, ses géniteurs atteignent la sublimation de leur art ? Dans le cas de nombreux groupes, cet instant de grâce ne se constate qu’une, allez deux fois dans une carrière, souvent dans les premières années. Les suivantes n’étant parsemées que de vaines tentatives de rester proche du niveau ultime atteint. Question de chance, de boulot, d’inspiration, de grâce divine...

Pour qu’un groupe lambda atteigne cette perfection, il faut une savante conjugaison de ces divers éléments, et surtout que Jupiter arrive pile poil dans l’axe Mercure - Vénus un 24 décembre tous les 1.000 ans environ, sans compter les années bissextiles. Il y a donc bien une variable dans le plat de nouilles avec postérieur en son sein qui peut ou non invalider tout le travail vers le succès artistique. Therion pourrait aisément faire valoir que les coups de bol, ça les connait, démontrant ainsi par de savants calculs que le génie réside aussi de manière naturelle dans un crâne bien irrigué et une oreille que six milliards de nuls à travers le monde lui envient.
Ce cerveau qui flotte et cette oreille qui pavillonne à tout va se retrouvent proche de la tête bien faite d’un certain Christofer Johnsson, le genre de mec qu’il ne faut mieux pas tenter d’inviter à votre collation du samedi si vous ne voulez point perdre votre personnel de groupies.

Un groupe atteint l’apogée de son art lorsqu’il semble avoir tout dit en une œuvre unique. lorsque ladite œuvre possède en elle l’esprit de son créateur, son essence la plus profonde.
Nous parlerions de sculpture, de peinture, de littérature, il faudrait alors citer les travaux qui représentent d’un simple coup d’oeil les personnes responsables de leur élaboration. De Michel-Ange l’on en revient à son David, de Picasso son Guernica, de Céline, Voyage au bout de la nuit (quoique je voue un culte égal à Mort à crédit).
L’œuvre prend alors le pas sur n’importe quelle image se référant à son auteur, sa force évocatrice est telle qu’elle se détache dudit auteur pour se créer une vie propre, un modèle “parfait” qui pèse de tout son poids dans la culture populaire.

Reconnaître une telle importance à une œuvre, quelle qu’elle soit, peut demander des années, des siècles. Peu d’artistes novateurs se virent reconnus essentiels de leur vivant. En peinture, le cas d’un William Turner fait exception puisqu’il fut le plus jeune membre titulaire de la Royal Academy à l’âge de 27 ans. Turner était le peintre de la lumière, chassant avec obsession les ombres, les maîtrisant. De l’ombre naissait la clarté de ses peintures, il était ce fanatique des crépuscules maritimes, des couchers de soleils qui font et défont les fantômes. Turner, en plus d’être un bourreau de travail (on trouvera à sa mort plus de 20.000 ébauches dans son atelier de Londres) avait cette capacité à faire d’un sujet banal une toile chargée de mystères et de grandeur, dépeignant le ciel, le vent dans les voiles, la mer et son mouvement perpétuel.
Rien n’est plus semblable à une peinture de Turner qu’une autre peinture de Turner ? Rien n’est moins vrai, car le peintre fut un chercheur inlassable, en quête éternelle du parfait coucher de soleil, de la représentation poétique des éléments, de ce sacré coup de pinceau qui fera de sa toile une toile unique.

Christofer Johnsson est en cela proche d’un Turner, car l’un comme l’autre cherchent toujours cette perfection, à force de travail acharné, de nuits blanches. Pourtant, comme Turner, Johnsson a atteint la célébrité, la reconnaissance de ses pairs de son vivant, un respect pour sa carrière et son travail.

Lorsque l’on atteint cela, pourquoi poursuivre, pourquoi chercher encore alors que l’on a déjà - visiblement - tout ?

Peut-être que ce n’est pas tout, justement. Peut-être que la quête personnelle vaut bien plus que la reconnaissance, accessoire, indéfinie. Lorsque Therion fait paraitre Sitra Ahra, l’on ressent que le groupe est en passe, ou a enfin atteint une sorte d’apogée dans sa création, cet ultime coup de pinceau dans l’air qui fait le chef-d’œuvre que beaucoup cherchent et que fort peu atteignent.

Sitra ahra est au-delà d’un nouvel album de metal symphonique estampillé Therion, il est une entité qui prend vie hors de tout carcan, possède cette perfection innée qui déborde de son cadre métallique, et devient une source d’inspiration, une référence. Atteindre dès maintenant ce but signifierait par la même que Johnsson n’aurait plus de raisons de poursuivre et se limitera désormais à peindre quelques monstres marins et grotesques pour achever sa carrière, à l’instar de Turner.
Mais n’allons pas jouer les faux prophètes, pas encore.
Car oui, Sitra ahra est un disque inspiré, magnifiant cet art délicat de la symphonie de métal, de par ses mélodies, de par sa grandeur, de par ses mystères, une épreuve talentueuse qui fait jaunir ce qui l’a précédée et amoindrit jusqu’à l’existence d’une concurrence.

On dit de Turner qu’il fut le précurseur de l’abstraction lyrique, Christofer Johnsson est proche d’appliquer ce précepte à la musique, si ce n’est déjà fait.



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Vincent Ouslati





Il y a 8 contribution(s) au forum.

Anaïs
(1/4) 26 février 2015, par Anaïs
Therion : "Sitra ahra"
(2/4) 21 novembre 2010, par mvdx
Therion : "Sitra ahra"
(3/4) 13 novembre 2010, par Fubuk
Therion : "Sitra ahra"
(4/4) 12 novembre 2010, par Rico




Anaïs

26 février 2015, par Anaïs [retour au début des forums]

Mais quel billet passionnant. D’où viennent toutes ces idées ? C’est tellement rare de voir des infos intelligentes sur internet. Comment faire pour vous écrire ?

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Therion : "Sitra ahra"

21 novembre 2010, par mvdx [retour au début des forums]

Cet almbum est en effet moins gothic que le précédent qui rien que par son nom "Gothic Kabbalah" affiché clairement l’ambiance.
Ici on est plus dans le théatral et dans l’opéra pur. Il faut plusieurs écoutes pour resentir toute la puissance des morceaux dont les choeurs sont les pièces maitresses. Et c’est sur seine que l’on ressent vraiment l’ambiance de Therion.
Cet album n’a rien à voir avec les précedents, et reste pourtant dans la continuité.
Bravo à Therion qui sait nous proposer un style de musique unique à eux et toujours unique.

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Therion : "Sitra ahra"

13 novembre 2010, par Fubuk [retour au début des forums]

Je n’ai pu que jeter brièvement l’oreille sur cet album mais bien qu’il m’ait paru fort sympathique, je partage en parti l’avis de Rico. On est très loin du précédent album qui reste de loin leur plus grand chef-d’œuvre et sûrement le plus difficile d’accès selon moi.

Déception ? Non, pas vraiment. Après un album de la trempe de Gothic Kabbalah je ne vois pas comment Therion aurait pu faire mieux dans ce domaine. Ils auraient pu nous offrir une galette resucée comme nombre de groupe ont pu faire après avoir atteint le sommet de leur art, mais non. Ils n’ont pas pris la grosse tête et sont revenus vers des choses plus épurées, plus accessibles (enfin, ça reste du Therion...).

On peut regretter la puissance de GK mais on ne peut pas non plus les condamner pour avoir "trahi" leur art. Je crains, malheureusement, que beaucoup de gens ne soient déçus et considèrent ce nouvel album mauvais... Dommage car même si, comme je l’ai déjà dit, je n’en ai pas encore vraiment fait d’écoute attentive, je suis sûr qu’il est très bon en lui même.

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Therion : "Sitra ahra"

12 novembre 2010, par Rico [retour au début des forums]

Belle emphase. Hélas, l’album est, selon moi, bien en deça du précedant. Quand Gothic K. se voulait au carrefour de bien des aspirations, aidé en cela de la créativité conjointe du batteur de l’époque, du baroque bien employé de Snowy Shaw , de soli enfin libérés en milieu de morceau et non plus dans les cinq minutes finales... Bref, Therion revient à ses albums ennuyeux, succession de mesures ressassées, empilées jusqu’à l’écoeurement dont certes quelques passages provoquent encore le frisson, mais sont bien trop isolés pour imprimer du renouveau, ou de l’audace. Pire, la production parait rachitique, tout comme les choeurs curieusement fluctuant dans leur intensité. Le génie et brio de Gothic se sont évaporés. Dommage.

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