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Soulfly : "Omen"
Des sentiers à l’autoroute

mercredi 7 juillet 2010, par Vincent Ouslati

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Il est toujours difficile d’aborder le cas de l’un sans occulter le cas de l’autre. Aborder Soulfly sans laisser entendre qu’on pleurniche toujours sur la "fin" de Sepultura tient de l’aveuglement inconscient. On ne s’en ira pas fumer les marguerites et balayer d’un trait cette filiation, ce cordon ombilical qui semble toujours plus tendu mais qui jamais ne casse. Pourtant la sortie d’Omen pose encore une fois la bien douloureuse question : plutôt Soulfly ou plutôt Sepultura ?

Revenons en 2008, Sepultura nous surprenait avec un A-Lex d’une rare complexité, brutal, qui semblait aller dans des directions nouvelles sous l’égide de ses mentors Kisser et Greene, convaincus que la survie (moins médiatique qu’artistique désormais) passait par l’expérimentation sans limites. De son coté, Soulfly offrait ce qu’on attendait d’eux, du bien costaud et des ambiances tribales comme aux temps sombres, risquant de lasser, mais respectant leur cahier des charges. Cette déchirure qui s’en va béante entre les représentants de la marque Sepultura et les dépositaires de son organe vocal le plus célèbre semblait alors ne plus pouvoir se refermer. L’un comme l’autre confirmant des voies bien différentes, presque opposées.

Qu’en est-il d’Omen ? Il est clair que cet album n’ira pas offrir de pont nouveau pour atteindre la difficile mutation du groupe originel. Soulfly continue lui sur un boulevard fraichement asphalté, lançant ses uppercuts et invectives de façon toujours aussi efficace. Pourtant, Max semble avoir incrusté dans le marbre les quelques remarques concernant Conquer. Bien que ce dernier soit un bon album, la multitude d’intros, d’outros, trop c’était trop (arf...). C’est en partie ce qui donnait cette essence si spéciale au groupe, lui permettant de se démarquer, de s’aérer aussi entre deux gueulantes bien senties. Sauf que l’agencement parfois mal foutu faisait qu’on commençait à chougner avant même que le vingtième petit break acoustico-tribal ne démarre. Omen semble avancer à poil, plus compact, plus ramassé sur des speederies sans pitié à l’image de l’introductif Bloodbath & Beyond, qui envoie la purée et dit tout en deux minutes et trente secondes. Donc finies les angoissantes mises en bouche type Blood fire war hate, on va à l’essentiel, mieux, moins bien, pas évident vu que ces deux titres aussi différents soient-ils sont excellents au demeurant.

Cette quête de la simplification n’en est pas une, elle serait plutôt une quête de l’efficacité. Une efficacité qui vire l’inutile et s’arme du nécessaire pour marquer les esprits, et Cavalera nous impose avec succès des boucles électroniques sur Rise of the fallen, certes discrètes mais bienvenues, même le fort court interlude tribal (l’un des rares sur cet album), estampille de la marque n’en rajoute pas. Greg Puciato de The Dillinger Escape Plan y accompagne Cavalera afin de remplir le quota de featuring inhérent à un disque de Soulfly. Pas tant que ça d’ailleurs, puisque seul Tommy Victor de Prong viendra apporter sa contribution sur le bien bandant Lethal injection. Soulfly s’en tient a ses propres forces et Omen s’en ressent, moins vadrouilleur, plus personnel.

Efficace mais point basique, Great depression ne s’interdit pas un superbe solo de guitare heavy à mi-course, s’insérant à merveille dans l’ensemble. Kingdom semble parfois se rapprocher de la martialité du vieux Rammstein, notamment au niveau du refrain, au rythme plus lent. Seule la guitare qui s’envole sur la fin nous rappelle qu’il s’agit bien de Soulfly et que l’on se cogne une de ses meilleures galettes (merde j’ai vendu la mèche).

Alors que Conquer s’étirait en longueur, l’on s’étonne sur Omen d’arriver très rapidement à mi-disque, ce qui coïncide avec Jeffrey Dahmer, le fameux cannibale de Milwaukee qui assassina entre 1978 et 1991 dix-sept jeunes hommes dans des conditions pas bien jolies. Il finira par se faire buter en 1994 par un compagnon de cellule se prenant pour Jésus-Christ alors qu’il purgeait sa peine de 957 ans de détention dans le Wisconsin... D’un point de vue musical, c’est nettement costaud mais pas aussi violent que l’on pouvait s’y attendre, Max se faisant entendre parfois nettement, "Jeffrey Dahmer, master cannibaaaal" et balançant ici encore un titre pêchu et entrainant, plus heavy que thrash.

L’hymnique Vulture culture, la machine à pogos d’Omen, Mega-doom (tout est dans le titre), voire Counter Sabotage qui s’orne de guitares venimeuses, tout suinte l’addiction à hautes doses. Bien que semblant plus concis, Omen est certainement plus abouti que son long prédécesseur. Cavalera est parvenu à pondre un missile qui ne fait pas de concessions ou si peu. Je passe sous silence le traditionnel Soulfly (le septième...) qui clôt le chapitre, il parvient à être encore plus anecdotique que Soulfly VI, pas mince comme exploit.
D’aucuns pourront regretter ce retour plus frais et simpliste de la musique de Soulfly. Je trouve pour ma part que le groupe y gagne sans y perdre son âme. Loin d’un présage devenu réalité, les liens d’avec Sepultura s’en trouvent définitivement brisés tant les deux démarches sont contradictoires. Le vaisseau-mère complexifie à l’heure où Max synthétise, ces deux-là prennent la même autoroute mais ne vont vraiment plus dans le même sens...

Sepultura ou Soulfly ? A tout prendre, je garderai bien les deux.



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Vincent Ouslati