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Ozzy Osbourne : "Scream"
Du vieux crapaud et quelques tétards

mercredi 30 juin 2010, par Vincent Ouslati

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Cher Ozzy,

Je reconnais que je me fous souvent de ta gueule, mais t’aides pas non plus beaucoup à ce qu’on te file un Nobel. Rien que faire défiler ta famille de perdus face caméra, fallait être soit très cynique soit très à l’ouest, je soupçonnerais un subtil agrégat de ces deux critères dans ta caboche. En fait, j’ai pas trop suivi tes exploits à la téloche, m’intéresse pas, ni tes clébards et encore moins tes discours baveux. Je préfère nettement lorsque tu touches à la musique.

Mais je dois avouer que dernièrement, c’était pas terrible ce que tu faisais, bah attends, Ozzmosis, tes covers et ton cul sur MTV, bof quoi.
Et puis Black rain, c’était pas mal niveau textes, je dis pas, mais la zizique mon Ozzy, ça puait le best of de Black Label Society par tous les trous. Il crache toujours autant Zakk Wylde ?
Ça sentait la fin quoi... Non, tu vas pas crever hein, fais pas comme Dio putain, pas encore.
Repose ta colombe, je parle juste de fin artistique... Bon garde la colombe alors. Je pensais en rester là franchement, un petit disque pour finir et tu repars dans ta villa chasser les mouches avec ton fusil, pas glop mais tant pis.

Mais Cher Ozzy, la surprise n’en fut que plus grande lorsque je pus écouter ton dernier né, le bien-nommé Scream. Et je te le confirme, c’est plus vendeur que "Soul Sucka".
Tu as fait le ménage et pour le coup, je remercie ta femme d’avoir parfois de bonnes idées, parce qu’envoyer paître Zakk Wylde (il squattait depuis 1988, faut dire) et le remplacer par le petit Grec qui monte en la personne de Gus G. vous avez fait fort.
A peine 30 ans et des projets plein le classeur le Gus, rien que Firewind franchement vaut le détour, mais tu connais, inutile d’en ajouter.
Comment avez-vous eu une aussi bonne idée ? Je regrette par contre que vous ayez aussi dégagé Mike Bordin. Sharon serait encore active, ça pouvait s’expliquer par un premier jour de règles douloureuses et l’état d’agacement qui s’ensuit, mais c’est plus trop le cas je crois... Vu le niveau de son successeur, le regret s’évanouit bien vite. Tommy Clufetos qu’il s’appelle hein ? Un bon petit CV également et une belle prestation de fait.

Tu vois que je tourne un peu autour du pot, ma foi, pas tous les jours que l’on écrit à une célébrité, j’ai peur de dire trop de conneries, trop de machins culculs, et exprimer toute ma reconnaissance sans verser dans une fan attitude que je critique d’habitude.
Que l’on peut être minable parfois devant plus grand que soit.

Car oui, mon Ozzy, je suis perdu et fasciné par ce nouvel album. Dans Let it die, tu résumes tout ce que l’on pense de toi mais tu t’en fous, tu es ce que tu es et tu nous emmerdes, et je crois bien que l’on aime être malmené par ta voix, certes trafiquée au bulldozer mais si délicieusement particulière.
Ce premier titre passe en heavy rotation dans ma platine, j’adore. Gus G., tu lui laisses beaucoup de place pour s’exprimer, signe d’une grande confiance en son talent, je ne vais pas te contredire, le bonhomme est doué, magistral, et fait sonner ton bébé drôlement bien.

C’est moins industriel non ? On dirait que Kevin Churko et toi ont décidé de revenir à un son plus heavy, quelque chose de plus rond dans l’approche qui me rappelle furieusement No more tears.
D’ailleurs, c’est la même perception que pour ton joujou de 1991. Aux premières écoutes, je me disais "ouais, sans plus" et puis en se prenant tout ça en intraveineuse, je prends conscience du miracle que sont tes disques.
Exemple, Let me hear your scream, je le trouvais médiocre au début, je le reconnais désormais comme fort bon, tu séduis rarement du premier coup il est vrai.
Soul Sucka est moins mémorable, lente et un poil trop chargée en instrumentations diverses. Je vais pas chipoter plus avant, j’aime pas. Mais ne te fâche pas, car ensuite, tu te surpasses carrément.

Parce que Life don’t wait déjà, mais comment as-tu encore pu sortir une ballade aussi bonne, tout est beau là-dessus, touchant, la basse de Nicholson, et ce solo de guitare... Le rajeunissement des cadres est un bienfait pour la société.
Diggin’ me down et son intro acoustique, surprenante mise en bouche, mais quelle classe, quelle élégance dans le jeu de Gus G. Et la furie qui suit, écrasante de puissance, je veux les pilules qui font atteindre les cimes d’autant de bonnes choses. Puis ce riff monstrueux et toi mon Ozzy qui y va, emporté, sûr de toi, fou de ton dernier salut aux fidèles dans une diatribe contre Jésus et ses potes des plus sulfureuses, fais gaffe que Sharon ne lise pas le livret, pas convaincu qu’elle apprécie tout.
Les quelques touches de clavier au final, le tempo qui ralentit et ta voix qui prends aux tripes, tu es décidément quelque chose d’unique.

Ici, j’en viens à moi-même déballer mes organes, car Crucify est mon petit protégé personnel. L’ouverture entre mélancolie et obscurité est magnifique, les changements de tempo sont maîtrisés à la perfection, le refrain me file des frissons dans la ligne droite qui va du cou au cul, putain mais que j’aime ce disque.
Juste après, je trouve Fearless un peu trop brutale du coup, bien que bonne, je n’ai pas encore accroché, mais je reconnais que tu donnes tout ce que tu peux là-dessus et tes collègues s’éclatent, belle équipe au demeurant.

En réalité, j’aime mieux lorsque tu baisses le rythme, comme sur Time, franchement pop au démarrage si ce n’était la batterie de Clufetos. Tu te prends encore pour John Lennon et ça marche mieux qu’il y a quelques années.
Je te rappelle que l’usage de lunettes ne change rien aux capacités vocales, si Sharon te dit le contraire, dis-lui que c’est une fucking quelque chose, elle comprendra.
Tu me donnes envie de chialer parfois, mais aussi de me remuer méchamment, I want it more comme tu le chante si bien. Les riffs solides, le refrain plus gentillet, je dis pas que c’est mon favori, mais c’est tout du moins surprenant venant de chez toi. Encore le contrecoup du rafraîchissement récent je suppose.
Puis Latimer’s mercy qui précède une courte et mignonne tristounette d’une minute...
Hormis le thème abordé, celui de l’euthanasie par l’exemple d’un Canadien (le sieur Latimer donc) qui "tua" (libéra ?) sa fille de ses souffrances atroces, la musique reste à l’image de ton album, carrée, difficilement critiquable tant dans le fond que dans la forme.

Tu m’as surpris mon Ozzy, mais vraiment, à tel point que je dus réécouter maintes fois certains titres pour être sur de ne pas m’être trompé avec un autre skeud.
Car voilà, t’as 62 ans et de la poussière dans les narines. Créateur avec quelques autres d’un mouvement musical, provoqué des myriades de sous-genres, des émules, des fans t’ont poursuivi jusque dans ta limousine, tu t’es fait jerter. Tu as bouffé des colombes, viré dingue, taré, psychopathe, fais des real-TV de merde qui t’ont rapporté la honte et plein de thunes, sorti quelques albums, des bons, des géniaux, des médiocres, tu as vécu quoi. Tu as manipulé quelques glands et fait rêver beaucoup d’autres, tu es un con, mais un con génial, un autiste merveilleux entouré d’une famille dont personne ne voudrait.
T’as 60 ans, un peu plus, et tu parviens malgré tout à émettre un cri, parmi les plus retentissants de ta carrière de crapaud, alors merci, tout simplement.

Ton dévoué fan.



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Vincent Ouslati