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Nomad Son : "The eternal return"
Quand l’élève dépasse le maître

samedi 6 novembre 2010, par Arnaud Splendore

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Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de chroniquer un groupe qui provient de Malte. En effet, hormis ses participations à ce bon vieux concours Eurovision, on ne peut pas dire que la production musicale de l’île est spécialement connue. Fort heureusement, son origine n’est pas la seule qualité de Nomad Son. Le groupe porte haut l’étendard du doom-metal et enfonce le clou avec son deuxième album, The eternal return.

Dans la famille doom-metal, Nomad Son ne peut pas cacher l’influence que Candlemass a sur sa musique. On retrouve, tout au long de l’album, la patte caractéristique des Suédois. Comme son modèle, le groupe œuvreans un doom que l’on qualifie d’épique, autrement dit avec une forte couleur heavy classique. Les parrains du doom contemporain ont fait leur fonds de commerce avec cette formule, mêlant avec bonheur des passages plombés caractéristiques du doom avec des envolées galopantes, dans le plus pur style Iron Maiden. Nomad Son applique la formule de ses maîtres avec fidélité, et le résultat est loin d’être désagréable.

Et dès The vigil, le titre qui ouvre cet album, on comprend qu’on n’est pas parti pour quarante-cinq minutes à se regarder les chaussures en se lamentant sur la condition humaine. Après une intro somme toute fort classique, à la limite du funeral-doom, le chanteur Jordan Cutajar cueille son public par surprise avec un hurlement digne de Rob Halford, période Victim of changes, et le groupe se lance dans une charge de guitares irrésistible. Le titre balance les tartes en boucle, et on pouvait difficilement espérer mieux comme début d’album. Et puisque je mentionne le chanteur, je me dois de préciser que l’homme est littéralement la perle cachée de l’album. Il officie dans un registre entre Mats Leven (Therion, Krux) et Lee Dorrian (Cathedral) et met l’accent sur le côté théâtral de sa performance, comme le faisait Messiah Marcolin à l’époque de Candlemass, ce qui convient parfaitement à ce genre musical. L’homme capte l’attention de l’auditeur dès le début et donne vie à ses chansons. L’homme du match en ce qui me concerne.

Mais le festival ne s’arrête pas là, puisque Nomad Son nous sort la grosse artillerie dès le deuxième titre. Sigma draconis est une véritable tuerie dans la plus pure tradition epic-doom, et soutient sans peine la comparaison avec les classiques du genre que sont A sorcerer’s pledge ou The well of souls. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de Candlemass, y compris le phrasé musical typique, les alternances de rythme et le thème fantastique, bien qu’ici plus porté sur la science-fiction. Ajoutez à cela une bonne dose d’orgue Hammond, seule différence significative entre Nomad Son et son modèle et vous obtenez un titre imparable.

Par contre, on peut regretter que cette bombe arrive un peu tôt dans l’album, parce que la suite en pâtit lourdement. De fait, si la qualité reste présente, aucune autre chanson ne se démarque au point de Sigma draconis et l’ensemble laisse un peu une impression de trop peu, même si les autres titres restent fort bien foutus, toujours dans le plus pur style Candlemass.
Comatose soul revisite le côté plus lourd du doom-metal et évoque même le premier album de Krux, avec son côté menaçant et son chant quasi déclamé. Winds of Golgotha exsude une ambiance maléfique qui sert de toile de fond à une performance exceptionnelle du chanteur. Et Throne of judgment conclut l’album de fort belle façon, offrant à l’auditeur de nouvelles envolées épiques et se terminant sur Cutajar qui déclame en boucle « I am the Lord ». Efficace, pour le moins.

Reste que votre serviteur se retrouve face à un dilemme. Fondamentalement, la musique de Nomad Son n’apporte rien de nouveau. Nous sommes ici en présence d’un pur copié/collé de la formule de Candlemass, ni plus ni moins. Enfin, hormis l’orgue Hammond, mais ce n’est pas comme si l’utilisation de cet instrument était une révolution. En règle générale, c’est le genre de pratique qui me laisse au mieux froid, au pire passablement frustré d’un tel manque d’originalité. Le problème est que dans le cas présent, la susdite formule est appliquée avec une redoutable efficacité et disons-le franchement, ça fait des années que Candlemass ne nous a pas gratifié d’un album d’une telle qualité. Là où les Suédois ne font que répéter en boucle et avec un manque d’inspiration caractérisé leur marque de fabrique, Nomad Son redonne un nouveau souffle de vie à l’epic-doom popularisé par Leif et sa bande. Quand l’élève dépasse le maître, ce n’est sans doute jamais fort original, mais putain qu’est-ce que c’est bon !



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Arnaud Splendore