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KoRn : "KoRn III - Remember who you are"
Il serait temps, ouais...

mardi 10 août 2010, par Vincent Ouslati

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Je l’aime bien Jon Davis, c’est pas le sujet, et il faut bien admettre qu’il a fait ici de gros efforts. Rien que ressortir le même producteur que pour les deux premiers albums, soit le pape du nu-metal Ross Robinson, fait partie de ces gros coups de pub dont il est spécialiste. D’où cette estampille "KoRn III", qui signifierait que le reste de la discographie n’aurait pas été du vrai KoRn mais de la vague pisse de chat, c’est méchant pour les mecs qui ont acheté ces ersatz, mais on savait pas, on était pas au courant, il nous l’avait pas dit Jon.

Et zyeutez-moi cette jaquette... Rappelez-vous sur le bien-nommé KoRn de cette gamine jouant à la balançoire et cette ombre humaine couvrant le sable, d’où une légitime inquiétude pour l’intégrité physique de la pauvre fillette. le groupe évoquait en une image tout le malaise diffusé dans et par sa musique. 2010, la gamine a grandi, ou serait-ce sa sœur, ou sa fille ? On ne nous dit vraiment rien, c’est agaçant. Toujours est-il que le méchant bonhomme s’est payé une Buick d’occas’ et pourchasse toujours de ses drôles de nécessités l’adolescence fleurie. Tout change et rien ne change, souviens-toi de qui tu es, KoRn s’en est rappelé, malheureusement.

On veut quoi au fond, du rock-KoRn, du metal-KoRn, du gothic-KoRn, du pop-KoRn ? [1] Jamais le groupe n’aura été aussi bon et différent que lorsqu’il lâche ses vieux démons et s’intègre dans un nouveau panorama sonore. Untouchables ou encore See you on the other side en sont des démonstrations criantes. C’est le genre même de types incapables de suivre une recette trois fois de suite, ils vont forcément foirer la tambouille au troisième coup en lisant de trop près les ingrédients. Alors quand Davis, tout fier de lui vous fait miroiter un album dont même les poils de cul auraient l’odeur des débuts, on a peur et on a raison, ils vont se planter, c’est assuré dans le contrat.

L’échec n’est pas immédiatement visible, parce que mine de rien, les fondamentaux restent solides. En gros, batterie qui file des syncopes, Fieldy faisant vrombir sa basse, et tension du slip si intolérable qu’on a envie de crier Maman. Toujours ces rythmes et ces sons capables d’éveiller des sentiments d’angoisse typiquement enfantins, de susciter le cauchemar et le malaise. Hormis Nine Inch Nails (il y a longtemps) et dans une autre mesure Joy Division (faut vraiment que j’actualise mes références...), rares sont ces groupes capable de dégager autant d’ondes négatives et morbides sans tomber dans du punk goth de bazar. Merci les références koRniennes de rigueur, le refrain hurlé mais souvent popisant, quelques petites bidouilles en fond pour dire qu’on a bossé les arrangements, Oildale est donc une bonne chanson, ou plutôt un bon single, énorme nuance. Car l’on attend pas d’un single une œuvre intemporelle, mais plutôt un amuse-gueule au gout et à l’odeur qui donne le ton de l’album, qui en allume la mèche. Sauf qu’Oildale (Leave me alone) se suffit à lui-même (beh oui), c’est KoRn, on connait, ils faisaient ça il y a quelques années et c’est terrible, mais on s’en fout un peu d’Oildale.

Refroidi le fan ? Un peu, forcément, alors il se rassure avec la pluie de marteaux de Pop a pill et il se reprend, on peut pas minauder sur un tel morceau. En fait, c’est si directement accrocheur que dix écoutes plus tard, vous aimerez toujours autant. Ça n’a rien de nouveau, aucun défaut, et le break acoustique lui donne la caution progressive et aboutie qui fait du bien sur l’étagère. Les baveux du fond iront aussi s’extasier devant le savoir-faire de la bande sur Fear is a place to live ou The past. C’est vrai, c’est bien, mais n’en demandez pas plus.

Hormis ces quelques bons moments, l’on s’enfonce dans une sorte de best-of à peine réchauffé, rempli de morceaux faussement angoissants, de petites fulgurances troublantes sans pour autant s’incruster durablement, avec série de modulations de voix de Davis des plus habituels. A tel point que KoRn sonne parfois comme du System Of A Down mou. Dommage, car la troupe semble carrément avoir sué des litres pour sortir ces quelques titres. Le malaise, la tension sont bel et bien là sauf que le malaise provient de cette impression de refourgue et la tension se rapporte à cette envie irrépressible d’arrêter l’album toutes les trois minutes et de retourner se faire pipi dessus sur Life is peachy.

Davis n’est pas un mauvais vendeur et on serait tenté d’accrocher au gros visuel, d’acheter fissa la version bonux puis d’aimer ça au moins une semaine. Sauf qu’à trop remuer les vieux fans, à leur faire miroiter du nouveau/vieux comme si c’était l’ultime tendance au rayon métallique, le plan marketing coule. Autant au niveau musique qu’au niveau des textes, souvent parodies de ses premiers écrits. Davis n’avait pas coutume de forcer le trait auparavant : gratifié d’un poste de veilleur de nuit dans une morgue, il ne fallait pas aller chercher bien loin les quelques idées morbides qui lui venaient et qu’il couchait avidement sur le papier.

Mais ça, c’était avant que KoRn n’ambitionne un poste élevé dans la hiérarchie des groupes de metal qui comptent et que Davis arrête de surveiller des macchabées pour bouffer. Bien que l’interprétation reste correctement malsaine et désordonnée, on n’y croit donc plus vraiment, voire plus du tout. Les racines ont du bon tant qu’on évite de les extraire de la tourbe. Mises à nu, elles pourrissent vite...


[1] C’est pourri, je sais, mais l’estimable direction rédactionnelle de cet illustre webzine quasi centenaire que le monde nous envie, voire au-delà, me paie au mot alors on en place quelques bien mauvaises histoire de gonfler, mais il faut toujours prendre garde que ça ne se voit pas trop, bien entendu, sinon les gens vont encore critiquer.



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Vincent Ouslati





Il y a 3 contribution(s) au forum.

KoRn : "KoRn III - Remember who you are"
(1/2) 26 novembre 2010, par spock27
KoRn : "KoRn III - Remember who you are"
(2/2) 11 août 2010, par Visiteur




KoRn : "KoRn III - Remember who you are"

26 novembre 2010, par spock27 [retour au début des forums]

tu as bien résumé cet album ; parfois on se demande si le meilleur de cette plaque n’est pas son visuel [ le coup de la petite fille qu’on menace, David nous l’a déjà fait souvent) _ c’est aussi un peu racoleur, de mettre tjs des ados sur la pochette alors que les mecs de Korn n’ont plus vraiment l’âge de leurs fans :- ? ]

encore que. qui écoute encore Korn ?

le problème est pluriel. le disque n’est pas un retour au source, il est tout simplement bourrin. leur nouveau batteur ne vaut pas le beau David (oui, y a une blague), ni Bozzio, l’ancien batteur de Zappa.

une rumeur prétend qu’il voulait devenir membre à part et toucher plus de sous. je pense que le groupe aurait eu une bonne idée en le conservant. Head n’est plus là et un autre guitariste aurait été également le bienvenu !

niveau inspiration : il suffit d’écouter Korn III et Untitled pour se rendre à l’évidence ; Korn n’arrive plus à surprendre.

d’ailleurs, je me demande s’il y a un groupe qui a réussi un album en promettant de revenir aux sources. Korn a tjs évolué d’album en album ; sans rien révolutionné certes. là, c’est moins un retour aux sources qu’une simple et nette régression. et pourtant : quel dommage car quel son quand même !

al.

merci Vincent de nous parler de groupes de hard ! c’est pas vraiment tendance chez pop rock, je pense :-p

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KoRn : "KoRn III - Remember who you are"

11 août 2010, par Visiteur [retour au début des forums]

Vous avez oublié le "Korn’ed-Beef"

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