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Jorn : "Dio"
Hommage en demi-teinte

lundi 9 août 2010, par Arnaud Splendore

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La chose était quasiment inévitable avec la mort d’un des personnages les plus marquants et influents de la scène heavy, le cortège d’hommages plus ou moins heureux devait faire son apparition. Pour la peine, c’est Jorn qui essuie les plâtres avec un album de covers du lutin magique. Si on ne peut pas taxer Jorn d’opportunisme, à l’inverse des grosses putes de Manowar, et si le talent du Suédois n’est plus à mettre en doute, on est par contre en droit de se demander quelle est l’utilité d’un tel objet.

Ceux qui suivent la carrière de Jorn le savent sans doute, l’homme a deux grandes influences dans sa carrière : David Coverdale et Ronnie James Dio. A la suite du décès de ce dernier, Jorn a donc pris sur lui de lui rendre hommage de la seule façon qu’un musicien connaisse, par un album de reprises. Pour être exact, les choses ont commencé par une chanson originale, la subtilement nommée Song for Ronnie James. Et c’est fort justement cette chanson qui ouvre l’album et, pour le coup, l’objet n’est pas trop mal foutu. Musicalement, on est dans du Jorn pur jus, des grosses guitares teintées 70’s et un style hard-rock dans la veine de Deep Purple ou de... Dio. Au niveau des paroles, Jorn se surpasse et, plutôt que de sortir le miel pour nous en tartiner trois couches, le Suédois évoque par des allusions et des images la carrière de Dio, ses chansons et l’impact qu’elles ont eu sur lui. Là où l’on aurait pu craindre un festival de guimauve, j’avoue être favorablement impressionné.

Une fois cette chanson pour Ronnie James dans la boîte, Jorn attaque les reprises en piochant de ci de là dans la carrière de Dio. Enfin, surtout dans la carrière solo de Dio. En effet, les fans de Black Sabbath n’auront qu’un mini-medley Lonely is the word / Letters from Earth à se mettre sous la dent, et ceux de Rainbow se contenteront d’un fort convenu Kill the King, qui renforce du coup sa position de chanson la plus reprise de Rainbow. Ceci dit, vu que ni Tony Iommi ni Ritchie Blackmore n’ont la réputation d’être prêteurs, j’imagine que le manque de titres issus du répertoire du sabbat noir ou de l’arc-en-ciel tient principalement à un problème de droits d’auteur.

Quant au choix des titres de la carrière solo de Dio, j’imagine que Jorn a dû choisir ses titres favoris de Ronnie, mais je regrette tout de même un certain manque d’originalité. Je veux bien que Holy Diver est sans conteste le meilleur album de Dio, mais cinq titres sur douze en sont issus et sans doute, à l’exception d’un fort bienvenu Invisible, les plus connus de l’album. Les plus connus et les plus repris, d’ailleurs. Conclusion, l’ensemble manque fort d’originalité et me laisse carrément sur ma faim. Autre regret personnel, Jorn zappe carrément Lock up the wolves et Strange highways. Sincèrement, on aurait apprécié plus de variété dans les choix des titres repris.

En parlant de manque d’originalité, les reprises en manquent cruellement aussi. Ce n’est pas vraiment une surprise, vu que Jorn évolue dans un style fort proche de celui de Dio, mais là on est tout de même en présence de reprises à l’identique. Le problème est que, comme souvent, l’original est supérieur à la copie. Jorn est certes un excellent chanteur, mais il ne sera jamais du niveau de Dio. Le véritable talent de Ronnie James résidait dans ses talents de conteur, sa faculté à faire vivre ses textes. Jorn, pour sa part, se borne à réinterpréter les chansons, et il leur manque cette étincelle de magie.

A défaut, Jorn aurait pu faire vivre ces chansons en leur imprimant sa marque, son identité. Mais là aussi, le Suédois rate le coche. C’est brutalement évident lorsque l’on compare les reprises de Jorn à d’autres reprises de Dio. Prenons par exemple Blind Guardian et leur cover de Don’t talk to strangers. Les Allemands évoluent également dans un style proche de Dio et ne se permettent pas de fantaisies avec l’original. Pourtant, on retrouve instantanément le son et le style particulier de Blind Guardian. La chanson possède sa propre identité et a ainsi une raison d’exister aux côtés de la version originale. Si l’on compare avec la version que Jorn fait de la même chanson, le résultat est assez brutal.

Au final, on se retrouve donc avec une galette fort dispensable qui ne marquera pas les esprits, loin s’en faut. Hormis les fans inconditionnels de Jorn, le disque ne risque pas d’intéresser grand-monde. Tous les autres se reporteront au catalogue de Ronnie et ses classiques immortels. Jorn désirait rendre hommage à un de ses mentors, c’est chose faite. L’album a le mérite d’exister, mais c’est le seul et c’est bien regrettable, parce que l’occasion était belle.



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Arnaud Splendore