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Iron Maiden : "The final frontier"
Eddie en orbite ?

samedi 21 août 2010, par Arnaud Splendore, Vincent Ouslati

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Depuis le retour de Bruce Dickinson dans le giron de la Vierge de Fer, les anglais ont établi clairement une chose : le groupe n’est pas là pour faire de la figuration en se contentant de vivre sur ses acquis. Hors de question de refaire inlassablement le même album, confiant dans le fait que les fans s’en contenteront. Maiden n’a que faire de son statut de légende, et compte bien défendre chèrement sa peau en prouvant à chaque occasion que le groupe a toujours sa place dans la scène musicale actuelle. Et si A matter of life and death ne suffisait pas à le prouver, les Anglais enfoncent cette fois-ci le clou de façon magistrale, et le marteau s’appelle The final frontier.

Le thème de science-fiction choisi pour l’album est assez bien approprié, vu que l’album sonne de façon totalement extra-terrestre pour du Maiden. Avec ce Satellite 15... en guise d’introduction, les Anglais avertissent clairement leur public : attention, ceci n’est pas le Maiden que vous connaissez. La chanson s’ouvre sur des guitares plutôt bruitistes et ce n’est que quand Bruce Dickinson intervient que l’on est rassuré. Mais même ses passages sont étranges, en retrait et comme scandés plutôt que chantés. La bizarrerie se prolonge ainsi jusqu’à ce que le titre explose en Final frontier, qui remet tout le monde d’équerre. On y retrouve bien entendu les éléments classiques du groupe, comme les cavalcades de basse et les harmonies de guitares. Ces touches qui furent longtemps la marque de fabrique des Anglais parsèment tout l’album, mais ces éléments sont moins présents qu’à l’habitude, comme si le groupe voulait juste rassurer l’auditeur de temps à autre. Si si, c’est bien un album d’Iron Maiden, on vous assure !

En cela, The final frontier exige beaucoup de l’auditeur. On n’est plus en territoire connu et il est virtuellement impossible de se glisser dans le confort des repères habituels du groupe. Mais l’album vaut vraiment la peine que l’on fournisse cet effort pour s’approprier toute sa richesse. Par exemple, un titre comme Isle of Avalon ne sonne pas du tout comme du Maiden, et pourtant les éléments qui constituent la base du son du groupe sont bien présents, mais réarrangés pour proposer quelque chose de nouveau. Et rien que pour cela, chapeau bas aux Anglais, parce que oser un truc pareil à ce stade de leur carrière, faut les avoir sacrément bien accrochées !

Car c’est bel et bien un album très riche. Si de prime abord, il peut sembler moins complexe et plus direct que A matter of life and death, lorsque l’on commence à prêter vraiment attention aux chansons, on se rend compte que l’album est encore plus fouillé que son prédécesseur. Là où un titre comme Lord of light était incroyablement pompeux et démonstratif, une chanson comme Starblind, tout en foisonnement d’idées, sonne de façon beaucoup plus naturelle. La qualité et la richesse des chansons atteint son apex avec Where the wild wind blows, troisième titre le plus long de la carrière d’Iron Maiden (après The rime of the ancient mariner et Sign of the cross). La chanson, qui clôture l’album, représente un aboutissement dans le renouveau de Maiden. Elle s’articule autour d’une mélodie toute simple (et qui fait furieusement penser à The riddle de Nik Kershaw) que le groupe développe au fur et à mesure que le titre gagne en intensité, avant de partir en vrille épique typique de la Vierge de Fer. Avec ce titre, les Anglais nous livrent aisément la meilleure chanson du renouveau du groupe.

Autre aspect déroutant de l’album, mais qui, au final, contribue à la qualité globale de l’engin, Maiden a abandonné les ambiances sombres et pesantes de A matter of life and death (et dans une moindre mesure de Dance of death) en faveur d’un album plus groovy, plus lumineux. Certains titres, comme Mother of mercy ou Coming home, sonnent plus hard-rock qu’à l’accoutumée et contribuent aux ambiances variées qui composent l’album. Et c’est là la bonne idée de l’album. Là où de nombreux groupes de prog-metal se vautrent en ne proposant que du technique ultra-dense, voire étouffant (pour ne pas dire chiant), Maiden alterne les ambiances pour conserver l’intérêt de l’auditeur. Plutôt bien pensé, étant donné qu’il s’agit de l’opus le plus long de la carrière du groupe.

La star de l’album est sans conteste notre bon ami Bruce Dickinson. Le chanteur charismatique marque de son empreinte inimitable l’entièreté de Final frontier et, si l’on retrouve bien entendu ses envolées toutes en puissance qui lui ont valu son surnom de Air Raid Siren, Bruce, à l’image de ses collègues, explore de nouveaux territoires vocaux et nous montre des choses dont on ne le pensait pas capable. Sa performance sur Starblind est bluffante et j’affirme sans crainte qu’il s’agit du meilleur travail de Bruce, toutes époques confondues. Une attention toute particulière a été apportée aux harmonies vocales, notamment sur les refrains, et il n’hésite pas à jouer avec sa voix, la doubler ou suivre les mélodies de guitares. En parlant des guitares, justement, est-il bien utile de préciser que Gers, Murray et Smith sont toujours au sommet de leur forme et qu’ils sont toujours les guitaristes les plus sous-estimés de leur génération ? Et aux esprits chagrins qui mettront encore en doute l’utilité de trois guitares, je les invite à écouter cet album comme il se doit : au casque !

Avec ce quinzième album studio, Iron Maiden franchit l’ultime frontière de façon décisive. Fidèles à eux-mêmes, les Anglais d’Iron Maiden n’ont que faire des modes, de leur propre image ou de ce que les fans ou les critiques attendent d’eux. Hors de question de se laisser piéger dans un carcan heavy-metal trop restrictif, et hors de question de choisir la facilité. Maiden réussit à nouveau l’exploit d’être un des rares groupes avec autant d’années de carrière qui réinvente son son. Là où tant de groupes tentent vainement de se raccrocher à une gloire depuis longtemps passée ou de retrouver le son, l’énergie qui leur a valu le succès, et nous resservent inlassablement le même album au son fatigué et au passéisme consommé (oui, les petits gars de Megadeth, je vous parle), Iron Maiden nous livre un album résolument moderne et qui deviendra sans problèmes un classique du groupe, pour peu que le fan de base soit capable de faire preuve d’ouverture d’esprit. Nous sommes en 2010 et Iron Maiden est toujours au sommet de la pyramide metal. Up the Irons !

A.S.


Je voudrais a l’instar de mon camarade Arnaud vous faire une large et longue description de The final frontier, mais je sais parfaitement que vu la densité du bouzin, ma chronique sera prête en 2015. Ah, Iron Maiden... Chaque année qui passe voit mon enthousiasme pour les Anglais se tarir lentement. Le temps, l’évolution des mœurs, la crise, la Coupe du Monde de Foot (beurk...), tout est prétexte à se convaincre qu’enfin, mes tympans se doivent de virer de bord, de laisser s’échapper les Britons, en finir. Les engouements adolescents, ça va bien quelques années, puis faut grandir et écouter du Keane, l’album solo de Doherty ou du Ratatat, du respectable quoi. Mais rien n’y fait.

Chaque album que nos vieux bretteurs daignent nous balancer, je l’attends toujours telle une groupie décérébrée, les parties humides, la truffe également. Je me dis que l’on ne m’y reprendra plus, que les marionnettes géantes et les moulinets de guitare de Gers à cinquante ans, stop.
Pourtant je l’achète, le dernier des Anglais, parce que je les ai tous et par un réflexe de petit collectionneur nostalgique, il serait inconcevable de laisser s’échapper du matériel neuf de leur part. Notez que j’avais quand même acheté A matter of life and death en double CD édition spéciale, en édition vinyle Picture disc et le single A reincarnation of Benjamin Breeg en 45 tours… Je sais, je crains et tout en craignant, j’écoute The final frontier.

Quelques secondes passent.

Je ne reconnais pas Maiden, pas tout de suite et ça ne me choque pas. Cette introduction si curieuse provoque un sentiment que je croyais éternellement incompatible avec la liturgie maidenienne, je veux bien entendu parler de la curiosité. Ce sentiment si éteint qui revient ici se manifester, et dont je me délècte totalement.
Ce qu’Iron Maiden tente ici, il le réussit. Pas totalement non plus, et surtout de manière bien trop longue pour que l’on ne sente pas poindre quelques bâillements.
Ce qui frappe, ce sont non seulement ces musiciens qui remettent leur vieille routine musicale en cause, mais surtout que la glande au boulot est désormais un pêché mortel au sein du sextette. On a tant gaussé ces vieux groupes sur le fait qu’ils jouent désormais sans aucunement se sortir les doigts du cul que c’est un réel plaisir d’entendre cette vieille vierge se dévergonder ainsi.

Les liens d’avec A matter of life and death ne sont pas brisés, c’eut été con vu le succès critique obtenu, mais Harris est effectivement reparti de son album de 2006 en lui donnant plus de couleurs, en lui coupant les éléments les plus pompeux. Il en reste des traces, et la ressemblance - au moins structurelle - d’entre The reincarnation of Benjamin Breeg et son cadet The talisman n’en est qu’un exemple parmi d’autres (Brighter than a thousand suns et Coming home, réécriture, amélioration, ou juste de la repompe ?). Iron Maiden se réinvente, c’est exact, mais ce n’est qu’une nouvelle (importante) étape d’un processus vieux de dix ans.
Ce qui place à part The final frontier, c’est que le groupe a enfin fait une croix sur sa trop grande accointance à vouloir plaire à tout le monde (ils n’y sont jamais parvenus de toute manière). Ils ont perdus à jamais les adeptes d’Iron maiden et de Killers, perdus quelques autres (en fait, beaucoup…) dans les années 90, le reste a simplement grandi ou vieilli. Et chacun attend son propre Maiden, le épique, le heavy, le dur, le poétique, le mou du gland, le consensuel.

Chacun y va de sa défense des grands tubes (genre Can I play with madness, The trooper, Run to the hills, Fear of the dark etc, que des titres que personnellement je n’ai jamais vraiment aimé mais bon...). Cette fois, Maiden a dit fuck, on atteint pas 50 piges pour que le premier boutonneux qui passe nous chie dessus. On s’éclate, on se fait plaisir. La prise de risques est bien entendu minime, chaque membre ayant suffisamment de biftons pour se construire un Buckingham Palace dans son jardin, la variable économique ne fut probablement pas la plus longuement étudiée, on est pas chez Good Charlotte non plus.

Tant mieux vu que cette liberté nouvelle permet des morceaux aussi bons que Mother of mercy et sa thématique guerrière (une des rares réminiscences du précédent album au niveau des textes), le plutôt couillu ElDorado (dont je parlais avec force détails ici), le long When the wild wind blows (folklorique en diable), voire le pas si mal Coming home.
Une pièce telle que Isle of Avalon est si distincte du classique morceau épique de la bande (au hasard Rime of the ancient mariner ou Alexander the Great) qu’on douterait carrément que ce soit d’eux. Pourtant si, et malgré un refrain un peu pénible, il y a tant de choses à découvrir, tant de virtuosité maitrisée que la critique devient un art bien difficile. Tu voudrais en dire du mal (on pourrait en dire) puis voilà que le trente-quatrième solo de guitare déboule et tu fermes ta gueule. Tudju, vrai qu’ils sont doués, malgré tout.

Mais tout est affaire de contexte, de situation idéale pour écouter un disque aussi clairement ambitieux et de fait, très dur à assimiler. A se le taper d’une traite, ça va vous sembler simplement balourd et absurde. On est (toujours plus) loin de l’immédiateté punkisante des premiers albums qui mêlaient savamment mélodies accrocheuses et couilles de Di’Anno (ah quelle époque…). Non, l’immédiateté s’est perdue dans un art du détail qui ferait passer les pontes du mouvement pointilliste pour des feignasses. Pour peu qu’on s’intéresse un poil au genre, Iron Maiden est à respecter pour cette capacité de renouvellement que beaucoup de losers du même tonneau n’auront jamais.

Sans me convaincre dans son entier (car me faisant quand même parfois bien chier…), The final frontier est une sacrée démonstration, renouvelant le bazar sonore du groupe que l’on croyait pourtant voué à crever avec eux. Iron Maiden a choisi de ne plus perdre son temps à rallier tant les anciens que les allergiques sous sa banière, et c’est une belle preuve de sagesse. Si tu n’aimais pas avant, tu n’aimes probablement pas aujourd’hui et certainement pas plus tard. La question dépasse de loin la simple existence d’Iron Maiden mais bien notre conception réduite du bon et du mauvais gout. Un sujet aussi vaste que cet album…

V.O.



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Arnaud Splendore

Vincent Ouslati





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Iron Maiden : "The final frontier"
(1/6) 11 septembre 2013, par Chris
Iron Maiden : "The final frontier"
(2/6) 30 avril 2013, par Kallis
Iron Maiden : "The final frontier"
(3/6) 26 avril 2013, par CM
Iron Maiden : "The final frontier"
(4/6) 30 décembre 2012, par Baptiste
Iron Maiden : "The final frontier"
(5/6) 2 novembre 2010, par ahell
Iron Maiden : "The final frontier"
(6/6) 25 septembre 2010, par mike




Iron Maiden : "The final frontier"

11 septembre 2013, par Chris [retour au début des forums]

Je ne suis pas vraiment fan de hard rock mais les Iron Maiden sont parmis les groupes de musiciens qu’on ne peut pas ne pas connaitre ! Christian Pellerin

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Iron Maiden : "The final frontier"

30 avril 2013, par Kallis [retour au début des forums]

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Iron Maiden : "The final frontier"

26 avril 2013, par CM [retour au début des forums]

onvives sous peine qu’à trop vouloir briller devant l’assemblée vous risquez sur le sujet de vous avérer terne et de mauvais gout même si pour le reste vos opinions s’avèrent exactes.

Test Paper || Paper Cram || Paper Dumps

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Iron Maiden : "The final frontier"

30 décembre 2012, par Baptiste [retour au début des forums]

Le CLASSIQUE par excellence.
J’adore cet album.
Je lance un site du le poker, n’hésitez pas à me suivre ?

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Iron Maiden : "The final frontier"

2 novembre 2010, par ahell [retour au début des forums]

On peut garder à l’esprit le passé d’un groupe, mais avec une carrière aussi longue et après avoir traversé autant de mouvence.
Il ne faut pas tomber dans le piège de regarder tout le temps en arrière.
C’est album ne correspond pas aux codes des années 80 et autres.
Il est bien dans son époque. C’est bon pour les oreilles, c’est le pied à écouter en bagnole.
Si on ne accroche pas sur un morceau... on le passe et puis c’est tout.
C’est du très bon pour les oreilles ! (il faut pas hésiter à l’écouter plusieurs fois toutefois)

Si vous étiez un peu déçu par Dance of the Death ou A matter of life an death...
Celui ci est différent et bon !

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Iron Maiden : "The final frontier"

25 septembre 2010, par mike [retour au début des forums]

Hey ! it’s me

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