Pop-Rock.com



Heathendom : "The symbolist"
Dans l’ombre du Roi

mercredi 16 mars 2011, par Arnaud Splendore

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Periphery : "Periphery"
Accept : "Blood of the nations"
Mercenary : "Metamorphosis"
KoRn : "KoRn III - Remember who you are"
Ozzy Osbourne : "Scream"
Orphaned Land : "The never ending way of Orwarrior"
Times of Grace : "The hymn of a broken man"
Blind Guardian : "At the edge of time"
Charred Walls of The Damned : "Charred Walls of The Damned"
Crowbar : "Sever the wicked hand"


Deuxième album pour les Grecs de Heathendom et, de toute évidence, ça ne va pas mieux dans leur tête. Le précédent opus, Nescience, était déjà pas mal barré mais là, ils atteignent un nouveau seuil. Ça fait un bout de temps qu’il ne m’a plus été donné d’entendre un groupe présentant un tel mélange d’influences et parvenant à régurgiter quelque chose de cohérent, bien que totalement impossible à classifier. A défaut de pouvoir coller une étiquette sur leur musique, le terme « schizophrène » devra faire l’affaire.

Si vous ne connaissez pas encore Heathendom, attachez bien votre ceinture parce que la découverte risque d’être mouvementée. La Grèce nous a déjà offert quelques groupes qui proposent un metal résolument moderne avec un son et une identité propre. Citons au hasard Septic Flesh ou Rotten Christ, pour ne prendre que les plus connus. Heathendom ne déroge pas à la règle. Si Nescience cherchait encore ses marques, The symbolist impose une musique qui bouffe un peu à tous les râteliers, le groupe passant, parfois au sein d’un même titre, d’un power metal à la Iced Earth (My obedience) à un thrash ultra-technique façon Annihilator (An angel, a demon and a dying god), en passant par du doom sauce Candlemass (Sanctified). Tentez l’expérience et enchaînez les trois titres, vous verrez qu’on a parfois du mal à se dire qu’il s’agit du même groupe.

Mais l’influence la plus évidente du groupe vient du fait du chanteur. La faculté de Dimitris Koutsouvelis de passer d’un chant théâtral à un falsetto parfaitement maîtrisé rappelle furieusement un certain King Diamond. L’ombre du Roi plane sur l’entièreté de The symbolist et on verrait très bien un titre comme Black euphoria figurer sur un album du sataniste maquillé. Dimitris est quasi aussi impressionnant que le Roi lui-même et son chant schizophrène imprime une marque de folie sur la musique du groupe. Ceci dit, comme c’est le cas pour King ou d’autres chanteurs originaux (comme Warrel Dane de Nevermore), le plus grand atout du groupe pourrait être son plus gros désavantage. En effet, ce genre de performance ne peut pas laisser indifférent et soit on aime, soit on déteste. Rangez-moi dans la première catégorie, mais j’ai toujours été un peu bizarre.

Pour autant, le reste du groupe n’est pas à la ramasse et ce serait leur faire injure que de ne parler que du chanteur. Quand on veut s’attaquer à une musique aussi riche et mélangeant autant d’influences, il faut pouvoir assurer derrière. Fort heureusement, Heathendom ne se résume pas qu’à son chanteur. Pour peu que l’on se donne la peine de prêter une oreille attentive à la musique du groupe, on se rend compte que les structures rythmiques de The symbolist sont extraordinairement complexes, du style que l’on s’attend plus à trouver chez un Sieges Even que dans un groupe de power-metal, aussi original soit-il. Si ce sont les guitaristes Lefteris Vourliotis et Michail Vlavianos qui s’imposent à la première écoute, l’homme du match est sans hésitation le batteur George Tsinanis qui abat un véritable boulot d’orfèvre à la rythmique.

Le souci avec une musique aussi riche et complexe est qu’elle est également assez difficile d’accès. A moins d’être un habitué, le premier abord de The symbolist est assez rebutant et force m’est d’avouer qu’il m’a fallu de nombreuses écoutes pour pénétrer dans le monde torturé d’Heathendom. Clairement, il ne s’agit pas du genre d’album qu’on se colle dans les oreilles pour un trajet en voiture, voire comme musique de fond. The symbolist requière une écoute attentive et même comme cela, la partie n’est pas gagnée pour autant. Ceci dit, l’expérience en vaut la peine, pour peu que vous vouliez découvrir un des combos les plus originaux du moment. Mais il est évident que cette complexité risque de nuire au groupe sur le long terme et, si je donne sans peine mon sceau d’approbation à The symbolist, j’aimerais tout autant voir Heathendom nous revenir avec un troisième album un brin plus léger.



Répondre à cet article

Arnaud Splendore