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Ghost : "Opus eponymous"
Cours du soir et autres diableries

mardi 11 janvier 2011, par Arnaud Splendore, Vincent Ouslati

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S’il y a un groupe qui a fait le buzz en cette fin d’année 2010, ce sont bien les frappadingues suédois de Ghost. La recette pour faire parler d’eux est simple mais efficace : mélanger des paroles ouvertement satanistes avec non pas du black metal bien scandinave, mais plutôt un hard-rock psychédélique fortement teinté année septante. Ajoutez à cela une bonne rasade de mystère grand-guignol, vu que le groupe garde secrète leurs identités en se produisant déguisés (les musiciens en moines masqués, le chanteur en cardinal maquillé en tête de mort), et vous obtenez un cocktail redoutable qui a assuré une certaine notoriété à Ghost, à l’amorce de leur premier album studio. C’est bien joli, tout cela, mais est-ce que ça vaut quelque chose au point de vue musical ?

L’introduction à la musique de Ghost nous est surtout venue par la diffusion très large sur Internet de Ritual, notamment par des vidéos live, où le groupe pouvait faire marcher le rouleau-compresseur visuel à fond. Cela dit, d’un point de vue strictement musical, le titre est redoutable. Sorte d’enfant bâtard de Mercyful Fate et de Blue Öyster Cult, Ritual évoque immanquablement Come to the sabbath des premiers et Don’t fear the reaper des seconds. Le titre est catchy en diable et on se surprend assez vite à chantonner le refrain, dont les paroles sont pourtant dignes de Darkthrone. Le mélange hard-rock psyché et messe noire est assez détonnant mais, de façon assez surprenante, fonctionne pas mal du tout et nous offre surtout des vacances des hurlements de porcs des black-métalleux.

Cette fusion entre les styles mène la danse sur l’entièreté de l’album. L’ombre de King Diamond et de ses sbires plane sur de nombreux titres, tel Elisabeth. Chanson (surprise surprise) inspiré par la Comtesse Bathory, le titre fleure bon le Melissa des Danois. Et si le Mercyful Fate des débuts avait déjà une bonne dose de psychédélique, Ghost enfonce le clou, notamment sur les refrains qui nous renvoient sans peine à la bande à Buck Dharma. Les guitares sont aériennes, les voix sont doublées sur les refrains, la rythmique flirte gentiment avec la pop tout en gardant une structure un brin progressive, bref on retrouve les ambiances qui ont longtemps fait le fonds de commerce de l’huître bleue. Et si le mélange peut ne pas plaire à tout le monde, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est original et inattendu.

Malgré toutes ces qualités, Opus eponymous souffre tout de même de quelques défauts qui plombent un peu l’ambiance. Le premier, et pas le moindre, vient de ce gimmick musical dont le groupe se retrouve fatalement prisonnier. Si l’idée est brillante, Ghost ne l’exploite pas assez et les chansons finissent par toutes plus ou moins se ressembler. Et si des chansons comme Ritual ou Elisabeth sortent du lot, le reste de l’album, sans être foncièrement mauvais, est assez quelconque, et cette répétition entraîne un certain ennui de l’auditeur, qui rend la seconde moitié de l’album assez pénible. Il y a un manque de substance globale que Ghost aurait peut-être pu éviter en étant, paradoxalement, plus aventureux et en cherchant à explorer plus avant les frontières de leur sphère musicale.

De plus, la production assez lisse de l’album n’arrange pas les choses. L’ensemble sonne assez aseptisé, les guitares manquent de mordant et le chanteur aurait pu être mis plus en avant. Ghost se lourde un peu sur cet aspect avec un album censément sataniste qui sonne inoffensif. On ne leur demandait pas d’avoir le mordant d’un groupe de black-metal, mais tout de même... Deuxième gros souci, une fois que l’on décortique Opus eponymous, on se rend vite compte que la bête a assez peu de viande sur les os. Une fois que l’on élimine les deux instruments qui débutent et terminent l’album, on se retrouve avec sept chansons qui atteignent péniblement la barre des quatre minutes. Rien de nécessairement offensant, mais c’est une nouvelle fois représentatif de ce manque de substance qui, pour un groupe censé être la nouvelle révélation, laisse l’auditeur avec une sensation de trop peu.

Ceci étant, j’aurais plutôt tendance à être clément avec Opus eponymous. Lorsque le groupe est au taquet, ses chansons sont imparables. Si l’ensemble n’est pas vraiment mémorable, ça se laisse écouter et c’est même plutôt une bouffée d’air frais dans un genre qui émerge d’une année particulièrement stérile. Et même si Ghost s’est sans doute montré trop prudent sur ce premier effort, le terreau semé par le groupe est du genre fertile qui pourrait bien réserver quelques surprises... ou pas ! Opus eponymous est tel un politicien belge moyen, qui fait de nombreuses promesses mais n’en tient pas beaucoup. Et si Ghost peut bien se chercher des excuses, je vous suggère de le tenir à l’oeil pour voir si le groupe va confirmer ou son potentiel ou bien son statut de pétard mouillé. A surveiller de près.

A.S.


L’adepte de musique rock est avant tout un être à part. Aujourd’hui rejeté par la société pour ses moeurs douteuses, il aurait été prestement torturé, jugé puis jeté au bûcher en des époques plus sombres. Le fan de rock fut, est et sera toujours cet éternel suiveur de l’Antéchrist et de ses anges déchus, propageant sur Terre l’annonce du retour de Lucifer en son royaume. Hé oui, toi qui arbore encore ce vieux perfecto patché de partout, qui ne manque pas de brandir ta bière tiède face caméra dans des concerts unissant des centaines de sectaires dans la même ferveur, tu es un salopard d’affreux hérétique et on ne te félicite pas.

Il y a cependant les manuels de base pour ceux qui comme toi veulent rejoindre cette noire confrérie. Tu peux toujours te procurer quelques vieux ouvrages de Venom ou de Black Sabbath, quelques Led Zeppelin et Uriah Heep si tu tends plus vers le paganisme rigolard que vers le sacrifice humain.
Tu peux prolonger ton effort au niveau CP en suivant les conseils d’éminents anciens de l’Académie australienne en démonologie et lecture de prophéties apocalyptiques dans les verres de Coopers, mais le niveau est déjà costaud. Ensuite, il y a les études supérieurs, avec de bonnes universités en Norvège notamment, mais c’est un cursus long et - assez - douloureux. De toute façon, si vous êtes convaincus que Damien est en vous, Pop-Rock serait bien en peine de vous orienter dans d’autres carrières que celle qui vous semble dédiée par un pacte du sang.

Pour maintenir en état votre profonde aversion pour tout ce qui arbore une croix ou une soutane, il faut donc de la pratique et de la musique (mal)saine, c’est essentiel. Lorsque Ghost se prend d’intérêt pour l’enseignement, ce n’est pas pour refiler quelques vieilles recettes, il faut au contraire que ça passionne l’étudiant clouté, que ça l’interpelle. Alors point de cris furieux, point de martelage incessant, le message doit être clair et audible, il doit entrer en vos crânes avec mélodies et groove, et avec quelques bribes de pop.

Ne voyez pas là-dedans les lubies d’un professeur plus prompt à la méthode Montessori pour satanistes qu’à un suivi strict des règles du ministère. Simplement, maitre Ghost s’adapte à son époque, accepte le fait que le hard-rock ancienne mouture fait fuir les jeunes, païens ou non. C’est pour cette raison que ces cours de rattrapage imposent des textes totalement axés sur l’éloge du Démon tout en les baignant d’un fond musical plus stoner et accessible que nombre de vieux professeurs rebouteux n’oseraient le faire.
L’on fait résonner l’orgue afin que nos chères têtes cornues se rendent en cours (Deus culpa), puis le maître débute son monologue en musique, avec force gestes obscènes. Il s’appuie sur de grosses basses (Con clavi con dio), rend hommage à Cathedral, manie du psychédélisme de bazar noyé dans un chaudron de stoner, puis fait référence sur Ritual à l’occultisme des parias de Blue Öyster Cult.

La classe se veut divertissante, avec ses grands moments d’emphase qui passionnent les élèves, et quelques baisses de régime bien naturelles du professeur, bien que toujours possédé par son discours. Lorsqu’il rend un vibrant hommage à notre bonne reine de Hongrie avec Elizabeth sous des dehors qui mêlent diableries et étonnante pop datée, on s’amuse de son charisme voulu incontestable et de ses allures de mage déglingué.

Puis s’achève Genesis et sa marche pompeuse, la cloche sonne et l’on sort de la classe. Les commentaires fusent, le professeur en prend pour son grade, mais si l’on peut discuter le fond de son propos bien trop démonophile pour y croire une seconde, sa façon de présenter ses cours change radicalement des méthodes académiques ancestrales, et ça, c’est un bon point qui fait qu’on attend avec curiosité le deuxième semestre.

V.O.



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Arnaud Splendore

Vincent Ouslati





Il y a 56 contribution(s) au forum.

Ghost : "Opus eponymous"
(1/6) 14 mai 2013, par philips
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(2/6) 14 mai 2013, par philips
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(3/6) 14 mai 2013, par philips
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(4/6) 25 avril 2013, par Botha
Ghost : "Opus eponymous"
(5/6) 17 avril 2013, par CM
Ghost : "Opus eponymous"
(6/6) 1er février 2011




Ghost : "Opus eponymous"

14 mai 2013, par philips [retour au début des forums]

Lorsqu’il rend un vibrant hommage à notre bonne reine de Hongrie avec Elizabeth sous des 642-997 || 642-998 || 644-066

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Ghost : "Opus eponymous"

14 mai 2013, par philips [retour au début des forums]

et quelques baisses de régime bien naturelles du professeur, bien que toujours possédé par son discours. 642-035 || 642-980 || 642-996

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Ghost : "Opus eponymous"

14 mai 2013, par philips [retour au début des forums]

La classe se veut divertissante, avec ses grands moments d’emphase qui passionnent les élèves, 200-001 || 200-101 || 200-120

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Ghost : "Opus eponymous"

25 avril 2013, par Botha [retour au début des forums]

Most bipedal wealth departments topical withal cast for well-trained 000-016 white collar and department heads withal reckon contractors to be at tiniest competent and preferably IBM Deployment Professional (Deployment Professional) certified.
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Ghost : "Opus eponymous"

17 avril 2013, par CM [retour au début des forums]

Le reste du disque est inégal, ce à quoi on a s’attendait car Gainsbourg, dans son registre, est (quasi) insurpassable.

ITIL || ITIL-F || ITILF2011

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Ghost : "Opus eponymous"

1er février 2011 [retour au début des forums]

j’ai fini par écouter ce truc qui fait soit disant sensation, mais je n’ai trouvé aucune accroche à ce salmigondis de riffs éculés qui ne feraient même pas peur à un enfant de 2ans !
dire qu’il y a des malentendants qui comparent cette diarrhée à du Black Sabbath ou du Blue Öyster Cult... !!!!!

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