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Fozzy : "Chasing the grail"
Pot-pourri de médiocrité

mercredi 21 avril 2010, par Arnaud Splendore

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Fozzy est né de la rencontre entre Rich Ward, guitariste de Stuck Mojo, et Chris Jericho, superstar du catch. Le second, outre sa carrière d’athlète en slip, nourrissait le rêve secret de devenir une rock-star. Bref, l’affaire était faite et Fozzy, sous le couvert d’un gag à la Spinal Tap, nous servait un album de reprises distrayant. Trois albums plus tard, force est de reconnaître que Fozzy était plus qu’un one-shot, une aventure d’un soir. Les deux gaillards nous apportent donc leur quatrième opus en répétant à qui veut l’entendre que c’est leur meilleur album à ce jour. Ca, ça reste encore à voir !

La première chose qui frappe à l’écoute de ce Chasing the grail est le son totalement aseptisé de l’ensemble. Les premiers coups de batterie d’Under blackened skies, la chanson qui ouvre l’album, hurlent Pro Tools, les guitares ont un son artificiel à la limite de l’industriel et la basse est, comme trop souvent, inaudible. Mais la palme revient à Jericho lui-même dont la voix est passée par trois couches d’Auto-tune, le gratifiant d’une voix robotique digne de Cher, période dance. Et pourtant, tous les filtres sonores du monde ne parviennent pas à faire passer Jericho pour son idole Bruce Dickinson. L’homme ne chante pas, il parle et délivre ses lignes de chant sur le même ton monocorde et sans la moindre émotion. Rien que le son de cet album suffirait à dégouter les plus persévérants.

Mais il ne faut pas non plus s’imaginer que la qualité des compos va sauver l’ensemble. La quasi-totalité des chansons ont été composées par Rich Ward et cela s’entend. D’une part, le bonhomme recycle allègrement des riffs entiers de Stuck Mojo. Ainsi, Let the madness begin sonne de façon très suspecte comme un truc sorti de Snappin’ necks. Qu’il pompe ses propres compositions, c’est encore son droit. Mais mon petit Rich, si Stuck Mojo n’a pas marché, c’est pour une bonne raison, essaye de deviner laquelle... D’autre part, Chasing the grail bouffe joyeusement à tous les râteliers de ce qui est vaguement à la mode dans la scène heavy rock US. New day’s dawn pue l’Evanescence à plein nez, Watch me shine pourrait être le dernier tube de Papa Roach et God pounds his nails ressemble furieusement à du Godsmack à qui on aurait coupé les couilles.

Jusque-là, rien d’original, me direz-vous, mais rien d’offensant non plus. Certes, les compos ne sont pas mauvaises pour la cause. Enfin, si on fait exception de Broken soul, sorte de ballade rock sudiste (y compris le break au piano) qui parviendrait sans doute à coller des caries à Lynyrd Skynyrd. Sortons également du lot Wormwood, tentative loupée de faire une chanson épique à la Helloween. De un, plus de quatre minutes d’intro, ça doit mériter de figurer dans le Guinness Book. De deux, un groupe US ne devrait jamais, dans aucune circonstance, s’essayer au heavy traditionnel. Ca ne peut donner que des bouses comme ce Wormwood particulièrement indigeste. Mais hormis ces deux chancres, le reste de l’album est juste... médiocre.

La raison de cet échec est assez simple : Fozzy n’est qu’un side-project pour Chris Jericho. Sa carrière de catcheur lui bouffe la majeure partie de son temps, et les musiciens n’ont donc pas beaucoup l’occasion de se voir pour travailler leurs compositions. La formule est simple pour Fozzy, Rich Ward compose les musiques de son côté et Jericho écrit les paroles du sien, après quoi ils essaient de réunir les deux. Désolé, mais ce n’est pas comme ça qu’un groupe fonctionne.

Ici, on a un guitariste dont le groupe précédent s’est vautré et qui exploite le nom connu de son chanteur (et ses rêves de rock-star) pour générer du buzz autour de son nouveau groupe. Et si l’effort restait anecdotique mais amusant quand Fozzy se bornait à faire des reprises, les tentatives de faire passer la formation pour un véritable groupe est au mieux pitoyable. Laissons donc Chris Jericho à ses rêves, oublions au plus vite ce Chasing the grail et souhaitons-lui plus de succès dans sa carrière de catcheur...



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Arnaud Splendore