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Dimmu Borgir : "Abrahadabra"
Oh le beau lapin !

mercredi 24 novembre 2010, par Vincent Ouslati

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"Pour pratiquer la magie noire, tu dois violer tous les principes de la science, de la décence, et de l’intelligence. Tu dois être obsédé par l’importance de l’objet mesquin de tes détestables et égoïstes désirs. On m’a accusé d’être un « mage noir ». Il n’y eut jamais affirmation plus risible sur ma personne… La messe noire est un cas totalement différent. Je ne pourrais pas la célébrer quand bien même je le voudrais, car je ne suis pas un prêtre consacré de l’église chrétienne. Le célébrant doit être un prêtre, parce que toute l’idée de la pratique est de profaner le Sacrement de l’Eucharistie. Par conséquent, tu dois croire dans la vérité du culte et l’efficacité de son cérémonial."

Aleister Crowley, interview au London Sunday Dispatch, 1933. [1]

Lorsque vous devez vous coltiner la lourde parenté du “True Norvegian Black Metal” en première page du C.V., il est impossible d’échapper à cette référence. Appartenir à certaines castes interdit toute échappatoire, dénonce la plus mince compromission. Dimmu Borgir est pourtant parvenu à s’extraire de ce carcan sans jamais sembler vendre son âme à un autre que Lucifer. En amenant de l’emphase et de la mélodie, le sombre château démontrait son allégeance aux fondements du genre tout en basculant du coté lumineux de la force. Et personne n’allait y trouver à redire.
Personne, non. Mais peu finalement. Il y aura bien quelques pauvres extrémistes qui iront se charcuter à propos des choix du groupe. Mais les autres, cette masse moins portée sur le respect du dogme que sur la simple accointance musicale, put à loisir savourer ce dont les Norvégiens étaient capables.

Le coup d’arrêt du processus, ce fut In Sorte Diaboli. Mettant en sourdine les orchestres de 200 personnes pour appuyer leur propos, et surtout laissant tourner à vide le rouet de l’inspiration, Dimmu Borgir - pour une fois - décevait. Crise de foi et mésententes le firent imploser, laissant peu de chances quant à une réouverture prochaine. Sans juger la chose abominable, nos fils du Démon semblaient avoir marqué un arrêt dans leur évolution, usant de recyclage et de vieilles ficelles, chose qu’on ne leur connaissait pas auparavant. Les annonces postérieures des départs de Mustis, le maitre es ambiances du groupe puis de Vortex (et son timbre clair majestueux) plongeaient la forteresse dans une obscurité de plus en plus opaque, laissant présager une fermeture définitive.

Il eut été scandaleux d’omettre que Shagrath n’a lui rien abandonné et tout en maintenant d’autres projets à flot (Chrome Division notamment et son hard couillu du genre de Booze, broads and beelzebub, ou plus récemment Ov Hell, je ne vous ferai pas la liste aujourd’hui), il vient avec Abrahadabra de remettre tous les persifleurs à leur place, loin derrière.
Shagrath, bien que doué, n’est pas moins conscient du vide créatif que provoquent les pertes de Mustis et de Vortex. Il lui fallait donc opérer un nouveau changement conséquent dans l’armement de la citadelle, en remplaçant respectivement Mustis par lui-même et le Norwegian Radio Orchestra, et Vortex par le Chœur Schola suivi d’une ribambelle d’invités.

Poursuivant son ménage des douves jusqu’aux échauguettes, il en profite pour se défaire du nazillon Hellhammer, dont le jeu aussi froid que la carcasse d’un panzer dans les neiges de Stalingrad avait grandement plombé les dernières œuvres de Dimmu Borgir. Pas un pro des blasts mais imbattable dans les concours de martelage de double pédale (respectable si on parlait d’un sport, mais niveau mélodique, on s’en fout non ?), ce gros médiocre a été avantageusement remplacé par le Polonais Daray, au jeu varié et puissant.

Les mauvaises langues siffleront qu’il en faut du monde pour pallier les absences citées plus haut, puis ces mauvaises langues se taisent car Xibir entame sa lente montée. Une introduction qui renvoie au grandiose Fear and wonder de Puritanical euphoric misanthropia, quoique plus agité. On pensait connaitre par cœur le coup de la lancée symphonique avec chœurs et décorum maléfique jusqu’à ce que Xibir vous cloue sur le siège.
Ce retour est mené par l’orchestre qui semble moins partie prenante que totalement maître des compositions. Tout est fait pour qu’il dégage sa puissance à chaque instant, ne laissant aux guitares (discrètes, techniquement parlant) qu’un rôle secondaire. Le nouveau Dimmu Borgir se veut plus grandiloquent qu’il ne l’a jamais été.

Il y a pourtant quelque chose du mirage dans ce Abrahadabra, si fortement dépendant de ses éléments symphoniques qu’il fait disparaitre derrière cette armada un contenu sans grande évolution, de révolution, encore moins. Ce que désirait le trio restant (Shagrath, Silenoz et Galder), c’est que Dimmu Borgir parvienne à se faire plus gros encore sans virer aucunement ridicule, et de fait peu de choses semblent de trop dans cette série de superbes mandales symphoniques. Prenons le solo de guitare du single Gateways, aussi mystique que superbement placé, les parties de chant d’Agnete Maria Forfang Kjølsrud qui se confrontent aux gros efforts de modulation d’un Shagrath font que ce titre-étendard a la classe et les attributs horrifiques qui se doivent d’orner toute bonne partition des Norvégiens.

Et c’est bien ce qui ressort de la plupart des titres, carrés, au son énorme, efficaces parce que justement équipés dans ce but. Born teacherous martèle son refrain dans les cervelles alentour, Gateways et sa joute vocale d’un jouissif absolu, Chess with the abyss et son atmosphère lourde, on n’en oublierait presque l’absence de Mustis. Je dis presque, car un titre comme Dimmu Borgir tente si mal de masquer sa simplicité derrière de gros effets de violons qu’il fait tomber l’enthousiasme initial.
On pouvait attendre d’un morceau semblant vouloir se définir comme l’essence d’un style quelque chose de plus énorme au final. Hors, le tout est relativement mou, agrémenté d’un clavier un brin mielleux et d’un déroulement poussif. Dépouillé de son orchestre, il en reste quelque chose d’assez primitif et laid. Et puis ses chœurs initiaux qui semblent provenir de la bande originale d’Avatar laissent dubitatifs…

Ce n’est heureusement qu’une erreur passagère car l’écoute de la guitare acoustique amorçant Ritualist précède une session de flagellation auditive fort excitante. Daray maltraite sa pauvre batterie, Shagrath nous sert son plus beau timbre de goule cancéreuse tandis que les camarades de l’orchestre restent sagement en appui, laissant un instant à Snowy Shaw (Therion) le soin de pousser ses vocalises. Ne vous effrayez pas si vous penser qu’il s’agit d’une copie conforme de Claude François, l’erreur est possible. Sa prestation, si elle ne convainc pas partout (il officie également sur Chess with the abyss, et Renewal) et donne envie de lancer une pétition pour le retour de Vortex, n’est cependant pas incohérente d’avec le caractère grand-guignolesque de Dimmu Borgir aujourd’hui. Ces écarts théâtraux, “sabbathiques”, cadrent parfaitement avec son timbre si désagréablement nasillard. La tentative est osée, et finalement intéressante.

L’enthousiasme initial s’émousse nouvellement lorsque le subterfuge orchestral se fait si prodigieux qu’il ne cherche même plus à masquer les failles. The demiurge molecule en est un bel exemple. Fort basique dans sa structure, il est carrément élevé dix échelons plus haut par l’implication de nos amis du Norwegian Radio Orchestra, coupables d’un happening époustouflant au beau milieu du marasme. Shagrath ne démérite pas au chant, devenu décidément son point fort, mais il se remerciera d’avoir trouvé un bon orchestre pour sauver les meubles.
Lorsque la musique se fait plus intimiste, afin de créer cette nécessaire ambiance glauque et baroque, cela ne dure qu’un instant. Daray se défoule sur sa double pédale pour introduire un bout de black brutal (pour du Dimmu Borgir s’entend) avec A jew traced through coal. Si moins mémorable que ce qui le précède, l’énergie n’en est pas moins là avec toujours ces breaks grandioses qui laissent ici le Chœur Schola démontrer toute son implication.

Endings and continuations se prend le temps d’apposer son atmosphère inquiétante guidée par le phrasé de Shagrath pour terminer en beauté son tour de magie. Je laisse quelques larmes sur les dalles devant le clavier parfois bien ridicule, mais le tout se maintient au niveau de l’ensemble.
En grattant la bête, épurée de ses oripeaux symphoniques, il ne reste pas grand-chose du fier groupe de black sympho de Death cult armageddon. Un Mustis vous prenait à la gorge avec un clavier et quelques arrangements là où il faut désormais un orchestre, un chœur, et des invités triés sur le volet. Le symphonique prend le pas sur le black, évolution ou gras maquillage ?

Ça va gonfler d’orgueil le claviériste si copieusement remplacé, mais ne rassure pas quant au futur de Dimmu Borgir. Si ils tendent trop vers l’usage de béquilles, ils finiront par ne plus savoir marcher du tout, une sorte d’infirme blackisant sans rien d’inspiration dans les guibolles. Espérons qu’il n’en sera rien car Abrahadabra, malgré quelques maladresses a une sacrée gueule.


[1] A l’instar d’In Sorte Diaboli, Abrahadabra est un album conceptuel, s’intéressant ici à Aleister Crowley, sujet archi-usé et dont on pourra gentiment se désintéresser. Le sujet se veut bateau, mais pas plus finalement que ses histoires de moine reniant leur foi pour se tourner vers Lucifer et vous connaissez l’histoire, c’est chaque fois la même…



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Vincent Ouslati





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Dimmu Borgir : "Abrahadabra"
(1/2) 20 août 2012, par Maggic
Dimmu Borgir : "Abrahadabra"
(2/2) 24 novembre 2010




Dimmu Borgir : "Abrahadabra"

20 août 2012, par Maggic [retour au début des forums]

So professional website !
charmingdate

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Dimmu Borgir : "Abrahadabra"

24 novembre 2010 [retour au début des forums]

Bienvenue sur pop-rock, le site du metal...

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