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Crystalic : "Persistence"
La grenouille et le boeuf

samedi 22 janvier 2011, par Arnaud Splendore

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Depuis ses débuts, la scène death-metal se trimballe une réputation de bourrin et, force m’est de l’avouer, cette réputation est en règle générale méritée. Pourtant, de temps à autre, un groupe ou un musicien surgit de nulle part et prend tout le monde à contre-pied en pulvérisant les bornes du genre, prouvant par là-même que le death-metal intelligent n’est pas qu’une chimère. Au rang de ces Beethoven du blast-beat, le maître du genre est sans conteste le regretté Chuck Schuldiner. Génie sans pareil, l’homme a démontré avec son groupe Death que son genre de prédilection n’était pas qu’une avalanche de grosses caisses et de borborygmes inintelligibles. The sound of perseverance, le chant du cygne du groupe, est l’album ultime de death-metal, le genre d’œuvre qui permet d’affirmer que tout a été dit dans ce style.

Il suffit de se pencher sur l’évolution de Death pour avoir une parfaite illustration de comment un talent aussi vaste que celui de Schuldiner déploie ses ailes pour prendre toute sa mesure. Si Scream bloody gore et Leprosy n’étaient que des applications à la lettre du credo death-metal, on sentait déjà comme un frémissement. La recette était assez académique mais on pouvait déjà pressentir que le groupe, ou du moins son compositeur principal, allait vite se retrouver à l’étroit dans un style musical bien trop restrictif. Le groupe devait d’abord faire ses preuves et démontrer sa maîtrise des bases avant de pouvoir s’exprimer pleinement, sans braquer des fans pas trop réputés pour leur ouverture d’esprit.

Le véritable génie de Schuldiner réside dans le simple fait qu’il n’a jamais tourné le dos à ses racines. Là où bien des artistes jouent la carte de l’évolution artistique pour abandonner les oripeaux de leur style initial, en bien ou en mal, Chuck Schuldiner a frappé un coup beaucoup plus osé, surtout au sein d’une scène aussi « bas du front », en redessinant purement et simplement les frontières du death-metal. Tout en conservant l’esthétique du genre et en les utilisant comme fondations, Schuldiner a bâti tout un nouvel édifice que les critiques musicaux tentent en vain de définir depuis des années. De « avant-garde » à « death-metal progressif », la musique de Death est passée par toutes les étiquettes possibles et imaginables (et Dio sait que les professionnels du genre ont une imagination sans limites).

La mutation amorcé par Death sur Human va nous offrir quelques grandes pages de l’histoire du heavy-metal, voire même de la musique en général, pour autant que l’auditeur soit capable de faire preuve de suffisamment d’ouverture d’esprit pour dépasser des idées aussi préconçues que ridicules. Des titres comme Suicide machine ou Lack of comprehension illustrent parfaitement cela. On y voit que notre gars Chuck possède non seulement un talent de musicien indéniable, mais également un talent de compositeur qui va faire le fond de commerce du groupe pour les années à venir. Les plans techniques sont certes impressionnants, mais ne sont jamais utilisés simplement pour faire de l’esbroufe. Loin des énervantes habitudes démonstratrices des musiciens de prog, Schuldiner appréhende ses chansons comme un tout, chaque break et chaque plan contribuant à l’efficacité du morceau.

Mais Schuldiner n’avait pas encore livré son magnum opus, l’album qui allait le faire entrer, fort littéralement comme l’histoire aurait le mauvais goût de nous le prouver, au panthéon des musiciens. Individual thought patterns et Symbolic ne sont pas loin de remplir les conditions requises. Le groupe pulvérise sa performance de Human et atteint un nouveau pallier dans son talent. Il suffit de se repasser The philosopher ou encore Crystal mountain pour constater l’indéniable progrès du groupe et de Chuck en tant que compositeur. Pourtant, Schuldiner en gardait encore sous la pédale, comme l’album suivant allait le démontrer.

Car Sound of perseverance remplit toutes les promesses que le talent affiché par Schuldiner nous laissaient espérer. Du début à la fin, l’album est majestueux, torturé, parfait. Des plans ultra-techniques de Scavenger of human sorrow à la tuerie de Flesh and the power it holds en passant par les ambiances malsaines de Bite the pain, Sound of perseverance est la démonstration d’un artiste génial au sommet de son talent créateur. L’homme se permet même d’enfoncer le clou en s’appropriant Painkiller de Judas Priest et en le rendant encore plus incisif que l’original. Bien plus qu’un simple album de death-metal, nous sommes ici en présence d’un album définitif, le genre de chef d’œuvre qui arrive une fois par génération. Si le rock a le White album, le prog a The wall et le heavy a The number of the beast, le death-metal a Sound of perseverance.

Mais comme cela arrive souvent en matière de création artistique, lorsqu’une œuvre majeure parvient à dépasser les limites d’un genre, ou plus souvent d’un sous-genre, elle représente également le point final du susdit genre. L’œuvre est à ce point parfaite qu’il devient inutile de persévérer dans ce style particulier. Tout a été dit et chaque œuvre suivante sera immanquablement comparée négativement à ce qui devient par la force des choses le mètre-étalon du genre. Si l’on regarde du côté du cinéma, Alien a redéfini le (sous-)genre du film d’horreur dans l’espace, tuant par là même le genre, Si l’on cherche à marcher sur ses traces, il est impossible d’éviter la comparaison, et celle-ci sera, dans 99 % des cas, au désavantage du suiveur.

Schuldiner avait bien pressenti le problème et a d’ailleurs mis un terme à la carrière de Death après Sound of perseverance, pour se consacrer à un style différent avec Control Denied. Peut-être Chuck avait-il encore quelque chose à dire en la matière, peut-être aurions-nous eu droit à une reformation de Death, peut-être Schuldiner aurait-il réussi à se dépasser encore une fois. Nous ne le saurons jamais, puisque Chuck Schuldiner a eu la très mauvaise idée de décéder le 13 décembre 2001. Du moins nous reste-t-il ce monument musical qu’est Sound of perseverance, l’album ultime de death-metal.

Mais comme tout génie, Schuldiner laisse aussi derrière lui une horde d’émules, qui espèrent retrouver la formule qui a fait le succès de Death, comme autant d’alchimistes cherchant le secret de la pierre philosophale. Et comme ces chercheurs de l’impossible, ils sont tous condamnés à nous livrer de pâles copies pathétiques, qui trouveront leur place rapidement dans le rebut de l’oubli.



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Arnaud Splendore





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Crystalic : "Persistence"
(1/2) 20 août 2012, par Maggic
Crystalic : "Persistence"
(2/2) 22 janvier 2011




Crystalic : "Persistence"

20 août 2012, par Maggic [retour au début des forums]

so I know another existence of rock music !
charmingdate review

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Crystalic : "Persistence"

22 janvier 2011 [retour au début des forums]

Et à part ça, Crystalic, c’est bien ? ;)

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