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Charred Walls of The Damned : "Charred Walls of The Damned"
Presque sur la route, c’est dans le fossé...

mercredi 17 février 2010, par Arnaud Splendore

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Il y a des projets qui partent sur de bonnes bases. Deux ex-membres d’un groupe légendaire se réunissent après dix ans de séparation. Dans le processus, ils engagent un des chanteurs « free-lance » les plus courtisé du moment. Cerise sur le gâteau, ils embrigadent un guitariste/producteur connu pour avoir produit certains des groupes les plus en vogue dans la scène metal contemporaine. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour quelque chose d’exceptionnel, non ? Et bien non, justement ! Mais comment ont-ils fait leur compte pour planter un coup pareil ?

Pourtant, le projet avait du potentiel. Imaginez un peu le buzz… Richard Christy, batteur extraordinaire et ex-membre de formations aussi réputées que Death, Control Denied ou Iced Earth, annonce son retour à la musique après cinq ans d’inactivité, passées à faire le guignol à la radio aux côtés d’Howard Stern. Mais l’homme n’a pas perdu contact avec ses racines musicales pour autant et c’est avec un album démo complet qu’il reprend contact avec son ancien frère d’armes, le bassiste Steve DiGiorgio, avec qui il a œuvré au sein de Death et de Control Denied. Comme si cela ne suffisait pas à créer un certain enthousiasme pour le projet, les deux hommes mettent la main sur Tim Owens, l’homme qui voulait être Rob Halford à la place de Rob Halford. Le tout serait mis en boîte par Jason Suecof, producteur de formations comme Trivium, Devildriver ou encore All That Remains, Suecof assurant également les parties de guitares. Bref, les éléments du succès étaient tous bien réunis…

Mais le produit final n’est pas à la hauteur des espérances. L’album est schizophrène et sans intérêt, les chansons sont à peine correctes, les mélodies sont remarquables par leur absence, il n’y a aucune créativité et l’ensemble patauge mollement dans la semoule. L’ensemble ne fait que 35 minutes mais on a l’impression de souffrir pendant le double alors que l’on attend désespérément l’étincelle de génie qui fera enfin décoller l’engin. Pourtant, rien ni personne ne viendra sauver le pauvre auditeur de l’emmerdement profond dans lequel l’écoute de Charred Walls… l’a plongé.

Et la faute en incombe principalement à Richard Christy lui-même. Au cours de sa carrière, l’homme a côtoyé deux grands compositeurs, Chuck Schuldiner et Jon Schaffer. Et comme de juste, Charred Walls… sonne comme un mélange entre Control Denied et Iced Earth. On a connu pire comme influences. Le problème vient du fait que, pour le côté Iced Earth, Christy n’a retenu que le pire, l’accumulation de riffs sans queue ni tête qui plombent les trois derniers albums du groupe de Schaffer. Et côté Control Denied… Soyons clair, Chuck Schuldiner était un génie et à vouloir l’émuler, on s’expose à des comparaisons peu flatteuses. Mais Schuldiner avait compris une chose pourtant simple que Christy ignore complètement sur son album, et c’est que l’on ne peut pas sacrifier la mélodie en faveur de l’aspect technique. Ce qui faisait la force de Death ou de Control Denied était justement cette harmonie entre la mélodie et les plans techniques que seul Schuldiner pouvait pondre. Charred Walls… ne garde que l’aspect technique, laisse la mélodie de côté, et l’auditeur se retrouve à se demander où vont les chansons.

L’autre problème vient du guitariste, Jason Suecof, qui se retrouve lui aussi comparé aux deux monolithes de la guitare que sont Schaffer et Schuldiner. Du premier, on attend une rythmique en béton armé, telle celle qui a fait les heures de gloire d’Iced Earth (jetez donc une oreille sur Night of the stormrider, pour voir de quoi je parle). Du second, on attend des plans techniques imparables (là, je vous renvoie à The sound of perseverance). Au final, on n’a ni l’un ni l’autre. Pas un seul riff mémorable, la rythmique est à la ramasse tellement Christy et Digiorgio sont occupés à faire leur show, et les soi-disant plans techniques sont à peine dignes des pires heures du prog-metal contemporain (oui Superior, c’est de vous que je parle).

Même Tim Owens n’est pas à la fête. On sent bien que l’homme tente d’injecter un peu de mélodie et de cohérence dans tout ce bordel, mais c’est en pure perte. A tel point qu’Owens est en danger de devenir un cliché sur pattes. Certes, il s’époumone comme à son habitude, mais l’ensemble manque tellement de cohérence qu’on a l’impression qu’il chante une chanson différente que celle que joue le groupe. Tim, comme je sais que tu me lis régulièrement, fais gaffe à tes choix de carrière, mon grand ! Entre Charred Walls…, le malheureux épisode Malmsteen et ton album « solo » commandé par le label, ça commence à sentir le bureau de chômage…

Au final, Christy et sa bande pêchent par excès de zèle. Mais si on peut comprendre l’envie de vouloir bien faire, d’offrir aux fans un condensé des expériences du batteur, on ne peut pas excuser un tel ratage. Plutôt que de vouloir marcher sur les traces de ses mentors et ce faisant chercher à remplir des chaussures trop grandes pour lui, Richard aurait dû proposer quelque chose de plus personnel et surtout de plus intéressant… En attendant, Charred Walls... ne marquera sans doute pas les esprits, et c’est bien ce qu’on lui reproche !



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Arnaud Splendore