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True Symphonic Rockestra : "Concerto In True Minor"
Rendez-nous Pavarotti !

jeudi 12 février 2009, par Vincent Ouslati

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Que les métalleux de l’assistance veuillent bien le reconnaitre. Derrière leurs vestes en jeans dégueulasses, leurs dizaines de patchs aux armes des plus ringards des groupes de heavy, derrière leurs cheveux gras, derrière cette masse corporelle moche se terre une âme d’une grande tendresse, d’une infinie délicatesse. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est un fait avéré. Les adeptes de musique pesante sont souvent de grands sentimentaux qui occultent cette part naïve d’eux-mêmes en s’éclatant les tympans sur des riffs de tarés.

La musique métallique se nourrit principalement de lyrisme (non, je ne déconne pas). Bien que Manowar est des plus beaufs lorsqu’il s’agit d’agiter un stade, il n’en reste pas moins que cette course à la puissance, à la grandiloquence n’a rien à envier au Carmina Burana de Carl Orff ou aux cavalcades de Wagner. Lorsqu’Apocalyptica ou Rasputina sortent les violoncelles pour nous rejouer du Metallica, du Marylin Manson ou des classiques de l’opéra, cette union contre nature prend tout son sens, des instruments classiques retranscrivent parfaitement cette nécessité de puissance en lui ajoutant la mélancolie de leurs vieux bois. Le trait d’union est ainsi visible.

L’envie d’embellir la plus batârde des chansons de hard rock a donné corps à ces projets parfois fumeux de conjuguer orchestre symphonique et base métallique. On se souviendra sans plaisir des Alive IV de Kiss et du S&M de Metallica, mais le fort bon Moment of glory de Scorpions ou Deep Purple avec le London Symphonic Orchestra ont prouvé que ces mariages forcés pouvaient donner quelques excellents résultats, dans la mesure où chacun des deux univers ne cherche pas à bouffer l’autre. Dans un registre nettement plus sombre, le black symphonique des Cradle Of Filth, Dimmu Borgir et autres parangons de la zique avec vocaux de sangsue repue a ici parfaitement forgé cette unité, au point d’en établir un style propre.

L’orchestre joue son rôle de metteur en scène, installant une atmosphère, tantôt angoissante, tantôt grandiloquente, sur laquelle la base métallique surfe gentiment. La conjuguaison de ces antiquités acoustiques et des furies électriques n’est en rien surprenante car les groupes métalliques ont toujours couru derrière un mystère. Comment produire autant d’émotions, de force et de mélodies avec des instruments électriques, alors qu’Albinoni, Mozart ou Paganini y parvenaient aisément avec des bouts de bois, quelques cuivres et des peaux de lapins, judicieusement utilisés il est vrai.

Si la quête à la puissance fut aisée - suffisait de faire ronfler les amplis et de gueuler près du micro - la mélodicité et l’émotion necessitèrent des recherches nettement plus hardues. Cette recherche, seuls Yngwie J. Malmsteen, influencé par ses maitres à penser Ritchie Blackmore et Gary Moore l’a mené à terme. Créant de fait le néoclassique, imprégnant ses arpèges de litres de sentiments, mêlant sans douleurs le cablé et le pas cablé, l’opéra, la musique de chambre et des lignes de guitares fondamentalement modernes, ce hérault contemporain a démontré que la musique classique était plus un terreau fertile qu’un cimetière.

Mais alors pourquoi se tord-on de rire lorsque James La Brie, chanteur de Dream Theater décide de s’acoquiner avec quelques professeurs de conservatoire frustrés de leur inexistence médiatique, afin de créer le True Symphonic Rockestra ?

Je ne crois pas devoir expliquer plus avant ce pompeux patronyme. J’avance devant vos airs circonspects. Le coté décontract’ est parfaitement tenu par LaBrie qui n’aurait jamais cru sur la tombe du rock qu’on le prendrait un jour pour un ténor. Il y en a qui ne l’ont pas entendu braire ou qui feraient n’importe quoi pour lécher du pass VIP dans leur vie minable, vraiment. Mais attendez le pire du pire de comment que c’est possible, c’était pas suffisant de coller du rock, du heavy et du classique, meuarf, tout le monde le fait ça. Nan, on va en plus reprendre des standarts éculés du folklore ’ricain et les passer dans cette broyeuse.

Vous avez rêvé d’entendre un jour My way, Singing in the rain, ou America chanté par James, le "Ténor du rock", et massacré par un orchestre affublé de batteries et de guitares ? Alors votre rêve est exaucé mais vous êtes vraiment un grand malade. C’est pas faute d’avoir mis à notre James de vrais profs, dont Vladimir Grishko, ministre de la culture d’Ukraine et Thomas Dewald, professeur de chant à l’Université de Mainz en Allemagne. Le reste de la bande se comptant lui aussi dans le monde enseignant. Kekivapa alors ? Tout.

Moi, Funiculi funicula ou O sole mio arrangé de cette façon, ça passe pas, c’est ainsi, c’est bien trop nul. D’autant plus fou que comme dit précedemment (et là vous comprenez le pourquoi du pompeux monologue de départ), une association de ce type avait tout pour réussir. Elle a en fait ici tout, de fait, mais tout de foiré... 21 titres à vous farcir, si vous prévoyez une soirée déconne sur le thème "Comment dégouter vos amis du Bel canto ?", vous avez ici l’arme ultime, je vous conseille de prendre un peu d’entrainement au préalable.



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Vincent Ouslati