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Therion : "Lemuria - Sirius B"
La légende des siècles

mardi 24 août 2004, par Marc Lenglet

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Le fond de commerce de Therion, ce qui rend leur musique si unique, a toujours été l’évocation passionnée des mythes de l’histoire humaine. Ce qui concerne tout aussi bien les récits bien fournis en sources de la mythologie grecque ou scandinave que les civilisations mystérieuses, voire même totalement imaginaires comme l’Atlantide ou le continent de Mû. Au fil des albums, cette mise en musique de légendes millénaires avait délaissé progressivement l’aspect violemment trash des débuts pour se parer d’orchestrations symphoniques de plus en plus ambitieuses, qui connurent leur apothéose sur le superbe Secret of the runes voici 3 ans.

Après ce dernier album, diversement reçu par la critique, Therion se retrouva avec une masse énorme de morceaux inutilisés, dont certains remontaient à l’album Deggial, paru en 2000. Ce sont donc deux albums, respectivement dénommé Lemuria et Sirius B qui voient aujourd’hui le jour sur base de ce surplus créatif. Marquant un retour à des sonorités plus dures que sur les dernières productions, ces deux albums ne lésinent pas pour autant sur l’utilisation des sections de cuivres ou de cordes, ainsi que sur l’alternance de voix soprano et tenor. Un orchestre tchèque a reçu pour charge d’apporter toute la grandeur nécessaire aux écrits mystiques du groupe suédois, et ce ne sont pas moins de 164 musiciens, instrumentistes et choristes confondus, qui ont participé au projet.

Leader incontesté de Therion, le stakhanoviste Christopher Johnsson a composé la totalité des deux albums, ce qui comprend non seulement l’aspect purement metal de la chose, mais également les partitions de chacun des instruments utilisés tout au long de l’album. Les textes sont de la plume de Thomas Carlsson, membre invisible de Therion et érudit spécialisé dans les mythes et les religions anciennes. Comme à son habitude, Therion ne lésine pas sur l’utilisation de langues inhabituelles pour asseoir la portée des ses récits mystiques : malgré la prédominance de l’anglais, on découvre aussi des couplets en allemand, espagnol, russe, ainsi qu’une floraison de langues oubliées depuis des siècles. Les deux albums, bien que similaires sur le fond, demeurent assez différents sur la forme. Alors que Sirius B est un classique album de metal symphonique européen, Lemuria tente d’apporter un renouveau au genre, en abordant des styles a priori peu compatibles avec l’utilisation de lourdeurs symphoniques. Il est d’ailleurs visible que l’orchestre est nettement moins mis à contribution sur ce dernier album que sur Sirius B

Au fil des plages de Lemuria, Therion évoque Typhon, le colosse vainqueur de Zeus dans les guerres des Titans ; tente maladroitement de ressusciter l’esprit de Secret of the runes sur Uthark runa ; évoque la légende de la Lémurie (continent mythique de l’océan indien) sur la très belle ballade du même nom ; plonge dans l’Amérique pré-colombienne dans Quetzalcoatl et illustre la légende de Prométhée par une rythmique martiale et vaguement indus sur Feuer Overtüre. Quelques fois, la grandiloquence orchestrale manque sa cible. Ainsi, Three ships of Berik évoque plus la parade annuelle du régiment de cavalerie du Liechtenstein, plutôt que la ruée des envahisseurs Goths sur la Rome chrétienne ; mais dans l’ensemble, les orchestrations, utilisées ici plus parcimonieusement, se fondent dans les morceaux de manière tout à fait décente. On garde néanmoins un goût de trop peu à l’écoute de Lemuria. Les concepts de base et leur illustration musicale sont intéressants, mais ne semblent pas avoir été exploités avec toute la richesse et le lyrisme dont Therion est coutumier. L’aspect metal est plus simpliste et moins travaillé que sur le second album, et on peut signaler le retour en force de la voix death, disparue depuis bien longtemps des albums de Therion. Personnellement, ce style vocal et surtout, l’importance qu’il prend sur l’ensemble du chant, me laisse assez dubitatif. La richesse et la puissance de la musique de Therion méritent mieux qu’un fatras de grognements sourds.


Sur Sirius B, Therion fait revivre les figures historiques d’Akhenaton, inspirateur honni du Dieu unique (Son of the sun), et de Raspoutine, fossoyeur débauché et exalté de la monarchie russe (The khlysti evangelist). Le double morceau Kali Yuga diffuse les visions d’apocalypse de la tradition hindouiste. Sirius B semble plus hermétique que son jumeau. Il se concentre moins sur la retranscription précise d’événements que sur la délivrance d’un message initiatique à travers l’évocation d’une histoire légendaire. Ainsi, la quête d’un ailleurs idéal et inaccessible plane sur The woundrous world of Punt(nom donné par les anciens Egyptiens à l’Afrique noire, le bout du monde pour eux). Inspiré par les écrits de H.P. Lovecraft, The call of Dagon est, assez curieusement, un appel à se libérer des chaînes du monde moderne. Même atmosphère sur le superbe Voyage of Gurdjieff, qui s’intéresse au mysticisme des diverses communautés du Caucase et de l’Asie centrale (derviches, sufis,...)

Sirius B offre un metal plus traditionnel, plus épique et plus grandiose que Lemuria. Ce dernier tentait, avec plus ou moins de bonheur, de se donner des accents plus modernes. Mais le Therion lyrique et glorieux au possible que l’on a toujours apprécié, c’est définitivement sur Sirius B qu’on le retrouvera. Sur un nombre aussi élevé de compositions ambitieuses, il est assez normal de retrouver quelques faux-pas, et ces deux albums renferment tout de même quelques merveilles qui font honneur au talent du groupe. Lemuria est un album honnête, sans plus. Sirius B est une excellente livraison de metal symphonique. Mais ni l’un ni l’autre ne parviennent à retrouver totalement le degré de perfection atteint par Theli ou le lyrisme divin de Secret of the Runes.



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Therion : "Lemuria / Sirius B"
(1/2) 3 octobre 2005, par Zeus04
> Therion : "Lemuria / Sirius B"
(2/2) 9 octobre 2004, par bigmat




Therion : "Lemuria / Sirius B"

3 octobre 2005, par Zeus04 [retour au début des forums]

Je suis presque désolé d’écrire cela tant j’ai aimé les précédentes livraisons de Therion, mais ce double album est faisandé, inutile, boursouflé et de surcroît baclé. Seuls l’extraordinaire "Typhon" et le plaisant "Lemuria" parviennent à s’extraire de ce marasme. On espère que ce n’est qu’un accident.

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> Therion : "Lemuria / Sirius B"

9 octobre 2004, par bigmat [retour au début des forums]

Christoffer johnsson est l’un des génies les plus honteusement méconnu. Il est l’homme qui a réussi à marier la musique classique et le rock. (ou alors j’ai loupé quelque chose ?) Le dédain avec lequel ses oeuvres sont traitées dans certains magazines est scandaleux.
Bien sûr cet album est un peu moins bon que d’autres qu’il a pu faire par le passé mais il reste au dessus de la mêlée.
J’espère qu’un jour on écoutera Theli et vovin dans les écoles.
Pour avoir vu le groupe en concert au m’era luna festival cet été je puis vous dire qu’il s’agit d’un bon groupe de scène. Il sont à Lille courant novembre si mes souvenirs sont bons.

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    > Therion : "Lemuria / Sirius B"

    23 octobre 2004 [retour au début des forums]


    Therion est le seul groupe de métal que je connaisse à marier sans ridicule instruments classiques, choeurs et guitarre électrique .

    Depuis Vovin , ils n’ont plus retrouvé le niveau, mais force est de constater que nigthwish ,rhaposdy et cie courrent toujours après .

    Ce qui fait la force de Therion, c’est la capacité à bien exploiter une idée de départ simple .

    Cependant j’ai des doutes quand au futur du groupe : ca tourne un peu en rond.

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