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The Devin Townsend Band : "Synchestra"
Les joies simples de Devin

dimanche 5 mars 2006, par Marc Lenglet

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Le problème de quelqu’un comme Devin Townsend, c’est que le costard de leader d’un seul groupe est nettement trop étroit pour ses énormes possibilités. D’autant plus que sa personnalité ambivalente s’accommoderait mal d’une seule et unique façon de s’exprimer. Aussi, quand le Devin Hurleur a fini de vomir sa fureur diabolique au sein de Strapping Young Lad, le Devin rêveur prend le relais et vient nous dévoiler une facette plus enjouée et imaginative de sa personnalité.

Car le génial barbare qui préside aux destinées de l’excellent Strapping Young Lad n’est absolument pas bloqué dans un trip destructeur. Let it roll déploie dès le départ une douce mélodie acoustique . Hypergeek continue sur la même lancée avant de déclencher les hostilités par un mur de guitare saturées qui se poursuivra alors jusqu’au terme de l’œuvre. Atmosphère à la fois émerveillée et malsaine sur Baby song, effluves sablonneuses sur Gaïa ou Notes from Africa, envolées progressives sur un grand nombre de pistes qui flirtent allégrement avec les huit minutes, Synchestra parcourt tout l’éventail des possibilités de Devin Townsend, et dieu sait si elles sont nombreuses ! A l’exception peut-être de Vampira, qui se suffit à elle-même, aucune des plages de Synchestra ne semble pouvoir fonctionner parfaitement en autarcie. On perdrait beaucoup à les écouter aléatoirement, sans bénéficier du flux continu de l’album et de l’agencement réfléchi de ses différentes sections.

Au détour d’une piste-fleuve, Devin Townsend se permet même quelques franches excentricités du meilleur aloi, comme ce petit passage mariachi au cœur de Triumph, ou le curieux intermède Vampolka qui amorce de manière farfelue le morceau Vampira, plus classique dans son déroulement. Sans atteindre l’inaccessible degré de folie de l’intéressé, on retrouve tout au long de l’album un refus du conformisme, une volonté de s’octroyer toutes les libertés artistiques, une malice à faire cohabiter des envolées presque progressives avec des effets rock’n roll ramassés, bref un désir de liberté créatrice échevelé que n’aurait pas renié Mike Patton. Devin Townsend demeure quand même plus proche d’une certaine conception traditionnelle du metal que le génie cinglé de Fantômas et Tomahawk, ce qui ne l’empêche pas de rester l’un des artistes les plus originaux dans sa catégorie.

En dépit de quelques rudes passages saturés, Synchestra diffuse une atmosphère étonnamment aérienne et positive, loin des velléités sanguinaires de Strapping Young Lad. On ne découvre cependant rien de bien nouveau sous le soleil de Townsend. Synchestra, comme tous les albums de Devin Townsend, se démarque de ses frères par de multiples variations, mais les bases et les principes fondateurs de cet opus avaient déjà été expérimentés sur l’excellent Terria. Peu importe en fait : c’est dans ces nuances que réside tout l’intérêt de Synchestra, dans ces atmosphères changeantes, dans cette recherche perpétuelle de l’harmonie et de l’originalité, dans cette volonté de prendre l’auditeur au dépourvu le plus souvent possible. Synchestra s’affirme comme un nouveau trait d’union musical, capable de réconcilier les fondus de metal extrême et ceux qui favorisent les effluves onirique du progressif.

En tout cas, le Canadien déjanté affirme haut et fort avoir aujourd’hui fait le tour de tout ce qu’il avait à dire sur lui, et las de la violence libératrice de Strapping Young Lad comme des émotions contradictoires du Devin Townsend Band, songe sérieusement à passer à autre chose. La fin d’une épopée sonique ? Que nous réserve-t-il donc pour l’avenir, l’électron libre du metal ? Du true-metal dégoulinant de soli héroïques ? Des sonorités atmosphériques ténébreuses ? De la polka inuit ? Pas d’inquiétude, nul doute qu’il trouvera quelque chose et que la résultat sera, à nouveau, au delà de toute espérance !



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

The Devin Townsend Band : "Synchestra"
(1/2) 21 octobre 2006
The Devin Townsend Band : "Synchestra"
(2/2) 5 mars 2006, par Reivoli




The Devin Townsend Band : "Synchestra"

21 octobre 2006 [retour au début des forums]

Mon point de vue est une qualité décroissante de ses albums depuis Ocean Machine.
Quoique Accelerated Evolution soit meilleur que Terria...
Oh et puis, mis à part pour cet album de trop (et une bonne vingtaine de chansons pourries étalées le long de sa discographie), on peut tout de même dire de Townsend qu’il a le mérite d’exister (traduisez : qu’il a bien fait de diminuer/arrêter la drogue).
Pour un metalleux au croisement du XXIème siècle, c’est rare.

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The Devin Townsend Band : "Synchestra"

5 mars 2006, par Reivoli [retour au début des forums]

Ce type est un demi-dieu. Impossible de prendre en défaut sa discographie, même ses démos renvoient 99% des groupes métal ou rock à leurs répet’ de collégiens. Probablement le musicien plus prolifique et le plus génial de sa génération. Achetez cet album ! Nan, achetez TOUS ses albums !

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