Pop-Rock.com



The Answer : "Everyday demons"
Recyclage respecteux de l’environnement (sonore)

vendredi 16 juillet 2010, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Summoning : "Oath Bound"
Deftones : "Saturday night wrist"
Dream Theater : "Systematic Chaos"
Megadeth : "The system has failed"
Sixx A.M. : "The heroin diaries soundtrack"
Dream Theater : "Black clouds and silver linings"
Blind Guardian : "A twist in the Myth"
Paradise Lost : "Symbol of life"
Theatre of Tragedy : "Storm"
Scorpions : "Unbreakable"


La musique rock est un témoignage de son époque. C’est un peu con, dit comme ça, mais si on creuse un peu, les périodes de bouleversements ou de changements voient des mouvements musicaux y répondre à leur façon. Le rock séminal des années cinquante symbolise les velléités émancipatrices de la jeunesse post-Seconde Guerre Mondiale, le punk seventies naîtra de l’immobilisme de ce même rock alors devenu trop policé, le thrash est lancé à la gueule d’un heavy par trop culcul en ces années 80 trop maquillées. Sans oublier le grunge et son mal-être posé en non-réponse à la déprime générale qui gangrène ces bien peu excitantes années 90. Et The Answer qui fait du hard vieux de 30 ans en 2009, à quoi ça rime, ça réactionne contre qui et contre quoi ? Totalement déphasés, anachroniques avec leurs trois accords (nettement plus en réalité, j’y viens), leurs hymnes "wokanwoll éculés et passéistes". Dans notre monde actuel, ces amoureux d’un autre âge n’ont rien à glander dans une discothèque digne de ce nom.

Mais alors pourquoi ça marche, pourquoi ce chanteur échappé d’une glacière, pourquoi ces guitares sulfureuses, pourquoi ce moisi mélange vous fait taper de la santiag, pourquoi votre corps se convulse, traumatisé par de sauvages vrilles du bassin ? Parce que The Answer fait du rock, du comme on n’en fait plus, du nerveux, généreux, qui tient autant à Led Zeppelin qu’à AC/DC, du rock pour ce qu’il a de plus essentiel, soit animer les grosses soirées entre potes avec le pack de bières sous le canapé. Dans la catégorie, les essais de Chrome Division étaient tout aussi convaincants, mais ils sentent tellement la grosse production que l’esprit fou initial s’y dilue quelque peu. Pas de ça chez nos Irlandais qui ont à cœur de proposer simplement la musique qu’ils aiment jouer, nettement connotée, nettement datée, mais attachante en diable.

Le son est sale, pas désagréable et percutant, renforçant l’impression que The Answer s’est planté de décennie. Le bourre-pif d’entrée qu’est Demon eyes et la voix éraillée qui vous emporte loin en arrière, la batterie-bombardier, il suffit de mettre le volume un poil (à fond, ouais !) plus fort pour apprécier la délicieuse patine de Too far gone. Du blues, du rock, du boogie, du hard aussi pas mal. C’est évident que toute la discographie des Who, Led Zeppelin, Thin Lizzy, Guns n’ Roses y est passée mais peu nous chaut, car à écouter ces petits bouts de rock cons comme tout, on acquiesce du chef devant les vocalises de Cormac Neeson, lui aussi sortant d’un monde parallèle avec ses variations rauques/aiguës.

Un mec que j’admire et respecte (François Cavanna, allez lire Les Ritals, vous m’en direz des nouvelles) m’a un jour dit "Ça m’a fait plaisir de vous faire plaisir" (rien de graveleux, bande de cochons). C’est ce sentiment qui me vient, nos sympathisants de la Guinness prennent un tel pied qu’il en est communicatif. The Darkness sort du bois aux alentours de certaines plages, même si ces autres (ex)tenants de la guitare old-school avaient mis bien plus de dérision dans leurs rockeries de fofolles. Ici, on se prend un peu plus au sérieux, on met en avant sa passion maladive pour les années 70 avant de miser sur la parodie. De fait, Everyday demons sent bon le vinyle déniché dans une brocante. Ça n’ira pas convaincre tout le monde. On me soufflera que certains refrains naviguent ras le slip au bord du kitsch (On and on), pointilleux avis en somme.

N’est-ce pas seulement que cette mixture diabolique ne peut vieillir, qu’elle est immortelle, inusable, qu’elle fera trémousser jusqu’aux mioches de vos arrières-petits-enfants croisés avec des Martiennes ? Le jeune abruti peu connaisseur ira baver que c’est de la zique de papys et que ça le fait grave chier, le jeune, et qu’il préfère Deathstars parce qu’ils sont super gothiques et leurs fringues elles tuent. Mort aux jeunes, car si les influences sont nettement visibles (comment pourrait-il en être autrement...), la recette fonctionne comme au premier jour. Aux premières écoutes, je trouvais ça sympathique, désormais, je me fous leur matos direct dans la grosse veine. "Hard drog" ? Un peu, oui.

Ironie du sort, ou simplement bonne oreille, The Answer fit la première partie de la tournée 2009 d’AC/DC, un autre groupe à qui l’on n’apprend plus à pondre un morceau bien costaud entre deux steaks de kangourou. Et ce bien que Black ice ne m’ait pas vraiment transporté, mais c’est une autre histoire. Autre histoire mais mêmes objectifs pour ces deux-là, entre le vieux briscard qui cherche à meubler pour une nouvelle tournée et le petit jeunot qui grimpe sa colline avec un vif plaisir, il est des jours où le ciel est moins moche.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati