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Symphony X : "Paradise lost"
Milton prog

jeudi 13 décembre 2007, par Geoffroy Bodart

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Il m’a fallu du temps pour me décider à le chroniquer, celui-là. Probablement parce que le ressenti qu’il provoquait en moi changeait à chaque écoute. Répulsion, admiration, bâillement, je suis passé par toutes les phases. Pas qu’il soit dérangeant, étrange, peu commun, bizarre ou avant-gardiste, le Symphony X... Oh que non... Au contraire...

Atteint de Dream Theater-ite aigue, les vaillants guerriers de Symphony X font du metal progressif standard. La chronique pourrait s’arrêter là. Riffs assassins, batterie kalashnikov, chant héroïque, soli Formule Un, breaks en cascade, etc. On commence à connaître la chanson. Et la répulsion naît justement de cette constance dans le non-renouvellement d’un genre. S’il y a bien quelques tarés intégraux qui s’avèrent encore capable de dynamiter les conventions, comme Pain of Salvation et son fameux disco-metal dont on ne se remet toujours pas, ou The Mars Volta (même si Amputechture, leur dernier effort, n’apportait rien de neuf par rapport à Frances the mute), on ne peut toutefois que déplorer que la face la plus visible de la scène metal-prog ne soit constituée que des Vanden Plas et autres Dream T-like, lesquels s’avèrent tous, sans exception aucune, incapables d’aller titiller le géant new-yorkais, qui reste inattaquable sur son propre terrain, même lorsqu’il accouche d’un album moyen au regard de sa propre discographie (il faut toutefois reconnaître que Systematic chaos ne fait que prendre de l’ampleur, le temps aidant).

Petit examen de conscience. Si on devait tirer à boulets rouges sur tous les groupes pas follement originaux sur base du seul argument selon lequel ils ne sont pas follement originaux, il ne resterait pas grand-monde à écouter. Dans le cas d’espèce, on se montre un peu chatouilleux uniquement parce que, s’agissant de musique progressive, la stagnation est censée faire office de boss de fin de niveau. Mais si on accepte de considérer le metal progressif comme un « bête » genre musical (ce que, en définitive, il est), alors ce Paradise lost tient tout à fait la route. Les musiciens sont d’un niveau que n’effleureront jamais la grande majorité des groupes en activité et la production est aux petits oignons. Une fois encore, les canons du genre sont respectés et on évolue en terrain connu de A à Z. Durcissement général oblige, l’intro se montre particulièrement glauque (et réussie) et on constate une nouvelle escalade dans le riffing agressif et le chant hargneux. Les orchestrations ne sont pas absentes mais sont dispensées plus parcimonieusement que par le passé. Elles font même preuve d’une finesse et d’une subtilité de très bon aloi. Preuve de cette régression dans l’aspect symphonico-épique : le morceau le plus long, concluant l’album, ne tape pas plus haut que neuf minutes, là où, sur son dernier album, The odyssey, Symphony X avait explosé la barrière des vingt minutes. Les ballades obligatoires, Paradise lost et The sacrifice, sont là et sont excellentes, dénuées de toute mièvrerie pour mettre l’accent sur une musicalité de grande envergure. Elles sont toutefois noyées sous le déluge de titres parfois à la limite du trash, dont certains atteignent un niveau exceptionnel (Domination en tête de peloton, pas loin de rappeler le meilleur de Shadow Gallery).

Maintenant, s’il s’agit de jouer à qui a la plus grosse avec Dream Theater, autant comparer un cobaye à un étalon. On ne va pas s’amuser à comparer les jeux de Petrucci et Romeo, ils ont de toute façon atteint un échelon où la comparaison n’a plus lieu d’être (on notera juste que le batteur est tout simplement épuisant avec sa double-pédale). Mais le groupe n’évite pas le ventre mou avec des titres peu mémorables, presque décoratifs, aux lignes de chant peu inspirées, là où les New-yorkais ne composent que des morceaux à l’identité très appuyée. Il arrive donc un moment où l’on s’ennuie un peu durant cet album, un moment où l’avalanche continue de soli de claviers supersoniques et de riffs ayant remporté le premier prix de boucherie finit par lasser. Heureusement que l’album se termine, cela semble devenir une tradition, sur un fameux morceau épique synthétisant le meilleur du groupe, Revelation.

Malgré des textes ressassant, une fois n’est pas coutume, le mythe du paradis perdu, extraits bibliques détournés à l’appui, on ne rentre toutefois pas complètement dans le trip du groupe. On accroche à cette ambiance lourde et agressive, mais l’immersion n’est pas totale. Une fois encore, on ne pourra que constater que derrière l’énorme travail fourni pour accoucher de ce disque, il manque ce petit supplément d’âme et de feeling qui permet de distinguer un très bon groupe (ou album) d’un grand groupe (ou album). Oui, je sais. On est difficile, sur Pop-Rock.



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Geoffroy Bodart