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Sixx A.M. : "The heroin diaries soundtrack"
Du Sixx à la confesse

vendredi 25 janvier 2008, par Marc Lenglet

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Ecrire un livre et concevoir la bande sonore qui va avec est une tendance qui semble avoir le vent en poupe ces derniers temps. Evidemment, faire correspondre un certain type de lecture à un certain type de musique est à la portée du premier venu, mais que l’artiste se préoccupe de préparer le package lui-même reste relativement neuf. Idée à creuser plus en avant ou simple opération visant à maximiser les ventes de deux œuvres interdépendantes ? De toute façon, cette B.O.L. (Bande Originale de Livre) se montre suffisamment convaincante pour fonctionner indépendamment de son alter ego livresque.

Or donc, Nikki Sixx, épaulé du journaliste britannique Ian Gittins, s’est récemment fendu d’une autobiographie centrée sur l’année 1987, celle où, leader d’un groupe alors au pinacle de sa gloire, il est aussi un homme au fond du gouffre, seul, dépressif et héroïnomane compulsif. De cette année qui vit passer quelques uns des événements parmi les plus marquants de la légende noire de Mötley Crüe - la fameuse overdose fatale, rattrapée in extremis par une double injection d’adrénaline dans le muscle cardiaque, pour n’en citer qu’un seul - Sixx a tiré un album introspectif qui lève le voile sur une facette inattendue de la personnalité de l’ex dépravé en chef du Crüe.

En fait, cette réalisation est diablement surprenante à plus d’un titre. Si Sixx est un songrwriter tout à fait respectable dans son créneau, on l’avait un peu trop vite jugé éternellement coincé dans les sarabandes endiablées décrivant les excès de la vie de rock-star. Or, c’est un regard lucide et sans complaisance que Sixx jette sur un imaginaire rock’n roll bien moins glamour qu’il n’y paraît. Mais même en tenant compte de ce revirement imprévu, l’idée de base, dans le meilleur des cas, prêtait quand même à sourire. Le coup de la starlette glam jadis spécialisée dans la gaudriole qui s’astreint à un truc conceptuel et cathartique dans ses vieux jours, ça ne tenait pas la route. Ca ne POUVAIT pas tenir la route. Qu’est ce qu’on pouvait en attendre ? Des ballades suintantes d’un auto-apitoiement pathétique ? Des développements prise de chou truffées de métaphores de ploucs ? Du Mötley Crüe ringard vendu dans un nouvel emballage ? Et avec un album majoritairement orienté vers les power-ballads, en plus ! Des power-ballads signées d’un survivant des années 80. Non, à part augmenter la masse de compost au fond du jardin, il n’y avait rien de bon à attendre de ce désastre annoncé.

Et pourtant, au risque d’en déranger certains dans leurs certitudes, The heroin diaries soundtrack est un album résolument moderne, cohérent d’un bout à l’autre, qui accumule les compositions d’excellente facture, et ce tout autant dans les power-ballads (Van Nuys, le fantastique Life is beautiful) que dans les titres plus enfiévrés (Pray for me, terriblement dansant). Si l’ensemble n’échappe pas à quelques fautes de goût, ces dernières sont rares et systématiquement excusables : une ou deux ballades un peu plus mièvres, un recours parfois facile au violon et au piano... on trouve facilement dix fois plus indigeste ailleurs. Si Sixx n’assure pas lui-même les parties vocales - ceux qui se souviennent de ses rares tentatives du temps de Mötley Crüe lui en seront gré -, son acolyte James Michael (surtout connu en tant que producteur et compositeur mercenaire pour stars FM) injecte une telle émotion retenue et une telle conviction dans son interprétation que certaines pièces sont à proscrire formellement les jours un peu gris ! L’agencement réfléchi des morceaux et leur force d’évocation permettent de suivre avec intérêt la descente aux enfers de Sixx, qui intervient à plusieurs reprises au fil des morceaux pour assurer la transition entre les différents événements.

Pour sa première virée hors de son biotope naturel (les Brides of Destruction étant très éloignées de la notion de projet solo), Nikki Sixx dévoile une maîtrise et une sincérité aussi inattendue qu’éloignée du rock clinquant auquel il accorde habituellement ses faveurs. Brillant et profondément travaillé, Heroin diaries s’impose en même temps comme un véritable alignement de tubes en puissance, qui reprend les éléments qui assuraient le succès des dinosaures du hard d’il y a deux décennies sans tomber - ou si peu - dans leurs travers et leurs clichés. Contrairement aux albums du Crüe depuis plus de quinze ans, cette improbable aventure, qui avait toutes les chances de virer à la catastrophe, s’inscrira sans problèmes dans la durée.



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Marc Lenglet





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Sixx A.M. : "The heroin diaries soundtrack"
(1/1) 3 décembre 2016




Sixx A.M. : "The heroin diaries soundtrack"

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With modernized harmony, this album is indeed, a big success to the group. - Morgan Exteriors

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