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Serj Tankian : "Elect the dead"
Damnés de la Terre, unissez vous !

samedi 26 janvier 2008, par Marc Lenglet

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A présent que System of a Down est officiellement mis en sommeil pour un durée prévue de trois ans, les membres du plus excentrique combo jamais affilié au neo-metal se sont éparpillés dans diverses activités parallèles ; le moins surbooké d’entre eux n’étant certainement pas Serj Tankian. Le charismatique chanteur a toujours été la personnalité la plus politisée du groupe. Outre la gestion de son label Serjical Strike, il est notamment co-fondateur, avec Tom Morello, de Axis of Justice, organisation chargée de promouvoir des concerts et divers autres événements en faveur d’idées politiques qui leur auraient valu d’être sommairement torturés à la gégène par le sénateur McCarthy voici quelques décennies. Tankian s’est également illustré ces dernières années par sa participation à divers mouvements de lobbying, à commencer par les inévitables manifestations contre la guerre en Irak (initiées par Neil Young) et un militantisme jamais démenti en faveur de la reconnaissance du génocide arménien par la Chambre des Représentants.

Au vu du passif de cet hyperactif chronique, on aurait pu redouter un manifeste politique déguisé en album de metal. Il n’en est rien : si on retrouve de nombreuses références à l’actualité ou aux divers démons de la société américaine tout au long de l’album, le taux d’engagement politique et de prises de positions restent dans la moyenne de ce qu’on peut attendre d’un groupe de metal conscientisé style Megadeth. Et surtout, Tankian écarte l’opposition frontale et irréfléchie au profit d’une approche plus indirecte (mais tout de même moins ésotérique que celle de System of a Down). Dans tous les cas, la forme a le bon goût de ne pas s’effacer derrière le fond, comme le démontre le percutant The unthinking majority. Même constat pour ceux qui se seraient attendu à un virage marqué vers le folk et les musiques du monde ; virage qui aurait mis en exergue les origines arméniennes de Tankian. Une astuce beaucoup trop évidente pour l’exigeant personnage : si les rythmes et accents exotiques sont présents à divers degrés sur la plupart des compositions (le refrain de Lie lie lie en est le plus bel exemple), ils ne sont pas davantage mis en avant qu’au temps de System (ce qui n’est déjà pas rien, je vous l’accorde).

En fait, ce qu’il y a de plus singulier à retenir d’Elect the dead, c’est qu’il s’agit d’un album qui, à première vue, ressemble à du System of a Down, a le goût et l’odeur de System of a Down, mais en même temps, n’est absolument pas du System of a Down. De la célèbre formation, on retrouve pourtant ces improbables cassures rythmiques, ce feeling mélodique qui fait mouche à chaque fois et évidemment, ces lignes de chant envoûtantes qui sont devenues la marque de fabrique de Serj Tankian. Une écoute superficielle laisse d’ailleurs planer l’impression que Tankian se contente de détourner la renommée et le style musical de son groupe phare pour son propre compte. Au fil des écoutes cependant, Elect the dead révèle une personnalité qui lui est propre et des idées bien plus complexes qu’une simple réutilisation de procédés ayant déjà fait leurs preuves.

Certaines compositions, notamment les « ballades » Sky is over et Baby - si tant est qu’on puisse les considérer de la sorte - sont si délicatement ciselées qu’elles suffisent à faire taire toutes catégorisation trop hâtive, tandis que les dénonciations plus énervées à la Empty walls renouent avec l’esprit punkisant du System of a Down des débuts en l’épurant de tout gimmick metal. On notera aussi l’utilisation appuyée du piano, qui confère aux pièces où il intervient d’un petit côté glauque et mélancolique. Les fans les plus facétieux regretteront les pétages de plombs et l’esprit absurde qui régnait au sein de System of a Down. Pourtant, dans ce domaine aussi, on découvre quelques spécimens plutôt intéressants (Honking antelope, Praise the lord and pass the ammunition,...) sans pour autant que ces morceaux puissent s’imposer clairement comme représentatifs de l’esprit global de l’album.

Perfectible par certains aspects, le premier effort solo de Tankian n’en renferme pas moins un foisonnement d’idées et de tendances très éclectiques, qui reprennent les meilleurs éléments de System of a Down tout en ne se limitant pas à un simple copier-coller des pratiques de ce dernier. C’est la meilleure chose qu’on puisse attendre de l’échappée solo de la personnalité centrale d’un groupe à succès. Un artiste à suivre, incontestablement.



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Serj Tankian : "Elect the dead"
(1/3) 8 décembre 2016
Serj Tankian : "Elect the dead"
(2/3) 3 septembre 2008, par Ced
Serj Tankian : "Elect the dead"
(3/3) 26 janvier 2008




Serj Tankian : "Elect the dead"

8 décembre 2016 [retour au début des forums]

There is no question that he is a talented singer and his songs were very popular. - Dr. Thomas G. Devlin MD, PhD

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Serj Tankian : "Elect the dead"

3 septembre 2008, par Ced [retour au début des forums]

Excellente critique, rien à ajouter également ! Longue vie à Tankian, une des plus fabuleuses voix actuelles.

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Serj Tankian : "Elect the dead"

26 janvier 2008 [retour au début des forums]

Rien à ajouter^^

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