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Sepultura : "Dante XXI"
Enfer, Purgatoire ou Paradis ?

lundi 18 avril 2011, par Vincent Ouslati

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On les voyait bien toucher le fond, et on ne s’interdisait ni de le penser ni de le dire. Maxounet qui se tirait sans un pot de départ, Sepultura dut se remettre à bosser en tant que groupe et oublier les décisions hégémoniques de jadis, pas simple à reformater la bestiole. Avec Roorback ou Nation, les Brésiliens tentaient une approche brutale et ils virent poindre la déception des troupeaux de fans inconsolables de la séparation. Ca avait beau ne pas être nul, c’était pas Max et donc c’était pas pareil.

Alors Greene et Kisser se sont dit que les fans, finalement, on va les envoyer chier. Et au lieu de pondre des trucs qui puent l’ancien mais sans plus de saveur que cela, on va pousser les limites de la bête, l’amener à de nouvelles expériences, enterrer les compromis dans la tombe. Et les fans inconsolables alors ? Rappelez-vous, on les emmerde.

Et ça fait du bien de temps à autre d’oublier toute masse critique, et de se concentrer sur la seule chose qui nous fait lever le matin à part l’envie de pisser, faire de la musique.
Dante XXI est pêtri de rage, de puissance dévastatrice. Sepultura ne semblait ici rien contenir de ses émotions, de ses sentiments, tout doit être déballé, et c’est Andreas Kisser qui s’en charge. Sans lui, Sepultura mourra un jour de la pire des manières. Et il prouvera que le son sepulturien lui est reconnu comme une propriété privée inviolable, qui se risquerait à le lui contester, à part peut-être le frangin cogneur Igor Cavalera qui finira par se barrer peu de temps après Dante XXI.

Sur cet album, Igor n’est cependant pas médiocre et maltraite sévèrement ses fûts, mais c’est bien l’apparition de quelques violons et éléments symphoniques qui surprend. Vu le thème choisi, cet apport se défend et n’est jamais mal amené. Dante valait mieux qu’une mauvaise revisite, et Sepultura voulait innover sans chuter.
Derrick Greene voulait enfin présenter une autre facette du groupe et de sa propre personnalité. Alors plutôt que de rabâcher les mêmes thèmes mondialistes et les sujets du genre "vivre dans une favella, c’est pas glop", Derrick s’est mis en tête de travailler sur une œuvre classique qui le marqua profondément, la Divine Comédie de Dante. Le poète, écrivain et homme politique florentin décrivait dans ce poème son imaginaire descente aux Enfers, le Purgatoire et son accession au Paradis, pour enfin détailler son ultime rencontre avec Dieu [1].

Nombre de groupes se sont inspirés de ce poème et principalement de L’Enfer, qui en est le passage le plus poignant. L’Enfer comporte trente-quatre "chants" qui décrivent la chute du poète mêlée à quelques considérations politiques de la Renaissance italienne.
Je me questionnais cependant sur la signification du "XXI" apposé derrière Dante. S’agissait-il d’une référence à un des chants du poème ou à un bête rappel que nous sommes au XXIème siècle ? Il est plus probable que la seconde option soit la bonne étant donné que Dark wood of terror qui ouvre l’album fait référence aux premiers vers du chant I (et non XXI).

"Au milieu du chemin de notre vie, Je me trouvai dans une forêt obscure.

Egaré hors de la voie droite. Ah, comme est chose dure à dire quelle était,

Cette forêt sauvage et âpre et forte,

Qui dans la pensée fait revivre la peur !"

Nos lettrés ne copient pas mot à mot le classique qui est très dense et difficilement assimilable dans son entier au format sepulturien. Il s’agit plus d’une inspiration parfois très évasive, moins fidèle que ne le sera A-lex et sa relecture de The clockwork orange de Burgess.
La somme d’un groupe confiant en ses moyens et une bonne thématique musicale est plus que positive ici. Bien que cognant de partout, Dante XXI n’en oublie pas de plaquer quelques effets à l’aide des violons et du piano, ce qui aide grandement il faut l’avouer pour assimiler les coups de boutoir de Greene, parfois (on le lui reproche souvent) trop linéaire, mais certainement pas désintéressé. Il est évident que le sujet le passionne et les textes, encore heureux, sont une bonne introduction au poème original.

Musicalement parlant, Sepultura se fait réellement plaisir est c’est communicatif. Kisser et la compagnie ne cessent de surprendre sur ce long album conceptuel, alignant quelques introductions magistrales qui se chargent d’aérer le propos.
Il faut écouter Ostia et son intégration parfaite de quelques cordes qui donnent une ampleur rarement vue à la musique des Brésiliens, la rythmique qui revient par vagues est parfaitement gérée par la paire Cavalera/Paulo Jr., et le break au violon en plein centre est de toute beauté. L’ultraviolent Crown and miter se voit précédée d’une cavalcade de violons effrayante tandis que le final Still flame et ses chœurs clotûre l’œuvre de la plus belle des manières.

Sepultura venait de proposer avec Dante XXI un travail d’une grande élégance sans jamais manquer de force. Complexe et parfaitement menée, cette relecture courageuse peut en remontrer aux mauvais disques d’un Maxounet Cavalera trop perdu dans ses machins tribaux pour intéresser, voire même passionner le vieux fan du groupe qui le largua à la sortie d’Against.
Un de ces albums qu’il faut sans honte remettre bien haut dans vos préférences, parmi tant d’autres certes, mais Dante XXI a suffisamment de qualités pour vite piquer quelques places dans vos priorités musicales.


[1] Le vrai, pas celui qui descend de sa branche par ici.



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Vincent Ouslati