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Sepultura : "A-lex"
Orange métallique

vendredi 11 décembre 2009, par Vincent Ouslati

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Sepultura, c’est (ce fut ?) la réponse brésilienne au monde très gringo du thrash, un groupe à la gestation longue qui nous a offert deux albums parfaits, un troisième plus "roots" (oui, c’est nul...), pour au final retourner en ligue 2 suite au départ de leur hurleur en chef Max Cavalera. Personnellement, jamais compris pourquoi on crachait autant sur son successeur, ce pauvre Derrick Green, que je ne trouve pas moins beuglant et efficace que Max. A tel point que je me suis demandé si ça sentait pas légèrement le délit de sale gueule.

Car que ce soit avec Nation ou Dante XXI, Sepultura proposait quelque chose de relativement intéressant, voire carrément très ambitieux avec Dante XXI, presque progressif, et où Green, quoiqu’en disent les aigris était bien plus convaincant que Cavalera sur les disques mal construits de Soulfly (ça s’est arrangé depuis). Rayon inspiration, il faut croire que Sepultura s’est payé une vaste bibliothèque car après la Divine Comédie de Dante, voilà qu’ils nous servent une version très personnelle du roman d’Anthony Burgess, plus connu par les cinéphiles comme l’Orange Mécanique de Stanley Kubrick.

Une version musicale du roman, l’entreprise est d’envergure, car comment mettre en son une histoire aussi sombre et cynique avec les instruments traditionnels du thrash/hardcore ? Quel rapport trouver entre un Roots bloody roots et Beethoven ? Le pari est couillu pour un groupe qui courait après sa reconnaissance perdue depuis déjà un paquet d’années. Mais, sans aucun Cavalera à bord désormais, Sepultura ne cherche visiblement plus à faire des machines à tubes, que ce soit avec le précédent ou avec ce A-Lex ("hors-la-loi" en russe), on sent une ferme volonté de creuser un sillon en marge du succès, de plus en plus complexe, de plus en plus fouillé, la musique du Sepultura Mark.II n’a plus vocation à être aussi facilement définissable qu’auparavant, et A-Lex pousse le bouchon encore un peu plus loin.

Il est même très difficile d’accès, succession anarchique de titres courts et longs, étranges interludes et plages hurlées, la première mise en oreilles est plus que déconcertante, à l’image du livre et du film finalement ! Il m’aura fallu du temps et de la persévérance pour en venir à bout. Une certitude, nous sommes moins en face de thrash que d’un gros hardcore parfois démesurément bourrin. Bourrin et incohérent, à l’image d’un Moloko mesto aux breaks trop décousus, sauvé uniquement par sa courte durée. On ne se rassure pas pour autant avec la suite, que ce soit Filthy rot ou We’ve lost you pourtant doté d’une délicate entrée en matière acoustique, le constat de prime abord est sévère, Crève Sepultura ! Crève et oublie-nous !

Car il y a des albums difficiles à aborder, car complexes, car très travaillés. Mais ce n’est pas le sentiment premier qui vous vient durant l’écoute d’A-Lex, le sentiment premier, c’est que c’est tout bonnement merdique et mal fagoté, que ça sent la fin de règne, le portnawak en format CD. Opinion après une écoute, cet album est une belle bouse dont seul l’artwork typé Arise/Chaos A.D. fera des heureux chez les nostalgiques de la belle époque.

Insistons tout de même, ce serait con d’avoir payé ça et de ne pas persévérer. Peu à peu se font jour quelques passages que l’on qualifiera de moins abrupts et intéressants. Les différents interludes disséminés sur ce lourd opus (dix-huit titres, oscillant entre une minute trente et six minutes cinquante, la digestion est difficile...), simplement baptisés A-Lex I, II, III, IV sont là pour alléger le propos, mais se révèlent totalement hors-cadre avec les autres titres. Aucune sorte de cohérence entre ces particules psychédéliques et le mitraillage servi tout du long de l’album. Si je partais avec l’idée de retrouver ne serait-ce que l’ambiance du film (pas lu le bouquin, désolé), j’en suis pour mes frais. Certes, l’univers malsain, violent est parfois correctement retranscris. Et plus vous écoutez, plus vous doutez, au bordel initial se mêlent de grands moments puissants et rageurs, quelques envolées de guitares pas piquées des vers, déconcertant mais évidemment correctement exécuté.

Il m’emmerde ce Sepultura, car il ne peut s’avérer le gros bide qu’il semblait être. Les très curieuses premières notes de Metamorphosis, le pesant Conform, il y aurait presque un peu de génie dans cette apparente folie. Mais le morceau le plus déroutant reste encore Ludwig Van, où comment revisiter l’œuvre de Beethoven avec un orchestre symphonique et Sepultura à la baguette, et je dois reconnaître que c’est sans aucun doute le moment le plus timbré et le plus délicieux d’A-Lex, car non seulement il permet de se rappeler ce que fut Beethoven en tant que compositeur, mais en plus voir les Brésiliens se mettre au classique est particulièrement amusant. Je ne dirai pas pourtant que c’est une totale réussite mais le caractère incongru de la chose est à noter.

Je ressors finalement de là-dedans avec le même malaise qu’après la version pellicule, un mélange d’incompréhension, de dégoût et de fascination, devant quelque chose que je ne sais pas ou ne peut pas aborder de façon classique. J’aurai bien souhaité vous donner un avis définitif du genre "Sepultura s’est vautré" ou "Retour en beauté", mais rien de cela ici. C’est la circonspection qui règne après A-Lex, l’interrogation devant quelque chose qui semble ou trop abrupt ou trop complexe pour vraiment se laisser apprécier, quelque chose qui appelle au débat enflammé plus qu’à la douce méditation.

Si Sepultura souhaitait faire parler, c’est réussi. Ça me laisse en tout cas le derrière entre deux bancs tout cette histoire. Car Burgess, en son, en mots, ou en images, laisse décidément le soin à ses fans de déblatérer à la suite de son œuvre. Et peu importe finalement le support de retranscription...



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Vincent Ouslati





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Sepultura : "A-lex"
(1/1) 19 novembre 2015




Sepultura : "A-lex"

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They have waht it take to be a hit. This is perhaps, one of their best work. - Marla Ahlgrimm

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