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Rammstein : "Rosenrot"
L’important, c’est la rose

samedi 17 décembre 2005, par Marc Lenglet

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Alors qu’on était habitué à un lancement en fanfare pour chaque nouvel album du quintet allemand, il semble que pour Rosenrot, Rammstein a adopté un profil particulièrement modeste, un peu comme s’ils souhaitaient dissimuler autant que possible la venue d’un enfant mal formé. Dommage en soi car, malgré un premier contact fort déstabilisant, ce cinquième album de Rammstein possède quelques arguments à faire valoir, le moindre d’entre-eux n’étant pas l’affirmation sans ambages que Rammstein n’est pas uniquement un groupe de culturistes testostéronés qui brutalisent leurs instruments en bramant allemand de la manière la plus caricaturale possible.

A la première écoute de ce Rosenrot, j’ai été surpris. Vraiment surpris. Même salement déçu, pour tout vous avouer. Ou était passé le Rammstein conquérant d’antan, me disais-je ? Celui à la rythmique martiale et dominatrice et aux riffs ravageurs ? Celui dont le moindre refrain suintait plus l’Allemagne éternelle que l’inspecteur Derrick en train de partager une Bratwurst-Sauerkraut avec Rex en écoutant du Wagner, bien au chaud dans sa Volkswagen garée au beau milieu de l’Oktoberfest de Mönchen-Gladbach ? En forçant un peu le trait, j’avais même le sentiment d’écouter un album pop sur lequel on aurait collé un gros son de guitare, tant Rosenrot me paraissait éloigné de l’idée que je me faisais du plus célèbre des groupes allemands.

Je sens déjà le mot interdit pointer le bout de son sale museau. Non, que tout le monde se rassure, Rammstein n’a pourtant pas versé dans le commercial. On se rend compte après quelques écoutes qu’à l’une ou l’autre exception près, aucun titre ne séduit instinctivement, aucun ne provoque de réflexe pavlovien de headbanging forcené. Au contraire, les différentes sections de Rosenrot devront être domestiquées progressivement. Malgré cette première impression mitigée, on perçoit rapidement qu’il y a tout de même quelque chose de mûrement réfléchi et travaillé derrière tout cela. Lancez Rosenrot sur la platine avec l’idée de retrouver le Rammstein que vous connaissiez, c’est la voie royale vers l’échec. La majeure partie de Rosenrot est constitué de ballades, de pièces minimalistes, de chansons mélancoliques et sombres, bien loin de l’extravagance explosive d’antan. Certaines de ces nouvelles compositions sont même si froides et si austères que c’est à se demander si elles pourront figurer sans dommages collatéraux dans la play-list des apocalyptiques prestations scéniques de Rammstein. D’après quelques récentes interviews, le groupe ne compte d’ailleurs pas défendre cet album sur scène dans l’immédiat.

On s’en souvient, le très bon Reise, Reise témoignait déjà de quelques ouvertures vers un style plus épuré, voire même plus "mondialisateur", mais il n’en proposait pas moins de véritables panzer sonores à la Mein teil par exemple. A présent, même les pistes les plus dopées (Benzin, Mann gegen Mann, l’énorme Zerstören) paraissent moins écrasantes que par le passé, tandis que l’utilisation des claviers se fait plus insistante et, à vrai dire, parfois un peu cliché et pas toujours du meilleur effet. Le chant est en revanche particulièrement soigné. Plus articulé qu’auparavant, c’est une véritable joie de gourmet que d’entendre Till Lindemann s’exprimer sur les titres les plus calmes et mélancoliques, les Rosenrot et autre Feuer und wasser.

Quelques franches curiosités viennent néanmoins rassurer sur la capacité du groupe allemand à débouler là ou on ne l’attend pas, et à s’autoriser toutes les audaces. Stirb nicht vor mir est une balade FM en duo avec Sharleen Spiteri de Texas (!) qui ressemble d’ailleurs à un morceau de Texas sur lequel on aurait invité un colonel en retraite de la Bundeswehr à venir tenir le crachoir. Tant que ce genre de pratique ne se généralise pas, on jugera après bien des hésitations que ce n’était pas une si mauvaise idée que ça. Enfin, Te quiero Puta est la grosse farce à l’andouille de l’album. Des paroles affreusement débiles, des chœurs féminins dignes de Victoria Abril bourrée et des trompettes de mariachis tout droit jaillies d’un western-spaghetti de Cinecitta forment une chanson rouleau-compresseur du meilleur effet. Rammstein a complètement réussi son gag puisqu’on est totalement déstabilisé par cette chanson qui prend totalement le contre-pied de l’esprit général de l’album. Pas grave : comme toutes les chansons punkoïdes bien à la masse, Te quiero Puta provoque une adhésion aussi rapide qu’instinctive à cette idée décalée et une bonne dose de franche rigolade.

Au terme de nombreuses écoutes, on finit ainsi par rassembler de nombreux éléments en faveur de Rosenrot. Oeuvre qui souffle le chaud et le froid, entre humour gras et obsessions plus sombres, entre puissance d’impact et ballades au romantisme morbide, Rosenrot, à défaut d’une véritable excitation suscite la déception, l’agacement, l’étonnement, la curiosité et finalement, l’intérêt. Ce n’est déjà pas si mal que de parvenir à en faire voir de toutes les couleurs à ses auditeurs. Quoi qu’il en soit, Rosenrot ne brigue certainement pas le statut de meilleur album de Rammstein, mais s’affiche clairement une réalisation étonnante et originale qui remettra en perspective bien des idées arrêtées sur le groupe, et soulèvera bon nombre d’interrogations sur la suite de leur carrière. Alors Rosenrot, album de transition ou simple compilation de chutes de studio de Reise, Reise ? L’avenir nous le dira.



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Marc Lenglet





Il y a 11 contribution(s) au forum.

Rammstein : "Rosenrot"
(1/5) 20 janvier 2006, par XenoBlackMetalPower
Rammstein : "Rosenrot"
(2/5) 18 décembre 2005, par Howlin
Rammstein : "Rosenrot"
(3/5) 17 décembre 2005, par jp
Rammstein : "Rosenrot"
(4/5) 17 décembre 2005, par Kao
Rammstein : "Rosenrot"
(5/5) 17 décembre 2005




Rammstein : "Rosenrot"

20 janvier 2006, par XenoBlackMetalPower [retour au début des forums]

je suis franchement déçu de cette album et reise reise n’était pas assez agressif a mon gout ce n’est donc qu’une suite logique pour moi. D’un autre côté c’est p-t moi qui suis trop sélectif mais n’empêche que j’aurais honte de dire à mes amis que j’écoute du rammstein après qu’il ait écoutait cette album.

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Rammstein : "Rosenrot"

18 décembre 2005, par Howlin [retour au début des forums]

"L’important c’est la rose"
Ca me rappelle etrangement La Tour sombre...Coincidence ?

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    Rammstein : "Rosenrot"

    18 décembre 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


    Honnêtement, je n’y avais pas pensé. Ca doit faire plusieurs années que je n’ai pas relu la Tour Sombre. Je pensais plutôt à cette chanson qu’une rapide recherche sur google m’indique être de Gilbert Bécaud.

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Rammstein : "Rosenrot"

17 décembre 2005, par jp [retour au début des forums]

Rammstein est quand même le plus extraordinaire quintet du monde puisqu’ils sont 6.

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Rammstein : "Rosenrot"

17 décembre 2005, par Kao [retour au début des forums]

Effectivement bravo, je ne pensais pas qu’il était possible de sortir quelque chose de positif de cet album que, pour ma part (et en tant que néophyte), je trouve raté. J’ai été déçue à la première écoute, voir franchement agacée, et à la deuxième j’ai retourné la galette dans tous les sens pour comprendre où mes amis teutons avaient voulu en venir ... ta chronique constitue une ébauche de réponse, donc merci.

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Rammstein : "Rosenrot"

17 décembre 2005 [retour au début des forums]

Bravo Marc

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    Rammstein : "Rosenrot"

    29 avril 2006 [retour au début des forums]


    belle analyse :D

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      Rammstein : "Rosenrot"

      30 juillet 2006 [retour au début des forums]


      franchement, je trouve les critiques de cette album infondé, il est certainement le moins metal de tous mais le plus techniquement reussi, la voix de till est de plus en plus apressiable, les melodies melancoliques sonnent d’avantage pop je vous l’accorde mais le rhytme bourrin de kein lust ou de du hast auré fini par lasser et puis peut etre que rammstein est un groupe qui viellit et qui veut seduire d’avantage de monde, cette album est largement radiophonique peut etre trop mais jespere que le prochain sera encore different

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