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Queensrÿche : "Operation : Mindcrime II"
Wasted years

dimanche 27 août 2006, par Marc Lenglet

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En 1988, à une époque où les albums de metal sortaient en rafales sans que la qualité soit toujours au rendez-vous, surgit un disque qui allait marquer l’histoire du rock d’une empreinte durable. Composé par un jeune groupe plein d’avenir, ce chef-d’oeuvre offrait à la fois des morceaux à l’impact formidable, un grand raffinement dans les mélodies et le chant, une architecture globale complexe et un synopsis très réfléchi, mettant en scène complots politiques, troubles sociaux et désarroi psychologique. Operation : Mindcrime fit preuve d’une tel maîtrise dans l’ordonnance de tous ces éléments qu’il est considéré encore aujourd’hui comme l’une des albums les plus réussis des années 80, et le fondateur (ou du moins, considéré comme tel) de ce qui s’appellerait par la suite le "metal progressif". Les années passèrent. Malgré quelques sympathiques passes d’armes, Queensrÿche ne parvint jamais à retrouver un nouveau souffle, s’abimant toujours plus profondément dans des réalisations anecdotiques et un manque d’inspiration attristant. Relégué en troisième division, vivant dans l’ombre de sa gloire passée, Queensrÿche joue aujourd’hui son va-tout, en se lançant dans une improbable suite de son œuvre phare.

Après la vague de meurtres que lui avait inspiré le Dr X, Nikki a passé 18 années en prison. Le voilà à présent libre, résolu à se venger et surtout, à comprendre. C’est souvent comme ça, les suites de films cultes au cinéma (pour lequel, paraît-il, Operation Mindcrime va enfin être adapté...) : de grandes histoires de haine, de vengeance et de retrouvailles contrariées sur le script et, au final, un série B jouée par des acteurs de soap-opera avec un budget de six cent balles. Mettant l’objectivité, l’intégrité et tout un tas d’autres conneries sur un plan très haut, ce bébé de la dernière chance a été analysé par nos soins, non seulement en tant que "simple" nouvel album de Queensrÿche, mais également une fois mis en parallèle avec son glorieux ancêtre, ressorti du tiroir pour l’occasion afin qu’on se remette clairement à l’esprit à quoi ce vénérable album devait son réputation glorieuse.

Autant vous l’affirmer de but en blanc : considéré comme un simple album de Queensrÿche, Operation : Mindcrime II est un truc sans intérêt majeur (comme tout ce que fait Queensrÿche depuis dix ans en somme...) : une interminable compilation de morceaux de hard maladroits et désespérément passe-partout, qui ne suscite aucune attente particulière, s’écoute par curiosité, ne produit pas vraiment de réaction chez l’auditeur et s’oublie tout aussi vite. Evidemment, compte tenu du titre de celui-ci, nous ne sommes pas en face d’un album "comme les autres"’ et les "attentes particulières" sont bien autre chose qu’un détail oiseux.

La production, assez terne, semble vouloir rendre hommage aux années 80 plus que de raison Choix assez décevant et illogique : si le retour au son un peu vintage des années 80 était sans doute volontaire dans le chef du groupe, une œuvre à l’ambition aussi affirmée qu’Operation Mindcrime pouvait aisément bénéficier d’une production luxueuse, mais peut-être est-ce hors des possibilités financières de Queensrÿche aujourd’hui ? Trèves de pinaillage, la production, quelque part, on s’en fout un peu. Et celle du premier Operation Mindcrime sonne de toute façon terriblement datée en 2006 sans que cela n’ait le moindre impact sur sa qualité intrinsèque.

Mais dans le cas de cette suite mal inspirée, ou sont-ils les Revolution calling, Spreading the disease, The needles lies ou Suite sister Mary du premier volet ? Toutes ces chansons flamboyantes, époumonées et endiablées qui s’agençaient les unes aux autres d’une manière qui confinait à la perfection ? Nulle part, semble-t-il : si Queensrÿche réutilise très scolairement les ficelles du formidable premier opus, il rate cette fois complètement sa cible et ne parvient pas à captiver son auditoire au delà des premières vingt minutes. Il est vrai que certains titres ne sont pas déplaisants, considérés séparément (Hostages par exemple, Chase ou même la ballade un peu pompeuse If I could change it all). Mais attend-on vraiment d’un Operation : Mindcrime qu’il nous offre des pistes individuelles tout juste moyennes, au sein d’un ensemble atrocement mal agencé ?

Même en essayant de faire abstraction du mythe, de la mise en scène, du contenu et de tout l’environnement "opera-metal", les meilleurs de ces morceaux ne retrouvent de toute façon pas un iota de la grandeur d’antan. On ne vibre plus pour l’odyssée de Nikki, devenu ici un de ces héros sans âme de mauvais thriller dont on espère qu’ils vont se ramasser une balle perdue avant la fin du film. Îlot de dignité au milieu de la débâcle, Geoff Tate est le seul à s’en sortir avec les honneurs, en propose des lignes de chant à la hauteur de ses capacités. Capacités dont le songwriting ne fait visiblement plus partie, ceci dit. Pour les maniaques du détail, signalons aussi que Queensrÿche a invité Ronnie James Dio pour interpréter les parties de chant du Dr. X sur certaines plages. Entre vieilles gloires fanées, on s’entraide, c’est bien légitime...

Operation : Mindcrime II est un album daté, peu inventif et qui sent trop la naphtaline pour intéresser le public, y compris les amateur de hard. Autant aller écouter Metal Church ou Running Wild si on voue un culte au metal inadapté. Mais si finalement, il n’abaisse guère le faible niveau d’estime que l’on peut témoigner à Queensrÿche aujourd’hui, on ne peut tolérer un tel gâchis de la part d’une production qui fait référence à l’un des meilleurs albums de prog-metal de l’Histoire. Cette audace inconséquente du groupe occasionne une cruelle déception chez l’auditeur. C’est ce que l’on reprochera principalement à Queensrÿche : plutôt que d’agoniser en silence, Geoff Tate et ses forbans ont préféré jouer le tout pour le tout - pas de quoi râler jusque là - mais avec un tel manque de conviction et de panache qu’ils souillent irrévocablement la mémoire d’un des albums les plus cultes des années 80.



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Queensrÿche : "Operation : Mindcrime II"
(1/2) 27 août 2006, par Red Cloud
Queensrÿche : "Operation : Mindcrime II"
(2/2) 27 août 2006, par MarcD




Queensrÿche : "Operation : Mindcrime II"

27 août 2006, par Red Cloud [retour au début des forums]

Comme quoi il ne suffit pas de ressuciter un nom glorieux pour faire un bon album. Queensryche ne nous avait clairement plus rien proposé de bon depuis Empire. Dommage, je crains qu’on ne puisse définitivement tirer un trait sur ce qui fut un très grand groupe.

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Queensrÿche : "Operation : Mindcrime II"

27 août 2006, par MarcD [retour au début des forums]

En tout cas je me souviens l’avoir acheté à sa sortie, j’étais alors bien dans le hardrock (même abonné à la revue du même nom) et j’avais vraiment accroché. L’album était d’ailleurs encensé par la critique, et Zégut le passait très souvent dans son émission. Mais en 2006 effectivement que ça sonne un peu daté, jusqu’à se demander comment on a pu aimer cet album... Le Ram It Down des Juda’s Priest sortait à la même époque je pense, et a beaucoup moins mal vieilli pour moi (mais c’est peut-être une affaire de goûts).

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