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Queensrÿche : "American soldier"
Réveil en fanfare

dimanche 29 août 2010, par Vincent Ouslati

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Queensrÿche. Ces types avaient tout pour rentrer dans le gratin du métal, un chanteur fabuleux, des musiciens inspirés, de l’idée au kilomètre et un panel de fans plutôt respectable. Pourtant, après Operation Mindcrime et Empire, derniers vestiges d’une courte popularité, le groupe s’est lentement englué dans un incognito douloureux. Pas par une baisse de qualité d’ailleurs, Promised Land était quand même un sacré album de prog. Simplement Queensrÿche n’était plus à la page, plus dans le coup, avait foiré son exposition médiatique, fini les gars, on vous retrouvera dans les pages nécrologiques d’un genre aujourd’hui propriété exclusive de Dream Theater ou Pain Of Salvation, mais certainement plus de vous.

Le grand retour était programmé avec la parution récente d’un Operation Mindcrime II, tellement en dessous du premier volet qu’un vent d’opportunisme soufflait à travers tous les titres. Mais au moins on aura reparlé un peu de Geoff Tate et consorts. Comme la moitié du monde connu, je n’avais que moyennement accueilli la chose, mal produit, peu inspiré, décevant pour un grand retour. Et voilà que Queensrÿche revient en 2009 avec American soldier, lettrage militaire, bottines en gros plan, j’ai peur.

Peur car on est habitué au patriotisme parfois crétin des Américains. En France, on parlera de chauvinisme attardé, voire de fanatisme, alors qu’aux États-Unis, on nuance ces termes. Parler de ses pioupious n’est pas forcément un éloge aimable de la toute-puissance militaire ’ricaine, c’est simplement aussi parler de la douleur, des souffrances, de la perte du fiston parti guerroyer en terre pas sainte. Il est plus question d’humanité que de conquête glorieuse, de vies brisées que de grands actes héroïques.
American soldier est un concept-album, comme aux grandes heures de la bande, et fait figure de compte-rendu de la vie d’un troufion en de multiples époques. Geoff Tate s’est ainsi entretenu avec plusieurs vétérans, de la Seconde Guerre Mondiale à celle d’Irak, et compilant les témoignages en a fait un condensé de douze titres, racontant avec leurs mots propres leur quotidien, sans chercher à enjoliver le tout sous trop de considérations patriotiques.

Notez que l’artwork a été édulcoré aux USA où l’image d’un drapeau étoilé au sol était jugée trop dure à avaler... Mais l’essentiel reste la voix de Geoff Tate. Remplie de sensibilité, émouvante et puissante quand il le faut, il n’a pas besoin d’en faire des tonnes, de surajouter du larmoyant ou de la gueulante improbable pour que l’on croit à ce qu’il nous chante. Il est juste et efficace tout au long de l’album, réellement une jolie performance, mais finalement à la hauteur de ses capacités.

Pour l’aspect progressif, il faudra repasser, car la plupart des morceaux sont simplement efficaces et ne s’encombrent pas de complexités poussives qui n’auraient de toute manière pas servi le sujet. La formule reste simple et très éloignée d’un Promised Land par exemple. Chaque titre reste assez classique dans sa structure, mais le premier qui fait un sacré effet reste Sliver, l’un des plus virulents et qui introduit l’album. Pas de mise en bouche symphonique, c’est Tate gueulant comme un sergent instructeur "On your feet !!" qui lance cette longue histoire. Plutôt rentre-dedans, agrémentée d’une ligne de guitare bien mise en place, mémorisable et typiquement Queensrÿche, on y perçoit cependant de quoi sera fait American soldier, soit d’une bonne dose de mélancolie et de souffrance.

Et c’est certainement en cela que le pari est déjà aux trois-quarts gagné, même si vous n’êtes pas forcément un adepte de la langue anglaise, il sera difficile de ne pas comprendre le sujet de l’album. Les extraits de conversations, les bruitages, ça fonctionne bien, mais ajoutez-y la performance de Tate et la guitare de Wilton (Chris De Garmo n’a pas fait de come-back), et le ton résolument désabusé vous saute aux oreilles.
Le bémol vient cependant de l’absence de titre parpaing, que l’on va retenir durant dix ans, à l’image d’un Eyes of a stranger ou d’un Anybody listening ?, rien n’est aussi marquant ici. Mais il faut accepter cet état de fait, rares sont les groupes rescapés des années 80 qui ont gardé ce sens du "tube" comme dans leur folle jeunesse, et le virus n’a pas épargné Queensrÿche.

Car de grands moments il y en a tout de même, Sliver en entrée est une grande idée car il met tout de suite dans le bain et reste du grand Tate, chant presque rappé, riffs de guitares géniaux. Ca sonne moderne sans oublier d’être de leur cru, c’est tout ce qu’on leur demandait au fond. Quoique non, on demandait aussi que Tate arrête de se raser la boule, c’est aussi chose faite.

La relative linéarité de l’ensemble peut ennuyer, mais l’intention n’est pas d’offrir un lot de brûlots pour concerts, American soldier est plutôt du genre à squatter la platine les jours de pluie, engoncé que vous êtes dans votre duvet avec votre whisky, aux prises avec un petit coup de spleen, ou simplement avec la volonté de déstresser un coup. Dans ces circonstances, ce disque est une vraie réussite qui dévoile de petits moments délicieux à chaque écoute.

Les breaks de At 30 thousand Ft, l’introduction de A dead man’s words (quel morceau, mes enfants !), la ballade If I were King avec Tate magistral à la clé, Man down ! et la batterie de Rockenfield monstrueuse, le final tout en majesté avec The voice. American soldier n’est pas aussi monobloc qu’il n’y parait en premier lieu, il a même intérêt à se faire écouter maintes fois pour en apprécier tous les détails.
Meilleur disque depuis Promised Land ? Sans aucun doute, Queensrÿche s’est réveillé, et ça fait du bien par où ça passe.



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Vincent Ouslati





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Queensrÿche : "American soldier"
(1/2) 15 décembre 2015
Queensrÿche : "American soldier"
(2/2) 29 août 2010, par Jérôme Delvaux




Queensrÿche : "American soldier"

15 décembre 2015 [retour au début des forums]

I actually like the collection of songs that they have. It’s worth listening. - Marla Ahlgrimm

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Queensrÿche : "American soldier"

29 août 2010, par Jérôme Delvaux [retour au début des forums]

Mince, ça me donne presque envie d’écouter. ;)

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