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Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
21st Century Schizoid Kids

vendredi 13 juillet 2007, par Geoffroy Bodart

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On le pressentait, la tendance se confirmait d’album en album : Porcupine Tree s’orientait de plus en plus vers un son dur, définitivement affranchi de la délicatesse des débuts. Une fois catégorisée « groupe de metal progressif », la bande à Wilson parviendrait-elle encore à nous envoûter de la même manière ? Le groupe ne marchait-il pas dans les pas d’un Dream Theater qui a profité de l’élargissement (et du rajeunissement) de son public pour balancer par la fenêtre son audace et tabler sur ses acquis et sa technicité ? Soyons honnête, cet album, on l’appréhendait plus qu’on ne l’attendait. Verdict.

Comme d’habitude avec Porcupine Tree, on ne pourra pas se permettre un jugement coulé en force de chose jugée avant de nombreuses écoutes. Comme d’habitude avec Porcupine Tree, cet album peut être abordé de multiples manières. Alors, oui, la bande à Wilson a définitivement basculé vers notre rubrique Orange métallique, mais non, le groupe n’a rien perdu de sa superbe, de son originalité et de son feeling. Il y a dans cet album des aspects rudes et des sonorités metal propices à casser les oreilles de vos voisins (Fear of a blank planet, Anesthetize, Way out of here, auquel a participé Robert Fripp, de King Crimson). Il y a également un côté progressif beaucoup plus poussé que dans les disques des dernières années (Anesthetize, My ashes). Mais il y a aussi, encore et toujours, ce rayonnement pop, ces chansons douces-amères qui rappellent l’admiration de Steven Wilson pour les Beach Boys (Sentimental, Anesthetize). Et toutes ces facettes de la musique de s’entrecroiser, se mêler, s’imbriquer les unes aux autres avec une inouïe facilité. Il n’aura pas échappé qu’un morceau est cité comme représentatif de chacun des aspects de la musicalité de ce disque : Anesthetize. Régulièrement, on a droit à une chanson appelée à devenir un classique dans les albums de Porcupine Tree. Il s’agit souvent du morceau le plus long de l’album (Arriving somewhere, but not here sur Deadwing, Russia on ice sur Lightbulb sun, Radioactive toy sur On the Sunday of life, Photographs in black and white sur Together we’re stranger de No-Man). Une fois encore, la règle se trouve confirmée. Pièce centrale de l’album, avec ses dix-huit minutes, Anesthetize, en plus de résumer parfaitement l’album, se pose d’emblée comme l’une des toutes meilleures compositions de Steven Wilson dans sa longue et prolifique carrière. Alors bien sûr on a droit à de la technique, à des breaks et des changements d’ambiance en pagaille, mais ce à quoi on a surtout droit, ce sont des lignes de chant à tomber par terre. De là à ne retenir que cette chanson et à écarter le reste du disque, il y a un pas de géant que l’on ne saurait en aucun cas franchir.

On ne pourrait se permettre de le franchir car, outre le soin et le souci maniaque du détail apporté sur chaque titre, chaque session, chaque note, Porcupine Tree a également porté une attention toute particulière sur le fond et nous offre son premier album conceptuel, centré sur les errements de la jeunesse. Malgré son insensé cumul de talents, Steven Wilson ne nous avait jamais épaté en tant que parolier, mis à part l’une ou l’autre fulgurance (Heart-attack in a layby). Mais pour ce Fear of a blank planet, il s’est tout simplement surpassé et propose des textes tétanisants de froideur et de pertinence. Loin du moralisateur perché dans sa tour d’ivoire et pétant dans la soie, Steven Wilson ne fait rien d’autre que décrire de manière clinique ce qu’il observe, se rapprochant de manière flagrante de l’œuvre du photographe et réalisateur Larry Clark, à qui l’on doit des films chocs comme Kids ou encore Bully. C’est d’ailleurs surtout de ce dernier film que Fear of a blank planet se rapproche le plus. S’inspirant d’un fait divers authentique, le réalisateur américain avait disséqué le quotidien de gosses issus de la classe moyenne pour tenter de comprendre ce qui les avait poussé à assassiner l’un d’entre eux. Ennui, sexe, drogue, absence des parents, télévision étaient alors montrés, exposés, mais jamais dénoncés, laissant le spectateur pointer les raisons à même de l’aider à comprendre, ou à se rassurer... Moins cru, et s’octroyant quelques pauses plus lyriques, Steven Wilson suit néanmoins clairement le même chemin. Mais alors que Larry Clark s’était inspiré d’un fait réel, le leader de Porcupine Tree a, dramatiquement, anticipé l’actualité. C’est en effet peu de temps après la sortie de l’album qu’a eu lieu la fusillade de l’Université Virginia Tech, perpétrée par un étudiant d’origine sud-coréenne. L’enquête avait mis en évidence l’influence massive de certains médias, notamment le film Old Boy. La similitude entre le propos de Steven Wilson, le visuel du clip de Fear of a blank planet et cet événement tragique, fut telle que le groupe décida de retirer pour un temps la vidéo de son site.

Si le propos n’est pas neuf, il n’en reste pas moins pertinent et interpellant. Et si, par son approche froide et descriptive qui pointe du doigt certains comportements sans se décider à trancher et à désigner un coupable définitif, Wilson peut frustrer en donnant l’impression qu’il préfère ne pas trop se mouiller, on se souviendra que les pères-la-morale à deux sous (et Dieu sait que nous n’en manquons pas) risquent bientôt de faire l’objet d’une rubrique spéciale dans la Décharge. Il va de soi toutefois que Steven Wilson, s’il n’a pas de réponse à fournir (qui en a ?) n’en est pas pour autant un oeunuque qui se camoufle derrière un ton neutre et « documentaire » pour masquer son propre avis, comme en attestent des sentences telles “Xbox is a god to me / A finger on the switch / My mother is a bitch / My father gave up ever tryin’ to talk to me” ; “In school I don’t concentrate / And sex is kinda fun / But just another one / Of all the antique ways of using up the day” ; “I’m watching TV / But I find it hard to stay conscious / I’m totally bored / But I can’t switch off” ; “And I’m not really sure / If the pills I’ve been taking are helping / I’m wasting my life / Hurting inside” ; et tant d’autres dressent le constat alarmant qui a animé Steven Wilson lors de l’élaboration de cet album (on se rappellera que le bonhomme avait déjà abordé le sujet, de manière moins élaborée et plus détournée, avec des textes comme celui de The sound of muzak, sur In absentia.

Dans la grande tradition des albums conceptuels, tout participe au fond. Le choix de l’orientation musicale prend tout son sens une fois le livret en main. Musique pop pour exprimer la mélancolie de ces kids, metal pour souligner leur colère, etc. Le groupe a d’ailleurs choisi de jouer cet album en intégralité lors de sa tournée. Honnête tant vis-à-vis de lui-même que vis-à-vis de l’auditeur, Steven Wilson nous propose, dans cette optique, un album plus compact et ramassé que ce à quoi nous avons habituellement droit (six titres pour cinquante minutes). Cela nous évite les titres de remplissage, on ne s’en plaindra pas. Enfin, on soulignera le remarquable travail effectué sur l’artwork, lui aussi totalement asservi au concept, à commencer pare cette pochette glaciale. Chaque page du livret est illustrée par une photo d’un enfant ou d’un groupe d’enfants dont on ne voit qu’une seule chose : le regard. Et qu’il s’agisse du regard vide du gosse de la pochette, de l’air hypnotisé du gamin recroquevillé en position fœtale devant sa télé, ou des yeux cernés de cette petite fille qui a déjà l’air usée par la vie, tout est mis en œuvre pour interpeller l’auditeur.

L’évolution de Porcupine Tree continue donc, mais sur un autre terrain que celui de la musicalité. Et si on appréhendait fortement cet album, il va de soi que désormais, on attendra de pied ferme le suivant...



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Geoffroy Bodart





Il y a 17 contribution(s) au forum.

Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
(1/6) 23 février 2008
Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
(2/6) 5 février 2008, par zionpower
Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
(3/6) 24 août 2007, par fab
Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
(4/6) 17 juillet 2007
Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
(5/6) 14 juillet 2007, par jp
Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
(6/6) 13 juillet 2007, par Gnrf




Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

23 février 2008 [retour au début des forums]

on dirait que le monde entier s’emballe sur cette livraison 2007 de Porcupine Tree alors qu’il n’y a pourtant pas de quoi crier au génie ! seul ’Sentimental’ me parait au niveau de ce que le groupe avait pu produire sur des albums comme "Signify", "Stupid Dream" ou "Lightbulb Sun". pour le reste, Porcupine Tree depuis trois albums marche sur les traces de groupes comme Dream Theater et ça c’est vraiment une mauvaise nouvelle pour qui a envie d’entendre de bonnes compos mélodiques et atmosphériques. au lieu de quoi on reste sur sa faim avec une succession de riffs et de breaks sans queue ni tête. tout ça ne présage pas que du bon pour l’avenir.......

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    Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

    22 avril 2008, par Hallifax [retour au début des forums]


    ok avec toi.
    merde ! Wilson, qu’est-ce que tu fous bon sang ? arrête de foutre ton talent de mélodiste en l’air avec des metalleries à 2 balles pour appâter le hardos moyen !
    tu vaux mieux que ça ! (Blackfield et surtout no-man sont là pour le prouver).
    seule la délicate ballade Sentimental a de quoi me réjouir.
    le reste n’est pas nul, c’est pire que ça : décevant et désolant !
    attendons le prochain album (le mini CD Nil Recurring étant déjà hors course puisque dans la même veine que ce désastre), mais j’y crois plus vraiment !

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    Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

    14 mai 2008, par Oliv’ [retour au début des forums]


    Ah, je suis rassuré de voir que je ne suis pas le seul à penser que Wilson s’enfonce à vouloir jouer aux métalleux ! J’ai été immensément déçu par cet album, surtout que j’avais apprécié Deadwing, qui était beaucoup plus équilibré que In Absentia et contenait quelque perles comme Halo & Mellotron Scratch.

    Là, j’ai eu le droit à un groupe qui se prend pour plus hard qu’il ne l’est, qui croit que mettre trois chansons de 7 minutes bout à bout, c’est faire un morceau épique, qui pense que les grosses guitares arriveront à cacher le manque d’évolution.

    Wilson est un excellent songwriter pop. Il a néanmoins une tendance à réutiliser les mêmes ficelles, et a troqué les références au Floyd contre du pseudo-Meshuggah mixé avec du mauvais Dream Theater, peut-être dans une tentative louable d’ajouter une corde à son arc ou de se débarasser de l’image prog’ poussiéreuse de son groupe.

    Mais il a hélas plus l’air ici de Peter Pan courant après son ombre et écrivant comme un éternel lycéen, qu’un artiste synthétisant sa vision éclectique de la musique...

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Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

5 février 2008, par zionpower [retour au début des forums]

Bravo pour cette review qui résume très bien tout ce qu’on peut penser de cet album après de multiples écoutes. L’album le plus abouti du groupe, certainement !

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Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

24 août 2007, par fab [retour au début des forums]

En concert à l’AB le 20 novembre avec ... Anathema !!

J’en connais qui vont être heureux sur pop-rock !!!

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Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

17 juillet 2007 [retour au début des forums]

et le rapport "fear of a blank planet"/"fear of a black planet" (public enemy) ainsi que celui "21st century schizoid kids"/"21st century schizoid man" (king crimson), pas un mot ???

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Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

14 juillet 2007, par jp [retour au début des forums]

Peut-on espérer le plaisir de vous lire à propos de "Systematic chaos" ?

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    Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

    15 juillet 2007, par fab [retour au début des forums]


    Je crains le pire... Il est quand même décevant le dernier DT...

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      Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

      15 juillet 2007, par SmOX [retour au début des forums]


      Le DT nouvelle cuvée est bon mais manque d’originalité,moi qui attendait quelque chose de neuf,je suis resté sur ma faim...

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        Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

        16 juillet 2007, par fab [retour au début des forums]


        Je partage ce point de vue... Trop de ficelles déjà utilisées sur "Octavarium" ont été ressorties ici. Cela reste de haut niveau, certes, mais DT semble s’essoufler... la faute à trop peu de temps entre les tournées et les albums ? Mais attendons la critique de pop-rock, vu que, ici, on parle du dernier PT, qui lui n’a pas déçu !!

        Mais que va bien pouvoir faire Wilson après un album si grandiose ??

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          Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

          16 juillet 2007, par Mary [retour au début des forums]


          C’est pour moi l’album le plus digeste de DT, où les compos à rallonges semblent les plus courtes, où Pettrucci semble être doté d’une âme, où Portnoy accompagne souvent les autres plutôt que l’inverse, où Labrie module sa voix comme jamais, sans la forcer, où tous les membres semblent pour une fois être unis en un groupe.

          Peu m’importe qu’ils reprennent des ficelles du passé, après tout, c’est DT et ils font du DT, cette fois-ci, la mayonnaise a pris. Ca, c’est pour moi l’évolution la plus importante de ce groupe que je commence à apprécier dès lors beaucoup plus.

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          Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

          30 juillet 2007 [retour au début des forums]


          ici, on parle du dernier PT...

          Les crypto-maniaques ont de ces élégances...

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        Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

        16 juillet 2007, par Rico [retour au début des forums]


        Ecoutez le dernier Symphony X à l’occasion ;la perte de vitesse de Dream Theater vous paraitra peut-être plus sévère encore.

        [Répondre à ce message]

    Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

    16 juillet 2007, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


    La chronique est en chantier.

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Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"

13 juillet 2007, par Gnrf [retour au début des forums]

Merci de cette chronique, et je me permets d’insister sur les lignes de chant qui sont absolument magnifiques, particulièrement sur Anesthetize, et la mélodie qui lance ce même morceau...
J’émettrais juste un regret concernant certains passages plus "hard/métal" que je n’ai pas toujours trouvés intéressants ou nécessaires (toujours sur Anesthetize,en fait). Et pourtant je suis plutôt fan de ce genre d’initiatives en général.
N’empêche, depuis Stupid Dream, Porcupine Tree ne cesse de se surpasser. Je ne dis pas que les "Sky Moves Sideways" sont mauvais, bien au contraire, juste que j’accroche moins.

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