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Pelican : "What we all come to need"
Bande-son de la fin du monde

jeudi 8 avril 2010, par Arnaud Splendore

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Depuis quelques années, la scène post a pris son essor et l’on peut affirmer sans crainte qu’il s’agit d’un des mouvements musicaux les plus riches et les plus intéressants depuis un bon moment. Parmi les leaders de cette scène, on trouve Pelican, le quatuor américain de post-metal instrumental. En quelques albums, le groupe a imprimé sa marque de fabrique, une sorte de stoner mâtiné de doom-metal à la sauce US, sorte d’enfant bâtard entre Kyuss et Trouble. Restait à voir comment Pelican allait gérer la suite de sa carrière. C’est chose faite avec What we all come to need, voyons donc le résultat.

Dès les premiers riffs de Glimmer, il est clair que ce What we all come to need marque une nouvelle étape dans la carrière de Pelican. La chanson est franchement inhabituelle pour le groupe, avec son tempo contenu et ses ambiances légères. Les Américains nous avaient plutôt habitués à une rythmique plombée et à des riffs en béton armé. Relativisons tout de même, ce n’est pas non plus La Compagnie Créole. Disons plutôt que la chanson est quasi mélancolique, comme si l’auditeur se tenait au bout de la jetée, contemplant l’océan et se souvenant des bons moments passés, tandis que le monde s’écroule autour de lui.

Cette ambiance mélancolique teinte d’ailleurs l’entièreté de l’album et si The creeper et Ephemeral sont de grosses chansons bien lourdes, à la rythmique incisive et plus caractéristique de Pelican, le groupe y ménage tout de même des passages plus atmosphériques. Cette couleur particulière, que l’on retrouve tout au long de l’album, donne une cohérence à What we all come to need et en fait vraiment la bande originale de la fin du monde, sorte d’apocalypse mise en musique, lourde de regrets pour tout ce qui est perdu à jamais.

En comparaison de certains de ses collègues, comme Isis ou Mastodon, la musique de Pelican est plus simple. De manière générale, les chansons sont plus découpées en « unités écoutables », alors que le post-core s’écoute plus comme une suite ininterrompue. Mais ce que Pelican sacrifie en complexité, il le gagne en efficacité. En effet, What we all come to need est plus immédiat et plus accessible qu’un Wavering radiant, par exemple. Le groupe se repose toujours sur des riffs plus classiquement metal, voire stoner et l’auditeur est plus en terrain connu. On peut regretter ce manque d’expérimentation, pourtant propre au genre, mais je pense que cela contribue à l’identité et l’originalité de Pelican au sein d’une scène où tous les groupes ont un peu tendance à faire la même chose.

Mais depuis le monstrueux City of echoes (au passage, album indispensable), les Américains n’ont pas tant évolué qu’affiné leur son. Le groupe semble plus à l’aise avec ses compos, les chansons sont plus courtes, plus directes et plus maîtrisées. De plus, Pelican ne produit pas uniquement que des concentrés de riffs à tout va, mais se permet de jouer avec les ambiances, comme sur Strung up from the sky, sans aucun doute la chanson la plus lourde de l’album avec sa basse distordue. Du Pelican classique, mais le moment le plus remarquable de la chanson vient lorsque le groupe adopte une attitude plus calme, les guitares se font plaintives et Strung up… adopte un nouveau thème, retenu mais presque menaçant, comme l’annonce d’une tempête approchant.

Preuve supplémentaire de cette nouvelle approche du groupe, ce Final breath d’anthologie qui conclut l’album. La chanson marque une première dans la carrière du groupe : la présence d’un chanteur, en la personne d’Allen Epley de The Life And Times. Final breath, inspirée du poème A red, red rose du poète écossais Robert Burns conclut de manière monumentale What we all come to need. La voix d’Epley, plus utilisée comme un autre instrument que mixée comme une voix habituelle, égrène une réinterprétation du poème original sur fond d’une musique toute en ambiance, comme le calme après la tempête, ou plutôt après l’apocalypse.

En conclusion, What we all come to need est sans aucun doute le meilleur effort de Pelican et surpasse City of Echoes, tant il fait preuve de maturité de maîtrise. Le groupe s’établit fermement comme un des piliers de la scène post et, cerise sur le gâteau, ne demande qu’à encore mûrir et évoluer. On attend la suite avec impatience, pour ma part je reprendrais bien une part de ce What we all come to need !



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Arnaud Splendore





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Pelican : "What we all come to need"
(1/2) 19 octobre 2016
Pelican : "What we all come to need"
(2/2) 9 avril 2010, par Plunk




Pelican : "What we all come to need"

19 octobre 2016 [retour au début des forums]

The band has really proven their best in this album. - Bath Planet

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Pelican : "What we all come to need"

9 avril 2010, par Plunk [retour au début des forums]

"Depuis quelques années, la scène post a pris son essor et l’on peut affirmer sans crainte qu’il s’agit d’un des mouvements musicaux les plus riches et les plus intéressants depuis un bon moment"

C’est aussi un des mouvements les plus saturés. Tout comme le post-rock (le cousin calme), ce genre croule sous une avalanche de groupes à l’intérêt franchement discutable. Bon, heureusement il y a toujours des valeurs sures, en général les premiers groupes dont on entend parler quand on découvre le genre, et Pelican en fait partie.

Personnellement, je trouve ce dernier album moins bon que les précédents, même si ça reste pas mal du tout. On dirait un miroir de City of Echoes mais qui marche beaucoup moins bien. Je trouve ça un peu trop pépère, je sais pas.

Et si c’est pas déjà fait, tu dois absolument aller écouter leur premier album Australasia, leur chef d’œuvre, dans un style BEAUCOUP plus heavy : un magma sonore étouffant qui te plaque au sol, avec des morceaux presque deux fois plus longs que les plus récents. ;-)

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    Pelican : "What we all come to need"

    12 avril 2010, par Arnaud [retour au début des forums]


    Ca, c’est certain que, comme pour tout courant artistique "à la mode", le post a tendance à générer tout et n’importe quoi. Enfin, je dis "à la mode", tout est relatif, c’est pas demain qu’on risque d’entendre Pelican sur Contact ! Reste à l’auditeur averti à faire le tri.

    Perso, j’ai trouvé What we all come to need plus abouti que City of Echoes, peut-être parce que plus accessible. Je ne sais pas trop, mais là encore c’est affaire de goût. Une chose est sûre, c’est Pelican fait partie des grands.

    Et niveau "post lourd de chez lourd", je suis resté scotché par Precambrian, de the Ocean. Reste à le chroniquer, tiens, mais ça va demander du boulot vu la densité du machin.

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      Pelican : "What we all come to need"

      15 avril 2010, par Plunk [retour au début des forums]


      Haha, ouais, Precambrian c’est du dense, aussi bien au niveau de la musique que du concept.
      Y a le nouvel album Heliocentric qui sort cette semaine, d’ailleurs. Je sais pas encore si c’est de la merde ou si c’est bien. Ce qui est sûr, c’est que le nouveau chanteur et son chant clair pendant 80% de l’album change beaucoup de choses.

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