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Pain of Salvation : "Scarsick"
Spoiler inside

mercredi 21 mars 2007, par Geoffroy Bodart

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S’il y a bien un truc insupportable quand on lit une critique d’une fiction télévisuelle, c’est d’en apprendre sur le déroulement de l’histoire. Vous imaginez regarder Rome en sachant à l’avance que César meurt à la fin ? On pourrait penser que ce genre de considération n’a pas court en ce qui concerne la musique. Mais sur ce point comme sur d’autres, Scarsick fait voler nos certitudes en éclats.

Pain of Salvation est l’un des meilleurs groupes de progressif en activité. The perfect element, pt1 et Remedy Lane sont deux joyaux à cent lieues de toutes les balourderies de leurs camarades de jeu. A la grandiloquence, au caractère ultra-référentiel et aux démonstrations purement techniques de certains dont les noms seront tus, les Suédois opposent un univers propre, constitué d’éléments autobiographiques, un jeu beaucoup plus sec, et un sens du drame qui font froid dans le dos. Cela n’empêche pas la masturbation intellectuelle, comme sur le dernier effort du groupe, Be, objet ambitieux, irréprochable sur le plan du concept, mais plus discutable au niveau strictement musical. Malgré la relative déception occasionnée par ce dernier, le groupe reste de ceux que l’on attend de pied ferme, car on sait qu’ils ne feront jamais deux fois de suite la même chose, car on sait qu’ils ont en eux ce petit quelque chose qui les empêche de faire un album fondamentalement mauvais.

Et voilà donc votre serviteur en train de se délecter à l’écoute de ce nouvel opus, en se demandant comment le présenter sans trop en dévoiler. Car exposer par le détail l’orientation musicale pour laquelle le groupe a cette fois-ci opté ne peut que gâcher le plaisir de la découverte. On va donc plus parler du fond que de la forme.

Première surprise : Scarsick est en fait la suite de The perfect element pt1. La décision de ne pas l’intituler The perfect element pt2 est justifiée par le souci du groupe de permettre au disque de vivre en dehors de l’ombre de l’album culte auquel il fait suite (le groupe a été jusqu’à refuser que leur maison de disques appose un sticker portant cette info sur le boîtier). Nous avons donc à nouveau droit à un album conceptuel, et comme d’habitude, l’histoire contée ne servira que de support à une réflexion crue, pertinente et sans œillère sur la société et les rapports humains. Et chez Pain of Salvation, à l’exception de Be, les albums conceptuels ne s’embarquent pas dans les réflexions métaphysiques et les délires complètement abstraits, ni dans des histoires scénarisées comme un bon blockbuster hollywoodien. Au contraire, les Suédois collent toujours au quotidien d’âmes torturées, s’attachent à la pathétique, sordide et douloureuse vie de tous les jours. Ainsi, après avoir malmené leur personnage dans la première partie de l’histoire et l’avoir confronté à tous ses démons intérieurs, Daniel Gildenlow et ses acolytes le retournent à nouveau dans tous les sens et le font cette fois-ci observer, au-travers de son poste de télévision, les structures sociales qui tendent à s’opposer à l’individualité et rejettent tous ceux qui ne se fondent pas dans le moule. La société de consommation en prend pour son grade, mais plutôt que de tirer sur des multinationales impersonnelles ou des mentalités capitalistes inidentifiables, et donc non culpabilisantes, le groupe met tout un chacun face à sa propre réalité, dénonçant nos comportements quotidiens, la prostitution de nos âmes pour nous acheter tout ce que nous voulons et dont nous n’avons pourtant nul besoin. Comme de bien entendu dans le joyeux monde de Pain of Salvation, l’issue ne peut en aucun cas être heureuse (à moins que dans une suite...). D’aucuns pourront trouver le concept naïf et rebattu, mais la cohérence du discours du groupe (qui n’a de cesse de réfléchir sur la place et la condition de l’Homme, de Dieu, et sur les interactions sociétales) force le respect, tout comme l’implication des membres du combo dans cette réflexion et la justesse de leurs propos, qui jamais ne jugent ni ne font la morale.

Deuxième surprise : musicalement, si Scarsick renoue avec l’agressivité musicale, atteignant sur ce point des sommets, en réaction justement à Be et au live acoustique 12:5, il n’est en rien la suite de The perfect element, pt1. On se rappelle que, lorsqu’il s’est agi de donné une suite à la chanson Metropolis, pt1, Dream Theater avait accouché d’un somptueux concept album (Metropolis pt2 : Scenes from a memory) qui, tout en repoussant les limites du genre, était truffé d’allusions à la première partie de son histoire : un riff, une mélodie (parfois jouée à l’envers, histoire que seuls les acharnés prêts à mourir pour la cause puissent la détecter), n’importe quoi qui puisse faire des deux parties un tout. Décidément à contre-courant du mouvement dans lequel il évolue, Pain of Salvation a composé un album qui n’a que peu à voir avec son aîné, si ce n’est quelques allusions dans les textes, le groupe se laissant même aller à quelques renvois vers des chansons de ses autres albums (c’est ainsi que Enter rain se pose comme le miroir de A trace of blood, sur Remedy Lane), donnant une impression d’ensemble, de cohérence de l’ensemble de son œuvre. Mais d’un point de vue strictement musical, si leur touche est toujours là (cette fusion des genres, ce son beaucoup plus rude que dans la majorité des autres productions du style, cette voix qui semble prêcher la fin du monde à chaque intonation...), aucune allusion, aucun gimmick rapatrié de The perfect element ne vient évoquer le lien entre les deux albums (ou alors on ne les a pas encore détectés). Que trouve-t-on alors sur cette galette ? C’est là le problème : il est préférable de ne rien dire. Les fans du groupe et de metal prog y retrouveront leurs petits (quoique, vu la manifeste incapacité du groupe à composer deux chansons vaguement similaires, même les titres « simplement » metal prog sont impossibles à cerner à l’avance), mais il leur faudra un minimum d’ouverture d’esprit et de tolérance pour enchaîner certains sauts du coq à l’âne et certaines incursions dans des genres que jamais on aurait imaginé investis par des groupes aussi rudes. Les expérimentations les plus folles sont concentrées dans la première partie du disque, et expriment les agressions télévisuelles subies par le personnage, faisant écho à la diversité des informations et aux contradictions auxquelles il est gavé. La suite de l’album rappelle plus le Pain of Salvation que l’on connaît. Il est alors plus question de la réflexion intérieure du personnage. Le tour de force opéré par le groupe est justement de ne jamais briser son concept ni sa cohérence musicale, malgré cette diversité musicale et cette scission de l’album en deux parties.

D’un point de vue technique, c’est à nouveau la toute grande classe, avec une production énorme, une précision d’orfèvre dans l’interprétation, et un Daniel Gildenlow qui sait décidément tout faire (chanteur, compositeur, auteur, guitariste et désormais bassiste depuis le départ de son frère). Son chant mettra à nouveau à genoux. La palette d’émotion semble infinie, et si ses interventions se font moins bouleversantes que par le passé (on ne se remet pas de A trace of blood, Undertow ou This heart of mine, tous sur Remedy Lane, véritable sommet artistique), elles font place à une furia contagieuse et qui, on le sent, n’est en rien simulée pour les besoins de la fuck attitude.

Si vous êtes tentés, s’il-vous-plaît, n’essayez pas d’en savoir plus sur ce que contient ce disque. Laissez-le vous surprendre.



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Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Pain of Salvation : "Scarsick"
(1/1) 13 mai 2007




Pain of Salvation : "Scarsick"

13 mai 2007 [retour au début des forums]

Pain of salvation....voilà bien un groupe à part. Il est catalogué métal progressif d’accord, mais alors quelle richesse, quelle variété sur chaque album.
Personellement, mon album ultime du groupe reste "Be" (et oui !) et c’est pas Scarsick qui le detronera parce que je reste un peu sur ma faim. Evidemment, un album de PoS est toujours d’une qualité rare mais celui-là ne m’a pas transporté comme les autres (hormi le titre Cribcaged et sa superbe intro bluesy).
Très bonne chronique quand même, comme d’habitude !!!

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