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Opeth : "Damnation"
Moins brillant... mais plus accessible

jeudi 5 janvier 2006, par Geoffroy Bodart

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J’ai récemment découvert Opeth avec leur dernier bébé, Ghost Reveries. J’avais été soufflé par la puissance du groupe et par les ambiances qu’il parvenait à dégager, même si un certain aspect de leur musique (sur lequel je ne m’étendrai plus) m’avait profondément rebuté. Me fiant aux critiques dithyrambiques qui pullulent sur le net et au conseil de plusieurs visiteurs, je me suis procuré Damnation, album réputé acoustique du combo. Le moins qu’on puisse dire est que le voyage en valait la peine.

Parce qu’il est beau, cet album ! Très beau, profondément beau ! Poignant, tripant, flippant, transportant. Je pourrais continuer comme ça pendant des lignes. Tout est fignolé à l’extrême, poli et chaleureux pour en faire avant tout un bel objet qui caresse les oreilles dans le bon sens. Sombre mais pas agressif, très "premier degré" sans jamais verser dans la théâtralité ou le comique involontaire de certains groupes gothiques. Comme je suis pointilleux et que je peux me montrer extrêmement critique, même avec les groupes que j’aime, je me vois toutefois contraint de développer deux "mais".

C’est magnifique, mais ce que le groupe gagne en accessibilité et en sensibilité, il le perd en identité. Car cet album n’est pas véritablement un album d’Opeth. Pas parce qu’il est différent des autres, mais parce qu’une ombre plane sans cesse au-dessus de lui : celle de Steven Wilson. Le frontman de Porcupine Tree, qui s’était lié d’amitié avec Mikael Akerfeldt, avait en effet pris à sa charge la production des albums d’Opeth depuis Blackwater Park, renforçant dès lors le côté atmosphérique de la musique des Suédois, et leur permettant d’acquérir une notoriété sans cesse croissante depuis lors. Sur cet album, l’influence de Steven Wilson semble à son paroxysme. Certaines compositions pourraient sans peine figurer sur un disque de Porcupine Tree ou sur un side-project de son leader, comme Blackfield, par exemple. Même la voix d’Akerfeldt semble fortement inspirée de celle de son compère. Voilà pour le premier "mais", qui n’est pas forcément pour me déplaire.

C’est donc magnifique et ça sonne comme du Porcupine Tree, mais parfois le groupe va trop loin dans sa démarche. Je m’explique. Opeth est surtout reconnu pour sa dualité et sa schizophrénie musicale, cette alternance continue entre violence brute et accalmies glaciales. En écho à cette dichotomie, le combo a décidé de sortir deux albums antinomiques. Le premier, Delivrance, dévoilait toute la violence du groupe au travers de son aspect death-metal. En parfaite antithèse, Damnation présentait la face la plus mélancolique de la formation par des compositions faussement calmes et plates. Le concept des ces albums faux-jumeaux est une idée sacrément pertinente, et elle donne une cohérence incroyable à l’oeuvre du groupe. Mais elle relance un débat assez intéressant (du moins, intéressant pour ceux qui aiment se chatouiller pour se faire rire) : que faut-il sacrifier au nom d’un concept ? Dans le cas présent, certaines chansons (Death whispered a lullaby ou Closure, par exemple) font grimper la tension au travers d’un crescendo qui DOIT se terminer par une explosion, une apothéose. On la sent, là, prête à surgir, on la désire, mais le groupe préfère couper net et s’arrêter. Pas de ça sur cet album. Ce genre de petits désagréments est souvent présent dans les albums conceptuels, qui comportent tous au moins une chanson pas terrible, mais nécessaire au concept (on peut citer en exemple le chant pathétique et dérisoire de Waters sur Don’t leave me now dans l’album The Wall : ce chant se justifie totalement au regard des paroles et de l’histoire, mais faites écouter ça à quelqu’un qui découvre le groupe, il va vous regarder avec des yeux compatissants, surtout si vous lui dites que c’est génial). Pour Damnation, ce refus catégorique de laisser la chanson s’accomplir est totalement justifié une fois que l’album est resitué dans la discographie du groupe et que l’on connaît la volonté de ses membres. Mais ceux qui découvrent Opeth par le biais de ce disque, et ceux qui se contenteront de ce disque (comme votre serviteur), pourraient le trouver inachevé.

Voilà pour les chipotages. Car ces remarques sont finalement peu importantes une fois qu’on ferme les yeux et qu’on se laisse bercer par des joyaux comme In my time of need ou To rid the disease (assurément les deux meilleurs titres de l’album). L’album faiblit toutefois un peu sur la fin avec Ending credits et sa guitare proche d’un Santana (on aime ou pas, moi ça ne me botte pas vraiment) et Weakness, plus ambiant que mélodique.

Le groupe a déclaré que Damnation resterait un OVNI dans sa discographie et qu’il n’avait pas l’intention de passer exclusivement au chant clair et aux mélodies plus accessibles. Dommage.



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Geoffroy Bodart





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Opeth : "Damnation"
(1/3) 22 avril 2008, par Alex
Opeth : "Damnation"
(2/3) 7 janvier 2006, par triskelion
Opeth : "Damnation"
(3/3) 6 janvier 2006, par Reivoli




Opeth : "Damnation"

22 avril 2008, par Alex [retour au début des forums]

une explosion à la fin de cet album ? mon dieu non !!! c’est justement tout ce qui aurait pu gâcher ce fantastique DAMNATION ! habituellement j’avais du mal à accrocher à Opeth mais là, c’est du grand art ! que du chant clair et des guitares non saturées ! le rêve quoi ! que Mikael Akerfeldt se soit pris de passion pour Porcupine Tree plus que de raison en voulant égaler le groupe de Steven Wilson, bien lui en a pris ! ce disque est vraiment un OVNI musical(et pas seulement dans la discographie d’Opeth !). 20/20

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Opeth : "Damnation"

7 janvier 2006, par triskelion [retour au début des forums]

Maintenant il ne vous reste plus qu’à regarder leur dvd Lamentations, Closure a une vraie fin dedans et plus cette fin de chanson sur l’album se fait désirer, plus le dvd sera plaisant. D’autant plus que le documentaire explique justement le processur de création des albums jumeaux. J’avais été un peu déçu de voir la participation si grande de Steven Wilson sur Damnation au début, mais le documentaire aidant, on se rend compte qu’il était assez indispensable pour qu’un tel opus puisse sortir. C’est tout du moins mon avis.

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Opeth : "Damnation"

6 janvier 2006, par Reivoli [retour au début des forums]

Critique pertinente. Je comprends tout à fais ce que tu veux dire quand tu parle d’un manque d’"explosions" à la fin de morceaux comme Closure. Mais si cet album est indissociable de son contexte, il n’en reste pas moins une excellente introduction pour les gens qui ne sont pas habitués à la distortion et un putain d’album de pop teinté de progressif (franchement, des albums de ce niveau-là, il doit pas en sortir des masses par an). Comme tu l’a dis, il est beau. Et des fois, la beauté, c’est tout ce qui compte.

Sinon, "Face of Melinda" sur Still Life (mon album préféré !) est un exemple de chanson calme et mélancolique se finissant par un explosion inoubliable. Peut-être leur meilleur chanson.

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