Pop-Rock.com



Nightwish : "Dark passion play"
Oui, il y a une vie après Tarja

samedi 1er décembre 2007, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Mass Hysteria : "Une somme de détails"
P.O.D. : "Testify"
Soulfly : "Dark ages"
Tarja : "My winter storm"
Edguy : "Mandrake"
Lofofora : "Les choses qui nous dérangent"
Limp Bizkit : "Results may vary"
W.A.S.P. : "Babylon"
Ozzy Osbourne : "Black rain"
Sonata Arctica : "The days of grays"


J’ai beau piaffer d’impatience à l’annonce de chaque nouvelle livraison de Nightwish, j’ai rarement abordé un album avec autant de mauvaise esprit que ce Dark passion play. Voici deux ans, la chanteuse Tarja Turunen était brutalement remerciée par ses camarades de jeu pour un paquet de raisons plus ou moins avouables. Et Nightwish privé de Tarja, c’est un peu comme si The Cure foutait Robert Smith à la porte ou que Motörhead se disait que tout compte fait, le groupe fonctionnera mieux sans Lemmy. Au mieux, ça sonne comme une mauvaise blague ; au pire, comme une tentative consciente d’auto-sabordage, tant le groupe finlandais était indissociablement lié à l’image et à la voix de sa chanteuse.

En digne admirateur de l’icône nordique, Nightwish avait cessé d’exister à mes yeux séance tenante et je m’apprêtais donc à signer sans remords leur permis d’inhumer. Un reste de conscience professionnelle me persuada cependant de jeter au moins une oreille à leur nouvelle galette. Après tout, si Dark passion play était aussi insipide qu’il promettait de l’être, rédiger une petite chronique vacharde me ferait le plus grand bien. Restait l’autre possibilité, celle que je tenais pour quantité négligeable : et si l’album était bon ? Résultat des courses : dix minutes à râler comme un sale gosse, dix minutes supplémentaires à évacuer les ondes négatives et les résidus de mauvaise foi qui traînaient encore ici et là... et puis, j’ai fermé ma gueule. Avec ou sans Tarja, Nightwish reste Nightwish finalement.

Réglons directement son compte au sujet qui fâche : la nouvelle venue est une demoiselle, Annette Olzon, anciennement vocaliste du groupe suédois quasi inconnu dans nos contrées Alyson Avenue. Si on s’en tient à la performance technique au sens le plus strict, la jeune femme se montre bien incapable d’atteindre la puissance et les multiples nuances de Tarja. C’était pratiquement couru d’avance. D’un autre côté, il était palpable depuis quelques albums que Tarja avait été priée de laisser ses pizzicati vocaux au vestiaire. Un choix étrange que de sacrifier ce timbre unique de chanteuse lyrique au profit d’une approche plus orientée rock, finalement peu éloignée de celle de ses nombreuses consoeurs heavenly voices. Le chant d’Olzon, dans une veine tout aussi « Metal à chanteuse standard », ne souffre donc pas autant de la comparaison qu’on aurait pu le prévoir et on accepte finalement ce bouleversement sans trop de mauvaise humeur. D’autant plus qu’au fond, la nouvelle venue possède un fort plaisant organe.

Quant à l’album, il s’agit tout simplement d’un Nightwish des plus classiques et, diront les esprits chagrins, sans grandes surprises. Dark passion play n’adoucira certainement pas tous ceux qui vomissent la grandeur épique et le trip symphonique mégalo de Tuomas Holopainen. Cette fois, le discret compositeur s’est adjoint les services d’un orchestre classique de près de 170 musiciens, ce qui fait que l’architecture sonore du groupe ressemble de plus en plus à du James Horner à guitares ! Syndrôme Rhapsody ? Si on veut... Sauf que pour tenter de la jouer symbolique, là où les Italiens se gargarisent d’hymnes guerriers et ripailleurs à la mode de la Moria, Nightwish ne peut évoquer que la Lorièn. Il existe une beauté, une grandeur et une mélancolie inhérente à la musique de Nightwish qu’on ne retrouve dans aucune autre formation symphonic-metal. Cette émotion, ce feeling mélodique unique et l’utilisation, toujours opportune dans sa démesure, de l’orchestre symphonique, se trouvent synthétisées dans le monumental morceau d’ouverture, The poet and the pendulum, sans nul doute la pièce la plus ambitieuse composée jusqu’ici par le groupe finlandais : une éblouissante symphonie de quatorze minutes dans laquelle, sur le mode métaphorique, Tuomas Holopainen parle de... Tuomas Holopainen. Ben oui, maintenant que l’autre n’est plus là pour lui faire de l’ombre, il se lâche le Jack Sparrow du grand Nord. Et n’hésite d’ailleurs pas à régler ses comptes avec son ancienne coéquipière sur Bye bye beautiful et Master passion greed. Rien d’outrageusement revanchard, mais le choix des deux pistes les plus agressives de Dark passion play donne la mesure du « réchauffement » des relations entre Tarja et le reste du groupe. Loin d’être une pièce montée à la cohérence admirable, The poet and the pendulum ressemble plutôt à une superposition de plusieurs compositions bien distinctes. Chacune des sections dégage cependant une telle puissance, une telle majesté que l’absence d’unité globale ne se fait aucunement sentir.

Pour le reste, Nightwish assure une fois de plus le spectacle avec brio : hits à effet instantané (Bye bye beautiful, qui rappelle tout de même un peu trop la composition à la Rammstein de l’album précédent, Wish I had an angel), chefs-d’œuvre héroïques (Seven days to the wolves et Amanrath, à vous filer des frissons) et ballades célestes soutenues par des chœurs tout simplement magnifiques (Meadows of Heaven). Vers la fin de l’album, Nightwish se paye même le luxe d’une petite escapade irlandaise, le temps d’une ballade à la guitare folk plus vraie que nature (The islander) et d’une chevauchée fantastique dans les landes brumeuses du Vieux peuple (Last of the wilds). En dépit de ses nombreuses qualités, Dark passion play aurait pourtant gagné à être un peu plus ramassé, d’autant plus que plusieurs titres moyens viennent un peu casser le rythme au milieu de l’album : l’anecdotique Master passion greed (chanté exclusivement par Marco Hietala), Eva, jolie ballade sans grande envergure et le très prévisible Sahara, qui reprend tous les clichés de la mélopée arabisante.

Avec cet album, parfois vautré dans la facilité mais le plus souvent touché par la grâce, Nightwish réalise finalement un très beau score, compte tenu du fait que personne ne donnait vraiment cher de sa peau après l’éviction de son atout principal. Renonçant à concurrencer Tarja sur son propre terrain, la nouvelle chanteuse s’insère avec doigté et humilité dans l’univers musical de son groupe d’adoption, et Tuomas démontre une fois de plus sa maîtrise conjuguée des mélodies rock et des B.O. de films à grand spectacle. Pour la première fois cependant, le groupe ne se sublime pas par rapport à sa production précédente, ni sur le fond ni sur la forme. Il est compréhensible, au vu de la période chaotique qu’il vient de vivre, que Nightwish n’ait pas voulu prendre trop de risques, ayant déjà la délicate mission d’imposer une nouvelle voix aux oreilles de fans exigeants. J’estime pour ma part que le groupe est arrivé au terme de son cheminement symphonique. Il sera probablement impossible de voir encore plus grand à l’avenir et, à moins d’une révolution radicale - ce qui n’est pas forcément souhaitable - , les albums du groupe risquent d’éprouver quelques difficultés à se démarquer les uns des autres dans le futur. Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore là et, sans générer le même sentiment d’accomplissement que certains de ses prédécesseurs, Dark passion play reste une œuvre de très haut niveau, qui ravira les fans pas trop obtus et démontre que l’essence d’un groupe ne tient pas forcément toujours à ce que l’on croit.



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Nightwish : "Dark passion play"
(1/3) 30 avril 2008
Nightwish : "Dark passion play"
(2/3) 6 décembre 2007, par Red Cloud
Nightwish : "Dark passion play"
(3/3) 3 décembre 2007, par jp




Nightwish : "Dark passion play"

30 avril 2008 [retour au début des forums]

Le groupe l’avait stipuler de toute façon qu’il ne rechercherais pas une chanteuse lyrique
C’est pour çà qu’il faut arrêter de comparer les deux chanteuse !!
Puisque de toute façon Tarja c’est belle et bien finis.
Anette chante, reprend des anciens titre et ceux qui sont pas content, bah qu’ils arrête de nous embeter ^^
en plus elle est sexy =)

[Répondre à ce message]

    Nightwish : "Dark passion play"

    30 avril 2008 [retour au début des forums]


    Arf, les hétéros ont tous une orthographe pitoyable ou c’est une figure de style ;-)

    (désolé, je m’en passe plus de celle-là. Apprise ici. si si !)

    [Répondre à ce message]

Nightwish : "Dark passion play"

6 décembre 2007, par Red Cloud [retour au début des forums]

A la première écoute, on se dit que l’album a un réel potentiel. Mais au fur et à mesure des auditions, on constate que sans être mauvais, il ne décolle jamais vraiment.

Il manque toujours ce petit quelque chose, qui fait qu’un bon morceau, devient un excellent morceau. Quelques titres sont sans doute dispensables.

Et puis, vient le "problème" Anette Olzon. C’est une chanteuse acceptable comme tant d’autres, mais qui ne possède malheureusement pas l’aptitude qu’avait Tarja, à transcender une chanson.

[Répondre à ce message]

Nightwish : "Dark passion play"

3 décembre 2007, par jp [retour au début des forums]

Curieux de voir s’il y a aussi une vie après Anneke.

[Répondre à ce message]