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Napalm Death : "Time waits for no slave"
Se faire dépuceler par Napalm Death est douloureux, mais c’est si bon...

samedi 25 septembre 2010, par Vincent Ouslati

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Avec le "grind core" ou "death grind", sous-genre reconnu comme propriété de Napalm Death, on touche aux limites de ce que mes oreilles peuvent supporter en matière de bruit. Et je pars de loin, étant à la base un amoureux transi de Led Zeppelin et du hard-rock 70’s, qui a peu à peu ouvert son horizon à des musiques souvent plus dures et obscures. Il fut une époque où je pensais réellement qu’Iron Maiden était violent et sataniste jusqu’à ce que je tombe sur le clip d’Holy smoke... C’est vous dire à quel point j’ai fait un bout de chemin niveau zizique lourde...

Donc récemment, et sur les conseils d’un mien ami sourd et dangereux, je me mis à écouter du Napalm Death parce que dixit l’ami, "Ça déchire sa race". Ne pouvant rester insensible à d’aussi convaincants arguments, je me suis laissé tenter. Cette chronique ne sera donc pas celle d’un connaisseur ni d’un fan, mais plutôt les sentiments du pékin moyen devant un genre qu’il aborde avec force méfiance, ni rebuté, ni enthousiasmé, il va seulement tenter d’expliquer.

N’ayant une connaissance que très partielle des précédents albums, j’appréhende la bête quasiment vierge, quelques bribes de The code is red, long live the code me reviennent en mémoire, soit l’un des seuls albums écoutés par votre serviteur dans sa brutale intégralité. Et à l’époque, le verdict fut si définitif que j’abandonnais ces gros lourds pour des choses plus douces à mes oreilles fatiguées.
En soi, Time waits for no slave est ma seconde tentative. Je retrouve ces guitares supersoniques, la rythmique lourdissime qui vous piétine les gros orteils. Pas de belle introduction symphonique à deux balles, pas de gentils interludes, pas de passages voix clairs pour rassurer les moins accrocs aux raclages de gorges intempestifs. Napalm Death fait toujours dans ce gros vieux grindcore qui m’emmerde normalement au plus haut degré. Mais à l’écoute de cette dernière parution peignée au bulldozer, l’oreille se met à décortiquer ce qui semble être un amas confus de bruits confondants de brutalité.

D’hermétique, je deviens curieux. Le fond passablement pesant ne peut cacher une foutue recherche de compositions, de breaks en missiles guitaristiques assommants, Napalm Death a largement dépassé le petit monde minable et décérébré des grindeux. Et ce depuis pas loin de 25 ans, un âge respectable mais bien difficile à accepter à l’écoute de ce dernier bourre-pif. Parlons de Sir Barney, hurleur en chef, grosse voix suintante de haine, qui aboie tout du long avec une égale "fraîcheur". Ses sempiternels coups de boutoir contre tout moyen d’oppression et de domination ont conservé leur fort pouvoir d’évocation, ces incroyables déchaînements de malsaine colère, accouplés à des parties musicales étonnamment perfectionnistes - pour certaines - m’a cette fois-ci mis sur le cul.

Passée la légère appréhension initiale et le fin soupir qui se traduit par "je vais me faire un peu de bruit entre deux vrais albums de musique", force est d’admettre que Napalm Death est étonnant. Jamais un apparent foutoir n’aura paru aussi organisé pour exterminer tout ce qui s’en approche, nos Anglais rendent un style qui me ferait fuir de prime abord presque accessible et remuant.

L’épileptique Diktat s’annonce que l’on digère à peine le pesant Strongarm d’ouverture. C’est dès Work to rule que le plaisir surpasse la gêne initiale, lignes de guitares thrash, batterie black, voix death, les variations tout du long de ces 3 minutes de violence enrichissent la sauce sans l’adoucir pour autant. On the brink of extinction rappelle un Metallica qu’on aurait dépouillé de tous ses oripeaux pour n’en conserver que sa substantifique moelle de violence profonde.

Mais le titre le plus incendiaire et surprenant reste certainement Time waits for no slave, avec ses breaks, sa rapidité, son refrain presque assagi au regard du reste, morceau le plus long de l’ensemble avec ses 4min26 de progressions gratteuses et sulfureuses. Mon appréhension s’en est allé devant cette affreuse masse sonore, au défilement des écoutes se joint un étonnant plaisir, une douce jouissance nauséabonde, Napalm Death, Napalm Death est excitant !! Qui l’eut cru, pas moi, je pariais pas un kopeck sur de positives retrouvailles d’avec les vieux affreux outremancheux. Je soupçonnais une légère lassitude devant tant de violence, voire de l’indifférence face à quelque chose d’aussi brut. Les moins métalleux d’entre vous trouveront sans aucun doute que cela est peu mélodique, les plus extrêmes me traiteront de grosse tapette pour avoir fait dans mon froc devant un groupe aussi peu hardcore que Napalm Death (dixit un autre ami total hardcore dans son âme de supergrindeux de la mort).

Car si l’on regarde bien, tous les goûts sont respectés, mêmes les ultras du hard cacaboudin de 2 minutes ont leur petit hymne avec A no-side argument, qui respecte à la lettre les codes du genre, soit rapide, court, bourrin, insupportable jusqu’à l’inattendu ralentissement précédé d’un inespéré solo de batterie puis, ultime folie, une envolée de guitare supersonique.

Car même sur deux minutes, Napalm Death arrive à coller deux soli. Soit la chose que j’attends toujours chez des groupes grindeux et apparentés tels que Nasum ou Blockheads (pour encore citer les moins minables). le Grind a de spécifique un background musical souvent des plus limités. Après cette démonstration technique de la part des parrains anglais, non seulement j’ai envie de me mettre sérieusement à leur discographie, mais j’ai remisé au placard mes albums potaches de Gronibard et Ultravomit. C’est déjà ça.



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Vincent Ouslati





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Napalm Death : "Time waits for no slave"
(1/1) 19 novembre 2015




Napalm Death : "Time waits for no slave"

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