Pop-Rock.com



Megadeth : "The system has failed"
Un retour de haut niveau !

lundi 13 septembre 2004, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
P.O.D. : "Testify"
Andreas Kisser : "Hubris I & II"
Katatonia : "The great cold distance"
Lofofora : "Les choses qui nous dérangent"
Mötley Crüe : "New Tatoo"
Pantera : "Reinventing Hell - The Best Of Pantera"
Chimaira : "The infection"
Eclipse Hunter : "One"
KoRn : "Take a look in the mirror"
Annihilator : "Schizo Deluxe"


Mis entre parenthèse depuis deux ans pour des raisons de santé et des problèmes financiers assez graves, Megadeth, propriété personnelle du colérique Dave Mustaine, revient aujourd’hui, plus déterminé que jamais à faire parler la poudre. Que nous réservera le retour de ce grand groupe qui n’a échoué que d’un riff à ravir la première place à Metallica au tournant des années 80 ?

Petit rappel des faits : voici trois ans, Megadeth, ancienne gloire du trash-metal passé au hard mélodique plus grand public, puis reconverti au heavy-rock assez douteux, était au plus bas. Dave Mustaine, leader naturel et incontesté du groupe, s’est entouré de musiciens dont il n’apprécie ni le comportement, ni les objectifs musicaux, et se trouve à la tête d’une formation qui dérive entre deux eaux. Alors que Mustaine souhaite revenir totalement aux racines trash-metal de Megadeth, les autres musiciens et la production tentent de maintenir le cap heavy-rock, sans doute plus hype, emprunté depuis quelques albums. Cet affrontement de deux volontés donne naissance à un album boiteux, fruit de concessions non désirées de chaque côté. The world needs a hero est un cuisant échec. Pour ne rien arranger, durant la tournée qui s’ensuit, Mustaine s’endort un soir dans une très mauvaise position. Déjà épuisé physiquement par le rythme à tenir chaque soir, il se réveille le lendemain avec les nerfs du bras sévèrement endommagés, et une incapacité de jouer totale pour les deux années à venir. La tournée est annulée, Megadeth se retrouve en pleine banqueroute. Comme bien souvent dans ces cas-là, les autres musiciens et « amis » disparaissent subitement de la circulation. Mustaine vend donc tout son matériel pour acquitter ses dettes.

Après une longue rééducation et la résolution de divers problèmes familiaux et techniques, Mustaine, déterminé à relancer la machine Megadeth, tente de renouer avec le légendaire line-up de l’époque Rust in peace (autrement dit, Dave Ellefson, Marty Friedman et Nick Menza). Entre coups bas, exigences exorbitantes et volte face perpétuels, il fut rapidement clair que le courant ne passerait plus jamais entre Mustaine, Ellefson et Friedman. Ce sont donc des musiciens de session qui ont enregistré l’album. Parmi eux, l’un des batteurs les plus renommés du marché, Vinnie Colaiuta, célèbre notamment pour son travail avec Frank Zappa et Sting. Mustaine a également fait appel aux services du tout premier guitariste de Megadeth : Chris Poland. En tournée, ces deux musiciens devraient être remplacés par Nick Menza (qui a finalement répondu à l’appel sans faire trop d’histoires) et un guitariste encore inconnu mais qui pourrait s’avérer être Jeff Waters d’Annihilator.

Que faut-il donc penser de ce retour sur le devant de la scène ? Les grands retours, c’est bien connu, ça passe ou ça casse. Soit le fric est en ligne de mire et le fan transi s’octroie juste un petit trip nostalgique en se faisant couillonner de bon cœur, soit c’est une véritable et glorieuse renaissance : après une période de réflexion, d’évacuation des démons divers, de travail sur soi ou de dieu sait quoi d’autre, la formation concernée revient éclatante de santé, prête à tout faire valser sur son passage, et retrouve l’enthousiasme et l’imagination de ses jeunes années. Dans le cas qui nous occupe ici, il est vrai que le retour ne fait suite qu’à deux ans d’interruption de carrière, et qu’il ne s’agit pas d’un reformation aussi attendue que celle des Doors ou des Pixies. De toute façon, tout cela n’a guère d’importance : The system has failed est plutôt bien ficelé.

Qu’il s’agisse du titre de l’album, du morceau d’ouverture Blackmail the universe, qui débute par la destruction d’Air force one au dessus du Moyen-Orient, ou de la charge vigoureuse contre la corruption du système judiciaire contenue dans l’aride Kick the chair, on retrouve les propos rageurs et militants de Megadeth. Le système - comprenez américain - a échoué à préserver la paix dans le monde, à apporter l’équité et la justice à ses citoyens et à assurer leur prospérité. Die dead enough, son refrain imparable et sa construction particulièrement mélodique, surprend par les quelques arrangement symphoniques dont il est parsemé. Ce phénomène, pas très courant chez Megadeth, s’explique par l’objectif initial du morceau, prévu pour être inclus sur la bande originale du film Tomb Raider II.

Sans revenir exclusivement au metal trépidant de ses premières passes d’armes, le chanteur rouquin a proposé des morceaux représentatifs de chacune des périodes que le groupe a traversées, à tel point qu’on a parfois l’impression de se retrouver face à un véritable best of du groupe californien. Blackmail the universe et Kick the chair sont des démonstrations furieuses de la maîtrise de Megadeth dans les envolées supersoniques et ces inimitables riffs saccadés dont il a le secret. Back in the day, lui, se rapproche du heavy metal anglais des années 80, tandis que The Scorpion ou le mélancolique et autobiographique Of mice and men retrouvent les tournures plus accessibles et mélodiques de Youthanasia. La période, fort critiquée, de Risk et Cryptic writings, est également représentée, notamment par Tears in a vial et quelques autres morceaux, qui ne figurent malheureusement pas parmi les plus convaincants de l’album.

Sans pouvoir prétendre au titre d’album de l’année, Megadeth signe ici un retour d’un niveau plus qu’honorable, avec des morceaux oscillant entre le moyen et l’excellent, mais qui penchent globalement davantage vers la deuxième option. Megadeth a également concocté un album suffisamment varié pour contenter les fans des différentes périodes du groupe, et résumer brièvement sa carrière à ceux qui auraient pris le train en marche. Autant les fans que les curieux peuvent donc y aller sans problèmes : Megadeth a (enfin) retrouvé la voie de la qualité.



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Megadeth : "The system has failed"
(1/2) 7 octobre 2016
Megadeth : "The system has failed"
(2/2) 31 mai 2006, par Nau




Megadeth : "The system has failed"

7 octobre 2016 [retour au début des forums]

Many have been excited of this return especially the fans that have followed the band throughout their music career. - Bath Planet

[Répondre à ce message]

Megadeth : "The system has failed"

31 mai 2006, par Nau [retour au début des forums]

Oui, un album best-of...Tout comme l’était "Cryptic Writings" il y a 9 ans.

Et c’est là que ça coince : c’est un bon disque, il s’écoute tranquillou, mais il n’apporte aucun "plus" ni aucun "différent" par rapport à ce que le rouquin teigneux a pu nous proposer par le passé.

Et j’ai surtout l’impression que tout ce qui faisiat la particulité de Megadeth s’est fait la malle petit à petit : terminé les riffs qui foutaient à genoux les apprentis gratteux, terminés les soli dantesques, les structures alambiquées et le chant "malsain". Riffs simples, soli simples, titres simples...Voilà le Megadeth d’aujourd’hui.

Mais Mustaine reste un compositeur doué, un très bon gratteux et un chanteur correct. Et ce "System" est un bon album, qui remplit son contrat, et c’est déjà pas mal.

[Répondre à ce message]