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Mayhem : "Ordo ad chao"
La théorie du chaos organisé

dimanche 10 juin 2007, par Marc Lenglet

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Si Marduk s’est aujourd’hui détourné de la frange la plus extrême du black metal et manifeste même de timides désirs d’ouverture au reste de l’univers, il en est d’autres qui restent fidèles aux préceptes rigides de leurs jeunes années : le black metal n’a que faire d’être aimé ou admiré. Le black metal est sombre, sale, inaudible et sans concessions. Le black metal ne doit pas faciliter la tâche à ceux qui l’écoutent. Le black metal ne doit être toléré que par ceux qui feront l’effort de tout laisser derrière eux pour passer du côté obscur du metal. Avec une telle éthique, autant dire que l’originalité n’est d’ordinaire pas la vertu première des disciples de l’ex-clan des Corpse-painted.

A la notable exception de Mayhem, groupe venu d’un autre monde - la Norvège - dont chaque nouvelle réalisation résonne comme un blasphème atroce envers tout ce qu’il peut y avoir de beau, de noble et d’optimiste au cœur de l’humanité. En inversant la maxime franc-maçonnique, Mayhem annonce la couleur sans ambages. Contre tous ces félons qui s’escriment à dépeindre un monde logique où l’espoir surgit de loin en loin, Mayhem ambitionne de réveiller le chaos primordial, celui qui ravage tout sur sa voie sans notions de bien ou de mal. Force est de reconnaître qu’une fois de plus, il ne s’agissait pas là d’une vaine promesse.

Si par mégarde, on ne prenait pas la peine de s’y atteler avec attention, nul doute qu’on éprouverait l’impression de renouer, à l’écoute de Ordo ad chao, avec le True-evil black metal with horns des origines. Avec sa production crasseuse et caverneuse en diable, sa rythmique très organique (Hellhammer a été interdit de Triggers lors des sessions d’enregistrement) et ses vocalises de suppliciés, Mayhem semble renouer avec le genre dans ce qu’il a de plus puriste et ancestral. En parlant du chant d’ailleurs - même s’il faut une sacrée dose d’imagination pour qualifier de la sorte les feulements acides qui s’échappent des enceintes -, Attila Csihar, le démoniaque frontman des grandes heures de De mysteriis dom sathanas est revenu prêter main forte au groupe après treize années d’absence et suite au départ de Maniac. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le Hongrois - déjà plutôt inquiétant à l’époque - confère aujourd’hui aux textes du groupe une expressivité formidable... et de moins en moins humaine.

Il faut pourtant consentir à quelques efforts pour pénétrer les sombres méandres de l’album. On a tellement intériorisé l’idée que le black metal qui compte était voué à évoluer d’une manière ou d’une autre qu’on est frappé de stupeur par ce spectre surgi du passé, par ces sonorités bouillonnantes et informes qui rappellent la linéarité maladive d’un Darkthrone. On se prend à imaginer que Mayhem, incapable ou volontairement réticent à épouser l’évolution du monde et de la musique, s’est rétracté sur des valeurs aussi rassurantes que passéistes. Tragique erreur : il suffit de quelques écoutes pour être convaincu que la formation scandinave est au contraire en train d’ouvrir un nouveau boulevard à la musique extrême. Sous sa façade brutale et bassement violente, la musique de Mayhem se révèle incroyablement complexe, pionnière et - osons le mot - expérimentale. Ordo ad chao fait l’impasse sur toute construction traditionnelle, sur toute facilité refrain/couplet, sur tout solo prévisible... Sur tout ce à quoi le metal pouvait nous avoir habitué, en somme. Relier la noirceur mortifère et nauséeuse de De mysteriis dom sathanas, la rigueur technique de Chimera et l’avant-gardisme d’A Grand declaration of war paraissait impossible, mais Mayhem a accompli cette étonnante synthèse haut la main, et bien plus encore. Ordo ad chao est un casse-tête insurmontable, qu’on croit pouvoir maîtriser avec un peu de pratique mais qui échappe à toute compréhension, à toute comparaison simpliste. Avec ses breaks, distorsions, ralentissements, variations rythmiques continuelles et ces vides soudains dans la trame musicale qui font monter la tension durant quelques secondes, Ordo ad chao se réinvente à chaque instant. Les compositions imprévisibles et déstructurées et les lugubres conditions d’enregistrement fragmentent l’écoute, réduisant à néant toute possibilité de réduire l’œuvre à quelques généralités techniques et artistiques. Il semble impossible de maîtriser cette entité, qui ne repose sur aucune forme d’organisation connue jusqu’ici, et sublime toutes les pratiques ordinaires du black metal pour n’en garder que la quintessence.

Bien qu’il soit devenu outrageusement complexe, il est pourtant difficile de croire que Mayhem ait eu des visées progressives. Bien que leur musique soit toujours aussi atmosphérique, il ne s’agit sans doute pas là de l’objectif premier de ces terrifiants profanateurs norvégiens, dont le chaos semble bel et bien l’unique mot d’ordre. Mayhem écrit sa propre légende, indifférent à l’évolution des tendances autour de lui. Je ne parlerai pas de chef-d’œuvre au sujet d’un album dont je n’ai pas saisi toute l’essence (et à propos duquel je doute même qu’il soit possible de le faire), mais il y a longtemps que la musique extrême ne m’avait pas semblée aussi intrigante, aussi déterminée à violenter l’idée qu’on se fait de ce que doit ou ne doit pas être ce genre musical méprisé par les tenants du bon goût. C’est à se demander ce qui a pu inspirer au groupe cette démence créatrice et cette géniale entropie. Quoiqu’à bien y réfléchir, on n’ait guère envie de le savoir...



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Mayhem : "Ordo ad chao"
(1/3) 30 septembre 2016
Mayhem : "Ordo ad chao"
(2/3) 26 juin 2007, par Triiii
Mayhem : "Ordo ad chao"
(3/3) 14 juin 2007, par Red Cloud




Mayhem : "Ordo ad chao"

30 septembre 2016 [retour au début des forums]

This has been a hit album of the group and the recognition was given to them. - Mark Zokle

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Mayhem : "Ordo ad chao"

26 juin 2007, par Triiii [retour au début des forums]

Ordo AD Chao c’est pa le genre d’album qu’on peu comprendre dès la première écoute. C’est un peu comme quand t’écoute pour la première fois Transilvanian de Darkthrone, ou tout simplement qand tu te prend la première cuite de ta vie : tu te demande c’est qwa ce truc ? qu’est ce qui m’arrive ?

En gros Ordo Ad Chao est un album qui se détache completement de tout ce qu’a pu faire la scène black et même métal en général. et c’est pour sa qu’on a du mal à le comprendre. C’est pa comme qan t’achete un album de trash ou tu va entendre un mix de slayer/exodus/testament (y’en combien des albums comme sa, des centaines, hein ?)
Pour moi cette album est déjà culte, c vraiment de l’art.
Le titre illustre d’ailleur à merveille le contenu de l’album : Au d’ébut ce que tu perçois ce n’est qu’un kao sonore sans aucune logique, et au fur à mesur que tu réécoute l’album tu te rend que l’album est en fait très ordonné.
Bon après c clair que c pa un truc qui va te faire headbanger et te désosser les vertèbres, mais c’est pas le but

C’est du "True norvegian black art" tout simplement.
La seule chose que je regrette c’est la pochette. peu mieu faire (mais après tout a t on déja vu un album de mayhem avec une pochette atrayante ?)

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Mayhem : "Ordo ad chao"

14 juin 2007, par Red Cloud [retour au début des forums]

Je ne nie pas le fait que cet album puisse faire preuve d’une certaine créativité, mais comme tout album de black qui se respecte, il ne repose que sur la haine, l’ultraviolence musicale particulièrement exprimée à travers le chant. Tout celà ne me déragerait pas, si on aboutissait à un résultat agréable ou intéressant à l’écoute (je n’ai pas dit beau !), mais çà n’est pas le cas.

J’admets que cette musique peut exercer une certaine fascination malsaine par l’ambiance qu’elle dégage, mais après quelques minutes d’audition, la lassitude s’installe face à ce chaos sonore.

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