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Mastodon : "Crack the skye"
Flying Stones

mardi 22 décembre 2009, par Vincent Ouslati

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Continuez de pleurer sur l’appauvrissement de notre univers musical, sur ce rabaissement misérable. Continuez d’insulter inutilement les grands marchands et les grands pontes à grosses semelles, vous l’avez dans l’os votre culture pour tous, votre melting pot qui a viré bouillasse hideuse et insonore. Manifestez, vous avez bien raison, la musique ne cherche plus rien et ne produit plus de sentiments, alors gueulez votre colère, elle est bien légitime. Car derrière vos râles de haine, quelques sages plus finauds s’en iront écouter Mastodon, ou comment lutter contre la merde en kilos avec rien de plus qu’un filet d’éther. Et ça oui, c’est de la réaction.

Une réaction chimique qui en appelle d’autres, une réaction sur ma chaine aux gros watts qui n’en finit plus de provoquer des échos dans mes grottes auditives. Crack the skye est une alchimie parfaite, sublime, tout simplement. Ce successeur des imposants Leviathan et Blood mountain ne fait pas que combler le client bien difficile ces derniers temps, il l’apaise, le fait naviguer dans un océan de sonorités novatrices, tourmentées, et maîtrisées de maladive manière.

Unique ou presque, le gang d’Atlanta a confirmé ici son envie d’échappatoires plutôt qu’un gros son qui décrasse mais qui s’évapore tout aussi vite. On se prend à rêver qu’ils parviennent aux mêmes cimes que Metallica en leur temps, mais Mastodon est déjà au-delà, bien au dessus des joutes de cercueils. Le monstre joue avec l’éther alors que les anciens n’ont plus que du chloroforme pour planer, et la nuance est stratosphérique. Concrètement, le tempo s’est ralenti et le travail sur les gammes vocales est fabuleux. Bien que l’on reconnaisse aux premières notes que c’est Mastodon qui officie, tous les éléments du groupe étant en place, il est patent que quelque chose a changé. Et ce quelque chose c’est Brann Dailor. Habituellement machine à cogner des plus furieuses, il s’est ici assagi pour le meilleur.

Restant bien entendu l’épine dorsale tout en gros nœuds du groupe, ses actions sont pourtant plus tempérées et il ne tartine pas aussi grassement qu’auparavant. Si Dailor se manifeste ici, c’est en fait plutôt du côté sensible. Car cet album est aussi un hommage, Crack the skye se réfère à la petite sœur de Brann, Skye qui mit fin à ses jours à l’âge de douze ans. Ce drame amena notre méchant batteur à se pencher sur le micro, ce qui occasionne ici non plus deux mais trois chanteurs. Et il est peu de dire que Mastodon manie de l’émotif à foison, mais plutôt du genre truelle que pelleteuse, tout en finesse. Le drame qui fait le grand album, c’est connu, c’est classique et un peu facile, mais lorsque le résultat est tel, difficile d’y voir une quelconque malhonnêteté.

Le centre de gravité du disque ne s’échappe jamais totalement de l’éther, tant dans ses vertus médicales, ses caractéristiques chimiques que son usage plus basique (le sniffer quoi). Il en résulte une savante formule, plus apaisante, pas moins explosive pourtant. D’ailleurs, le monstre reste calé les écailles sur le trône sans suffisance, simplement convaincu de sa propre supériorité. Ecraser la concurrence, il serait plus juste d’avancer que Mastodon la survole, la toise de toute la hauteur de ses nouvelles compositions.

Oblivion, single, est finalement porté en éclaireur de ce disque. Choix étonnant, l’on pouvait imaginer titre plus rentre-dedans en ouverture. Mais ce choix est justifié au regard de la suite, et Oblivion est une parfaite synthèse de ce que contient ce trésor pour les oreilles. Sombre, oppressant, Mastodon n’a rien perdu de ses facultés mélodiques, des ses ambiances lourdes, pâteuses bien que puissantes. Longue introduction, refrains calmes, belles cavalcades solitaires de Bill Kelliher, la batterie martiale de Brann Dailor puis les voix claires de Sanders et Hinds qui réapparaissent, lancinantes, presque étouffées.

Le groupe n’a pas révolutionné le son, il l’a fait évoluer, encore une fois devrait-on dire. Divinations, The Czar, The last baron, se fait jour la cohérence parfaite entre les différentes pistes, l’alliance magique qui fait de ce disque un essentiel de l’année (voire plus), où la médiocrité générale commençait doucement à me pousser vers l’écoute de reggae vaseux. L’envie me manque d’aller plus avant dans une description hasardeuse qui ne rendra jamais bien compte de ce qu’est Crack the skye. Telle offrande ne se décrypte pas, elle s’entend, se vit, se respire. Que sont des phrases face à ce déroulement musical, plus proche de la messe des astronomes que de la simple masse des sons.

Que le monstre nous surprenne encore, dans d’autres brumes, dans d’autres cieux, touchés que nous sommes de cette redécouverte d’une musique toujours lourde, mais lourde de sens avant tout.



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Vincent Ouslati