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Marduk : "Rom 5:12"
Les épitres aux Norvégiens

mercredi 6 juin 2007, par Marc Lenglet

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Le black metal, c’est plus ce que c’était, foi de serviteur du Malin ! Considéré voici à peine une décennie comme l’expression ultime des frémissements sataniques et orgiaques du genre humain, vénéré par des hordes d’esthètes pétris de la morgue des Elus véritables, le genre a aujourd’hui bien perdu de sa superbe. La faute, entre autres, à une obsession de la pureté qui l’a rapidement condamné à la sclérose. Seuls s’en sont tirés ceux qui ont eu le courage de donner quelques coups de canif au contrat qui les liait aux forces des ténèbres. Qu’il s’agisse de surenchère symphonique, d’une imagerie cruche accessible au bébé goth moyen ou de curieuses expérimentations électroniques ou punkoïdes, les grands noms du black metal se sont finalement résolus à mettre de l’eau dans leur vin. Même Marduk.

Fleuron du Black metal suédois et groupe provocateur oscillant souvent à la limite du mauvais goût, Marduk gagna rapidement ses galons de référence du genre avec des réussites telles que l’excellent Nightwing mais aussi grâce à ce qui fut peut-être bien l’un des albums les plus brutaux jamais enregistrés, l’effroyable Panzer Divizion Marduk. Après cette plongée rarement égalée dans la bestialité humaine, Marduk leva le pied et ne livra plus que des albums moyennement convaincants durant de longues années. Rom 5:12 arrive donc à point nommé pour redorer le blason de ces défenseurs du Made in Sweden face aux hordes venues des fjords norvégiens. D’un premier abord plutôt déstabilisant, ce dixième album pourrait bien être l’un des tout meilleurs jamais composés par Marduk. Car oui, Marduk a changé. Cela faisait déjà un certain temps qu’ils trahissaient l’éthique crade de la cause en refusant de cochonner la production des albums et en ne consacrant pas toute leur imagination à la vénération du démon. Mais ces blasphèmes touchent à présent à l’essence même de son art puisque Marduk s’est décidé à son tour à appréhender ses compositions d’une autre manière que la sempiternelle course à l’ultra-violence et au record du monde de la rythmique supersonique.

Les témoignages de cette évolution sont - sans mauvais jeu de mot - légion. The levelling dust par exemple, premier titre de l’album, se dévoile tout en mid-tempo, d’une agressivité primale certes, mais sans jamais nuire à l’atmosphère plombée et oppressante que ce morceau parvient à installer. Ou encore Imago mortis : sa rythmique, comment dire... très rock’n roll, ses intéressantes variations et sa longueur inhabituelle font de ce morceau lancinant une pièce de choix pour tout amateur de metal non allergique aux éructations de gargouille (qui semblent parfois un peu forcées sur certaines sections). 1651 est une autre de ces pièces atypiques : la déclamation d’Arioch s’y marie diaboliquement bien à l’atmosphère lourde de menaces instaurée par le groupe indus - lui-aussi fasciné par la guerre comme par hasard - Arditi. Pour les plus puristes d’entre nous, on dénombre tout de même pas mal de morceaux « à l’ancienne » avec blast-beat tirés à une cadence d’AK-47, riffs sculptés au hachoir à viande et hurlements à en déchiqueter les cordes vocales de l’émetteur et les tympans du récepteur (Cold mouth prayer, Limbs of worship, Vanity of vanities,...). Pas de surprises de ce côté-là : c’est du Marduk pur et dur, efficace, bien produit sans être lisse, mais qui ne révolutionne en rien les canons du genre. Il est d’ailleurs amusant de constater que ces blitzkrieg sonores se rencontrent généralement toutes les deux plages, comme si Marduk tenait à tout prix à ne pas effaroucher ses admirateurs de la première heure. Quelques audaces et coups de sonde hors du cocon ouaté du black metal, pas de problèmes, mais on a tout de même sa dignité de serviteur du démon, merde !

Sans s’imposer comme une réussite inoubliable à même de rassembler toutes les chapelles du metal, Rom 5:12 reste tout de même suffisamment bien ficelé pour incarner le possible renouveau d’une formation qui s’était quand même méchamment égarée ces dernières années.



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Marduk : "Rom 5:12"
(1/1) 8 juin 2007, par MECHE le SOURNOIS




Marduk : "Rom 5:12"

8 juin 2007, par MECHE le SOURNOIS [retour au début des forums]

marduk c’est vraiment une pure sournoiserie auditive

excelent

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