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L’album du mois
Machine Head : "The blackening"
Back in black

samedi 19 mai 2007, par Marc Lenglet

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Alors que le metal cuvée 2007 n’a jusqu’ici donné naissance qu’à peu de véritables chefs-d’oeuvre, j’avais mis beaucoup d’espoirs dans le nouvel album de Machine Head. Le groupe d’Oakland, Californie, a démontré à de nombreuses reprises par le passé que, lorsqu’il prenait la peine de s’exprimer, ce n’était certainement pas pour disputer un quelconque titre à une foule d’autres groupillons plus ou moins inspirés. Non, Machine Head, tel un roi parti en croisades, revient simplement vérifier de temps à autres que personne n’a eu la mauvaise idée d’occuper le trône en son absence. Quasiment à l’égal de l’album précédent, The blackening est un chef-d’oeuvre qui fera date dans la discographie du groupe et dans l’histoire du metal en général.

Petit rappel historique : lorsque Machine Head sort son premier album en 1994, l’impact est immense. Alors qu’à travers les médias, le metal souffre d’une vague de désintérêt généralisé, Burn my eyes apporte la brillante démonstration que ce style musical est encore très loin d’être aux soins palliatifs. Trois ans plus tard, The more things change confirme le talent de ce groupe californien que l’on commence à considérer comme le Metallica des années 90. Et puis, sans crier gare, la bande de Robb Flynn sort coup sur coup deux albums noyés jusqu’au cou dans les clichés nu-metal. Le succès commercial est tout d’abord au rendez-vous mais critiques et fans de la première heure désapprouvent la nouvelle orientation du groupe, pas forcément très éloignée d’un Slipknot voire d’un Limp Bizkit. Les ventes commencent rapidement à décliner, d’inévitables tensions apparaissent entre les musiciens et, Machine Head, si prometteur six ans plus tôt, sombre dans une semi-obscurité. Ce n’est qu’en 2003 que le groupe ressuscite littéralement d’entre les morts, avec l’époustouflant Through the ashes of the empires, définitivement l’un des plus grands albums de metal des années 2000.

Aujourd’hui, face à ce Blackening, on reste une fois de plus sans voix devant cet album. On s’était doucement habitué à l’idée que Machine Head était devenu un Grand du Metal, après avoir connu un passage à vide, mais on n’imaginait absolument pas que le groupe puisse réitérer son exploit de 2003, sans montrer le moindre signe de fatigue ou de copie peu inspirée. Je pourrais vous parler de Dave McClain qui, tout en se refusant à considérer ses fûts autrement que comme autant d’ennemis à abattre, s’autorise d’imprévisibles cavalcades rythmiques. Je pourrais aussi évoquer les soli de fou furieux réalisés par Robb Flynn et Phil Demmel qui n’autorisent comme unique point de comparaison que les plus magnifiques passes d’armes du Metallica de la grande époque. Je pourrais présenter pas mal d’autres éléments pour donner corps à mon argumentation. Mais il ne s’agirait là que de vain verbiage, de généralités de pisse-copies. Rien dans ces éléments ne pourrait expliquer pourquoi le résultat final est plus proche de la perfection sur le fond comme sur la forme, que d’une simple démonstration de virtuosité chiante comme la mort.

The blackening est de ces albums qui, après avoir collé une baffe titanesque dès les premières minutes, s’ingénient à défoncer le clou sur chaque nouveau titre. Ses huit morceaux ont été composés pour empêcher tout métalleux normalement constitué de reprendre son souffle. Même ceux qui ne dépassent pas instantanément la vitesse du son (Now I lay thee down, Farewell to arms) installent une atmosphère plombée finissant toujours par faire monter la température de quelques degrés au moment où on s’y attend le moins. Tout en marquant sa différence, The blackening reste dans la continuité de l’album précédent, avec quelques titres bien meurtriers (Aesthetics of hate par exemple, un grand moment de metal qui cogne) mais également une prédominance plus forte que jamais des symphonies à rallonge (quatre morceaux de plus de neuf minutes, ce n’est pas rien) ; symphonies qui jamais ne donnent l’impression de comporter la moindre note superflue. Déterminé à conserver sa réputation d’inclassable du metal, Machine Head est parvenu une fois encore à allier à la perfection la lourdeur et la puissance du heavy, l’aridité du thrash et un côté ultra-mélodique qui irait jusqu’à concurrencer un Iron Maiden sur son propre terrain. N’oublions pas non plus des vocalises qui s’échelonnent du grondement presque death jusqu’à un chant très clair, voire même plaintif (Beautiful mourning), le tout au service d’une ambition qui pourrait se résumer à coller une raclée à tous les autres groupes de metal en terme de fureur et de puissance primale, et à tous les groupes prog en terme de richesse des variations et d’architecture musicale alambiquée.

Il est évident que Machine Head a travaillé ce chef-d’œuvre jusque dans ses moindres détails, jusqu’à lui conférer la production, le chant, le rythme et les mélodies parfaites. Et pourtant, malgré la très grande complexité de titres comme Clenching the fists of dissent, dont la maîtrise parfaite d’un bout à l’autre ne peut être que l’œuvre d’un perfectionniste compulsif, The blackening n’a rien de cette froideur médicale qui caractérise souvent les réalisations très ambitieuses à la Dream Theater. Au contraire, sans aller jusqu’à parler de spontanéité, on sent que la formation américaine a injecté dans cet album tout ce qu’elle avait dans les tripes. Face à l’éternel dilemme qui consiste à ne pas favoriser exagérément la mélodie au détriment de la puissance de frappe et vice-versa, je ne vois que Mastodon pour quémander timidement une petite place au pied du trône qu’occupe sans se fatiguer Machine Head depuis quatre ans... Encore que les deux formations n’aient pas du tout la même approche de leur art. Même s’il ne constitue pas une véritable surprise à proprement parler, The blackening figure d’ores et déjà parmi les classiques du metal et parmi les albums les plus indispensables de cette année.



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Marc Lenglet





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Machine Head : "The blackening"
(1/6) 8 décembre 2016
Machine Head : "The blackening"
(2/6) 14 mai 2008, par vehau
Machine Head : "The blackening"
(3/6) 19 janvier 2008, par Eva
Machine Head : "The blackening"
(4/6) 16 janvier 2008, par Pussynette
Machine Head : "The blackening"
(5/6) 6 juillet 2007, par Hugues
Machine Head : "The blackening"
(6/6) 7 juin 2007, par joe strummer




Machine Head : "The blackening"

8 décembre 2016 [retour au début des forums]

This album was a big success to the group. - Dr. Thomas Devlin

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Machine Head : "The blackening"

14 mai 2008, par vehau [retour au début des forums]

Ecoutez les derniers efforts de Metallica et de Megadeth, puis le nouvel album de Machine Head et vous verrez que le sceptre du Trasch/Speed Metal a définitivement changé de main, et ce depuis belle lurette.

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Machine Head : "The blackening"

19 janvier 2008, par Eva [retour au début des forums]

Tout à fait d’accord ! encore ??!

Ca c’est du son ricain (cf. mon commentaire sur Karmacode de Lacuna Coil) !

De réelles symphonies, ça tu l’a dit...
Des morceaux imprévisibles, ça aussi tu l’as dit...
Des morceaux très travaillés sans fausse note mais pas "formaté", tu l’as dit aussi.

Donc rien à dire, que du pur bonheur qui a surpris beaucoup de personne autour de moi !

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Machine Head : "The blackening"

16 janvier 2008, par Pussynette [retour au début des forums]

I love you également Marc parce que toi aimer bonne musique de machine head à kraftwerk,
yeah,you are the good entertainer !!!and you know so much about music de dingues !!!
1000 bizous on your mouth...

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Machine Head : "The blackening"

6 juillet 2007, par Hugues [retour au début des forums]

J’aimerais quand même préciser que Supercharger, s’il lorgnait un peu sur les plates blandes du nu-métal, comme on l’appelle de nos jours, était grandement supérieur à n’importe quel album de ce même style musical !

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Machine Head : "The blackening"

7 juin 2007, par joe strummer [retour au début des forums]

I love you Marc,you are the best Kronikoeur on this site (piece of shit,merde)

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