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Lofofora : "Les choses qui nous dérangent"
Déranger pour mieux régner

samedi 14 mai 2005, par Marc Lenglet

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Le monde évolue, et il n’évolue pas franchement vers un mieux. Lofofora, lui, reste. Toujours aussi versé dans l’art d’appuyer là où ça fait mal, le groupe français parvient, sans fondamentalement varier sa recette de départ, à proposer un album aussi incandescent que redoutablement bon.

Y a pas de raisons qu’on change / les choses qui nous dérangent / on s’habituera en causant de c’qui nous touche pas... Le ton est donné dès le départ : le porte-drapeau du hardcore français engagé et enragé s’est une fois de plus donné pour apostolat de triturer la monstruosité et la souffrance de l’humanité.

Dans le chef de Lofofora, il n’est plus temps d’appeler à une utopique révolution ; il est tout autant inutile de proposer des solutions à l’emporte-pièce irrecevables pour tout individu âgé de plus de 12 ans. Non, l’heure est clairement au pessimisme et au désenchantement. Le cynisme n’est peut être que de façade mais Lofofora a compris que les injonctions metalliques ne changeraient plus le cours de la société. Encore que le sinistre constat fataliste que renferme Les choses qui nous dérangent devrait suffire en lui-même à amener à la réflexion les plus réfractaires.

Voilà une formation qui a toujours mené sa barque en marge des modes et de l’esprit du siècle, avec la tranquille assurance de ceux qui se fichent comme d’une guigne d’être acceptés par l’establishement médiatico-musical. Ce qui ne les empêche aucunement, avec l’aide de DJ Tag, de fustiger les médiocres qui se prêtent au jeu de la reconnaissance et quémandent les faveurs de la populace, sur une étrange mixture de drum’n bass et de hip-hop, intitulée Rock’n roll class affair. Si les textes demeurent amusants, il n’y a franchement pas de quoi s’emballer outre mesure pour cette expérimentation qui fait figure d’OVNI politiquement correct "Je jette des ponts entre les styles" au milieu de toute cette saine déferlante hardcore.

Reuno vocifère ses imprécations nihilistes avec une fureur presque excessive. Nul besoin d’en s’en effaroucher : un manifeste de la haine tel que Le pire s’accomoderait mal des minauderies pseudo-dépressives comme on en entend tant en cette époque perdue. Quant aux textes, ils sont d’une crudité douloureuse, à la limite de la vulgarité (Humide song par exemple). Rares sont pourtant les groupes de rock qui parviennent à faire un tel usage corrosif de la langue française sans verser dans la caricature. Lofofora parvient presque toujours à bien assumer son franc-parler unique, et on n’a guère l’opportunité de dénicher une trace de second degré involontaire parmi les rafales de brûlots destructeurs proposées.

Sur son terme, l’album se fait pourtant plus apaisé, plus introspectif, autobiographique peut-être, mais également amer et désabusé : L’éclipse ou Quelqu’un de bien transpirent la résignation et la douleur de ceux qui ont perdu toute envie de surnager face à l’ordre universel des choses et aux embûches de l’existence.

Rage et désespoir ne sont pourtant pas les deux uniques mamelles de Lofofora. La dernière - et surprenante - plage est là pour démontrer qu’on a beau être aux premières loges du Grand théâtre de la cruauté, on n’en néglige pas pour autant l’humour punk gras et lourd. Malgré son côté radicalement à contre-courant du reste du propos, Buvez du cul, issu d’une private joke "fin de soirée vaseuse" entre les membres du groupe, possède toutes les qualités requises pour devenir un hymne festif francophone incontournable, à l’instar des compositions les plus décalées et lourdaudes des Bérurier Noir ou des Garçons Bouchers.

Si Lofofora est encore aujourd’hui considéré comme l’un des parrains du metal français, ce n’est pas pour rien. Avec des productions de l’acabit de ce fantastique - et intelligent, on ne le répétera jamais assez - défouloir, l’un des plus brillants de leur parcours, Lofofora continuera à régner encore longtemps à régner sur la scène française, défiant la critique et les goûts dominants, et dispensant son mal-être réfléchi et sa fureur bouillonnante à tous ceux prêts à relever le défi.



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

> Lofofora : "Les choses qui nous dérangent"
(1/1) 14 mai 2005, par Tommy




> Lofofora : "Les choses qui nous dérangent"

14 mai 2005, par Tommy [retour au début des forums]

Ravi de lire quelque chose au sujet de ce groupe là sur Pop-Rock ! Tout n’est pas formidable dans la carrière de Lofo, mais il faut vraiment leur econnaître une intégrité à toute épreuve et des textes qui font souvent mouche (AmnesHistory en est un exemple) sans tomber dans le ridicule de tant de leurs confrères. Et ça fait plaisir aussi de les croiser après un concert et de constater qu’ils n’ont pas pris la grosse tête ...

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    > Lofofora : "Les choses qui nous dérangent"

    14 mai 2005, par Uncle Luke [retour au début des forums]


    S’il n’y a qu’une chanson à retenir de Lofofora, c’est bien "Macho Blues", que je trouve lumineuse ! Une musique percutante et des paroles excellentes.

    Pour le reste, j’aime bien. Je ne les trouve pas transcendants non plus, mais en tout cas c’est bien mieux que beaucoup de leurs compatriotes.

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