Pop-Rock.com



Kreator : "Hordes of chaos"
Kolossal baffe dans ta gueule

lundi 12 janvier 2009, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Hammerfall : "No sacrifice, no victory"
Lamb Of God : "Wrath"
Fear Factory : "Digimortal"
Mastodon : "Leviathan"
Pain Of Salvation : "Remedy lane"
W.A.S.P. : "Babylon"
Velvet Revolver : "Libertad"
Sepultura : "Dante XXI"
Dream Theater : "Octavarium"
W.A.S.P. : "Dominator"


Metallica aura sauvagement remué la fourmilière l’an passé avec un Death magnetic que je proclame grand classique intemporel et inusable. Le plaisir n’en est que plus grand lorsque l’on attend rien de bien bon après tant de fort dures années... Mais le renouveau du genre étant plus que mauvais ou bien trop old-school pour être honnête, je m’excite de moins en moins à chaque nouvelle sortie, la lassitude me gagne, pourquoi faire plus violent encore si les mêmes recettes datées sont encore utilisées ?

Que ce soit Slayer, Sepultura, Megadeth et consorts, les dernières livraisons apparaissaient certes correctes, mais on a peine à voir quelque chose de novateur. C’est du thrash, ça va vite, ça gueulouille, mais quoi de plus, à vrai dire, on écoute cela en écrasant une larme lorsqu’un riff rappelle dans nos mémoires les grands titres passés. Du nouveau qui fout nostalgique, c’est pas tip top pour l’avenir. Cependant, les teutons de Kreator, loin de la Bay Area, ont suivi un chemin plus extrême que leurs confrères ’ricains, en injectant par petites doses des éléments qui leur sont propres, se voulant l’un des groupes les plus respectueux de l’esprit initial thrasheux tout en osant quelques incartades hors-champ plutôt courageuses.

Après la décennie 80 où le groupe de Petrozza aura montré à tous qu’ils n’étaient pas là pour faire du prog mais du bon gros thrash tout ce qu’il y a de plus puissant et mordant, Kreator n’hésitera pas suite au fédérateur Coma of Souls de 1990 (très bonne année pour le genre soit-dit en passant) à proposer des albums nettement plus expérimentaux, les touches indus de Renewal, l’ultra lugubre Outcast ou le gothique Endorama, les Nineties sont l’époque de la remise en cause, certes pas toujours couronnée de succès pour cause de public coincé du cul.

Et nous voilà dans les années 2000, et Kreator est revenu plus brutal et direct que jamais, pas à chercher plus loin, Violent revolution et Enemy of god ont été plus qu’un coup de semonce dans le cimetière du genre. Ils revenaient au style sans concessions des origines tout en capitalisant sur les échappées 90’, carton plein, tournées dantesques, les pourtant rodés germains faisaient presque figure de jeunes loups aux dents longues.

Hordes of chaos était alors attendu avec sérénité. Impossible que le groupe se vautre de nouveau, tant artistiquement que commercialement. On ne sera pas déçu, Kreator est décidément dans sa belle période, car 2009 voit naître une douce boucherie comme nos Allemands savent les concocter. Aucun temps mort, tout pour l’efficacité, passée l’introduction de Hordes of chaos, la machine de guerre se met en branle.

Difficile de ne pas tomber à genoux devant ce manifeste, ce refrain hurlé, "Everyone against everyone, chaaaooooos !" C’est puissant, ça sent l’hymne de concert, les furieux de la fosse qui vont s’entretuer devant tant d’efficacité. La production sonne toujours aussi puissante et claire, et les trois premiers titres ne sont que dérouillées sévères et implacables. Cependant, n’allez pas croire que l’on revient à une violence lourde et chiante, Kreator a savamment distillé son thrash dans des variations mélodiques et complexes rappelant parfois les belles heures de Megadeth. Quant au chant, rageur et furieux, il ne baissera de ton que dans les premières instants d’Amok run, où Petrozza s’essaie au chant clair de belle façon, moment surprenant pour qui n’a jamais écouté leur quasi gothique Endorama ( que je conseille fortement par ailleurs). Ces petits écarts permettent en plus d’aérer le propos qui reste du début à la fin des plus costauds. Un peu de finesse dans un océan de violence maîtrisée.

Pas question ici de thrash "old-school" comme Municipal Waste nous en offre. C’est certes sympathique mais ça passe pas l’hiver face à des œuvres plus fouillées. Kreator reste dans cette veine qui leur est propre, du thrash non pas démesurément technique mais très nourri aux influences et foncièrement teuton dans ses rythmiques. Sami Yli-Sirniö offre de superbes soli et quelques petites touches originales qui font que le groupe conserve encore aujourd’hui un univers très personnel, ne cherchant certes pas a réinventer la roue, mais offrant décidément l’une des plus belles discographies dont peut se vanter un style qu’on croyait mort et enterré il y a presque vingt ans.

On pourra éternellement nous dire que ce genre de musique n’a plus aucun intérêt depuis belle lurette, que tout a été dit, et c’est sans doute vrai. N’empêche que pour la séance anti-stress du vendredi soir, c’est diablement efficace.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati