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KoRn : "See you on the other side"
Davis in Wonderland

samedi 7 janvier 2006, par Marc Lenglet

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Depuis quelques temps, on soutenait davantage KoRn par la force de l’habitude qu’en raison d’une réelle empathie pour leur manière d’aborder leur art. Leur dernier album en date, Take a look in the mirror, était sympathique, mais ne faisait pas avancer le schmilblic d’un iota. Un best-of au contenu un peu léger avait suivi, renforçant l’idée que KoRn était devenu un groupe de neo-metal "comme les autres", sans doute l’un des meilleurs qui soient, mais qui ne possédait plus rien qui puisse nous rappeler à quel point il avait su bouleverser l’ordre établi au milieu des années 90. Et le départ de leur célèbre guitariste Brian « Head » Welch, parti sur les chemins annoncer le retour du Messie, ne semblait pas devoir améliorer les choses. Il était vital que ce septième opus remette les pendules à l’heure, sous peine de quoi le groupe aurait semblé définitivement inapte à s’élever à nouveau au dessus de la masse.

L’humeur dominante de ce missile balistique que Jon Davis balance à la face des incrédules qui avaient enterré son groupe un peu trop prématurément est, je vous le donne en mille, sombre et inquiétante. Assurément, les huants de Bakersfield ne se sont pas subitement transformés en un sémillant groupe punk pour ados, ou en fiesta gothique « joyeusement pornographique », pour reprendre une expression désormais consacrée. KoRn reste KoRn, un groupe qui a toujours utilisé sa vision négative de l’univers et ses traumatismes mal enfouis comme un étendard. Ici aussi, le combo se laisse aller à philosopher sur le gâchis, les espoirs brisés et le désenchantement cynique face à l’évolution du monde (Politics) ou face aux religions (Hypocrites). Que du bonheur, en somme... Mais plus que jamais, à l’image du brillant Untouchables, l’orientation agressivement new wave en moins, KoRn semble délaisser à nouveau - mais pour combien de temps ? - la virulence et les faux-vrais retours à leurs sonorités primitives, leur préférant l’instauration d’atmosphères changeantes, qu’elles soient oppressantes ou comme suspendues à un filin dans l’attente d’une explosion rédemptrice. Il n’empêche que nos métalleux ne se sont pas fondamentalement éloignés des gimmicks de chant ou de structure musicale qu’il avaient toujours affectionné. Plus que sur sa nature propre, c’est sur ses choix de production que repose la plus grande spécificité de See you on the other side, sa caractéristique la plus déstabilisante et celle qui fera sans doute couler le plus d’encre. En ce qui me concerne, cette fameuse production transcende en elle-même la bonne tenue générale de ce nouvel album, intéressant mais au fond pas plus révolutionnaire que ça. Sur le papier pourtant, rien ne semblait gagné à l’avance. On se surprenait même à leur souhaiter une gifle cuisante, comme pour obtenir confirmation qu’un choix du maître-horloger aussi contre-nature ne pouvait, en aucun cas, donner de bons résultats.

Twisted transistor (et son clip déjà culte, où l’on aperçoit tout le gotha du gangsta-rap U.S. jouer aux gros-bras du metal) annonce d’emblée la couleur : samples à la en-veux-tu-en-voilà, atmosphère lourde de menaces qu’on peinerait à décrire et, soudain, cette lame de fond sonore, ce riff écrasant qui semble vouloir tout éradiquer sur son passage, sans même avoir la politesse de laisser quelques miettes à la rythmique ultra écrasante qui claque comme un coup de tonnerre quelques secondes plus tard. C’est bien la principale caractéristique de ce nouvel album : le son est tout simplement énorme ! On se montre au départ incapable d’appréhender le mastodonte, essayant mentalement d’isoler les différentes composantes de ce qu’on entend... sans grand succès. Que l’on soit sceptique ou rapidement convaincu par la puissance et la rigidité de ce qu’on entend, force est de reconnaître qu’on pouvait s’attendre à tout, sauf à être aussi sincèrement secoué par ce résultat.

C’est en effet sur le renommé producteur pop Atticus Ross, ainsi que sur le trio connu sous le pseudonyme The Matrix que KoRn a jeté son dévolu, tous magiciens de la console principalement connus pour avoir enflé d’une production monumentale les « œuvres » de personnalités telles que Britney Spears, Madonna, Avril Lavigne et Ricky Martin. Voilà qui n’augurait rien de bon de la part du groupe californien, qui s’était déjà laissé aller par le passé à de fâcheuses tendances putassières pour s’ouvrir une piste dégagée vers les sommets. Et pourtant ! Les oiseaux de mauvaise augure, travaillant en étroite collaboration pour satisfaire les idées d’arrangements tortueux de leurs commanditaires, ont livré un travail tout simplement époustouflant, qui fera date dans l’histoire de la production metal.

La révélation christique de Head ayant amputé KoRn d’une part majeure de son identité sonore (à commencer par l’impénétrable mur de guitares assourdissantes obtenu en jouant une partition différente de celle de Munky), les producteurs ont brillamment contourné le problème en dotant See you on the other side d’une texture sonore totalement atypique ou, du moins, guère usitée dans le monde du metal. Sur les voix par contre, la production n’a pas tenté de compenser le départ du fuyard exalté. Déjà assez éloignée des grondements caverneux de l’album précédent, la voix de Jon Davis, généralement claire, n’est pas particulièrement portée en avant. Ce qui ne s’avère pas le moins du monde déplaisant, et contribue à révéler au grand jour une sensibilité moins écorchée vive chez le brillant commandant de KoRn.

Les pistes auxquelles on aurait pu se raccrocher, celles qui renouent avec cette antique fusion de metal et de hip-hop, se sont faites plus disparates que jamais. See you on the other side se montre ouvertement electro, avec de fréquentes incursions - brillamment assumées en plus - vers l’indus. De superbes démonstrations de ces nouvelles tendances comme Throw me away ou Love song lorgnent ouvertement vers les atmosphères plombées d’un Nine Inch Nails, voire même d’un Depeche Mode. Derrière ces atmosphères sourdes et froides, presque médicales, la célèbre cornemuse fétiche du groupe revient se manifester à plusieurs reprises au détour d’un morceau avant de s’estomper, fugace trace de joie lugubre au milieu de cet océan d’ondes malsaines.

Malgré son atmosphère, aussi futuriste que celle d’Untouchables était dramatiquement humaine, c’est pourtant de ce dernier album que See you on the other side se rapproche le plus. Parce qu’il prend tout le monde à rebrousse-poil, à un moment où des critiques sur la passivité et les tendances à la paresse du groupe commençaient à fleurir un peu partout. Ross et The Matrix ont bel et bien réussi le tour de force de doter See you on the other side d’une identité sonore résolument unique et pionnière.

A mon plus grand plaisir, KoRn reste difficile à cerner : des choix de production audacieux sur lesquels personne n’aurait parié un kopeck et un artwork soigné et imaginatif cohabitent chez eux avec une tendance nette au refrain fédérateur, au tube qui cartonne dans les charts, en un mot avec tout ce qu’on peut mépriser chez leurs descendants et qui rend ces groupuscules si fondamentalement ennuyeux. Un travail de production incomparable (je sais, je me répète, mais c’est vous dire à quel point les mots me manquent pour le décrire) qui parvient à durcir certains aspects des morceaux tout en adoucissant d’autres éléments. C’est tout le talent du désormais quatuor (et de leurs producteurs !) que d’être parvenus à conjuguer ces différents composantes sans contradiction apparente.

See you on the other side est de bonne facture ; sa production lui donne une majesté extraordinaire. Alors, KoRn,... fini ? Pas fini ? Soubresaut ? Nouveau départ ? Rien de tout cela. Imprévisible, plutôt. Comme on l’aime, tout simplement.



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

KoRn : "See you on the other side"
(1/2) 11 août 2016
KoRn : "See you on the other side"
(2/2) 7 janvier 2006, par Tamalou




KoRn : "See you on the other side"

11 août 2016 [retour au début des forums]

It wasn’t a big hit, but there is no question that this album is one of the impressive works of the band. - Dennis Wong YOR Health

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KoRn : "See you on the other side"

7 janvier 2006, par Tamalou [retour au début des forums]

Ta critique est très intéressante. Elle me donne envie d’aller au delà de l’écoute toniturante de Twisted Transistor.
Le parallèle que tu établis avec NIN me semble très juste. Ces deux formations qui ont été à l’origine de fusions et de sonorités complètement innovantes, sont aujourd’hui rendues au même point : des albums toujours de très bonne facture, des productions hyper pointues, mais moins de succès et de multiples interrogations sur leur avenir.
Que faut-il leur souhaiter ? Plus ou moins de succès ?

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