Pop-Rock.com



King Diamond : "Give me your soul... please"
Dis monsieur, dessine moi un enfant mort

mercredi 5 septembre 2007, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Steel Panther : "Feel the Steel"
Edguy : "Mandrake"
Hardcore Superstar : "Hardcore Superstar"
Dimmu Borgir : "Death Cult Armageddon"
Slayer : "God hates us all"
Pleymo : "Alphabet prison"
Scorpions : "Humanity hour I"
Symphony X : "Paradise lost"
Grip Inc. : "Incorporated"
Megadeth : "United abominations"


Un nouvel album de King Diamond, c’est un peu comme un nouveau roman de Tom Clancy. Personne n’espère de la grande littérature mais dans la majorité des cas, on sait aussi que le récit sera bien torché et accrocheur. Un poil prévisible évidemment mais comme il s’agit du bouquin typique qu’on emmène à la plage pour se vider les neurones, on ne fera même pas la fine bouche face à l’étalage culturel monomaniaque de monsieur « J’ai mes entrées à West Point vous savez », ni face à l’inévitable Happy end déjà formaté pour une adaptation au cinéma sous la houlette de Bruckenheimer. Hé bien, King Diamond, c’est la même chose. Plein de gens de bon goût vont à coup sûr cracher dessus et les musiciens étalent leur savoir en matière de metal old-school comme c’est pas permis. La seule différence, c’est qu’on sait d’avance que toute l’histoire va mal se terminer et qu’en lieu et place d’une plage, mieux vaut prendre connaissance du scénario confortablement allongé sur un caveau au Père-Lachaise.

King Diamond, seul ou au sein de Mercyful Fate, reste une énorme influence pour nombre de formations importantes des vingt dernières années, qu’il s’agisse de la musique proprement dite, des thèmes « diaboliques » ou de son goût pour le décorum scénique. Grand gardien des Mystères d’outre-tombe, le héraut solitaire du metal danois a toujours veillé à ce qu’aucun de ses albums ne déstabilise le fan qui l’aurait fidèlement suivi depuis les débuts de son parcours, voici pas loin de trente ans. Comme toujours, le King veille à ce que son propos soit étayé par un accompagnement musical qui sonnera terriblement daté aux oreilles de beaucoup : un heavy metal hyper technique et démonstratif, brillamment exécuté par des musiciens de très haut niveau (la paire La Rocque/Wead accomplit toujours des prouesses en matière de solo). Autre signe distinctif de l’individu : une étonnante capacité à interpréter chaque personnage de son récit grâce à un spectre vocal qui passe tout naturellement des hurlements les plus suraigus aux grondements les plus caverneux. Etant donné que, de manière prévisible, Give me your soul ne réserve aucune surprise au plan musical, intéressons nous au scénario élaboré pour l’occasion, élément qui détermine d’ordinaire le jugement final porté sur les albums de King Diamond.

Cette fois, le goût de l’artiste pour le macabre s’attardera sur les pérégrinations de deux enfants sauvagement massacrés à la hache par leur père devenu fou, qui hantent la demeure familiale en quête d’une âme vierge pour éviter d’être expédiés en enfer. Une trame quelque peu cousue de fil blanc malheureusement, à laquelle King Diamond ne parvient pas à insuffler l’atmosphère requise pour que Give me your soul devienne une des perles de sa discographie. L’album précédent, The puppet master, avait destabilisé certains fans en raison de sa lenteur et de tendances plombées et obscures peu explorées jusqu’alors par le Danois. L’histoire de cet inquiétant marionnetiste hongrois était si savoureusement contée que tout amateur de gothic-horror ne pouvait être qu’aux anges. En outre, l’atmosphère occulte qui s’en dégageait magnifiait littéralement ce conte noir, et donnait une dimension tragique inattendue à ses principaux protagonistes. Ce ne sera malheureusement pas le cas cette fois et King Diamond et ses sbires, concentrés qu’ils sont sur la bonne exécution technique de ce récit bien conventionnel, ne parviendront jamais à faire décoller une atmosphère digne de ce nom. Pourtant, techniquement et vocalement, on ne peut rien reprocher au groupe. Quelques morceaux (Mirror mirror, Give me your soul, The floating head) se détachent même nettement du lot mais, ne serait-ce la voix unique de son frontman, ce nouvel album ne se démarque finalement guère de ces hordes de métalleux besogneux, techniquement irréprochables, mais peinant à livrer autre chose que d’ennuyeuses successions d’acrobaties musicales sans âme et sans originalité. King Diamond n’est heureusement pas tombé aussi bas mais il n’empêche qu’il est difficile de montrer réellement enthousiasmé par cette nouvelle livraison.

Voilà donc une réalisation très bien foutue techniquement - forcément -, proposant quelques morceaux aptes à satisfaire l’amateur de metal classique le plus exigeant mais qui, dans l’ensemble, manque d’envergure et de caractère. On a déjà eu droit à pire par le passé (l’immense déception que fut Abigaïl II) mais on sait pas expérience que King Diamond, quand il s’en donne la peine, est capable de concocter des choses bien plus marquantes que cet album bien trop transparent.



Répondre à cet article

Marc Lenglet