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Judas Priest : "Demolition"
Que faire sans Rob ?

samedi 12 juillet 2003, par Marc Lenglet

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Quatre ans s’étaient écoulés depuis la sortie de leur album précédent et, entre temps, Rob Halford est revenu vers le metal pur et dur avec son superbe Resurrection. Pour ses anciens comparses, placés devant la réussite totale de leur légendaire frontman, il fallait vaincre ou mourir. A défaut de périr bravement, le groupe a intelligemment contourné l’obstacle.

Jugulator avait amorcé un léger changement d’optique musicale pour le prêtre de Judas. Le groupe souhaitait sans doute laisser le temps à Ripper Owens de digérer le lourd héritage de Rob Halford. Ce dernier, égaré dans divers projets electro-indus dans les années 90, est revenu en ce début de millénaire avec un album fracassant, Resurrection : un déluge de metal flamboyant, technique et ultra-rapide, une sorte de British steel puissance mille avec la technique des années 2000, bref tout simplement ce qu’il aurait sans doute accompli s’il n’avait pas quitté la formation à l’aube des années 90. Qu’allaient faire les détenteurs "officiels" du son Priestien ? Renchérir avec une production de pur heavy metal, mission compliquée par l’obligation quasi-impossible d’égaler Resurrection pour ne pas avoir l’air ridicule ? Non. Downing et Tipton ont visiblement préféré continuer dans la veine creusée par Jugulator, histoire qu’on ne se risque pas à des comparaisons peu flatteuses entre les deux albums. Une action assez étonnante de la part d’un groupe qui a été le plus pur et le plus célèbre représentant du metal classique durant la première moitié des années 80.

Commençons par parler du fameux chanteur Ripper Owens, ex-fan hardcore du groupe engagé pour remplacer Halford. Contrairement à Blaze Bayley qui n’a jamais réussi à faire oublier Bruce Dickinson chez Iron Maiden, Owens, lui, pourrait bien y parvenir dans son groupe. Sans parvenir à rivaliser avec son prédécesseur dans les aigus, il apporte une grande variété et sa touche personnelle au chant, au lieu de se contenter de plagier bêtement le Metal-god. Capable de passer du murmure très rauque aux hurlements époumonés et d’y insuffler suffisamment d’émotion pour éviter la monotonie, on ne peut pas dire que le groupe ait fait une mauvaise affaire en le recrutant.

Demolition, s’il garde encore de nombreux reliefs du passé heavy du groupe, se tourne résolument vers l’indus, non seulement au niveau des arrangements, mais également au niveau de la composition. On retrouve beaucoup moins de solos endiablés ou de duels de guitar-heroes, et davantage de riffs binaires ou de rythmiques mécaniques que sur les autres albums du groupe. De loin en loin, on reconnaît des riffs, un tempo ou des arrangements qui rappellent des groupes comme Fear factory, Rammstein ou White zombie. De légers éléments de fusion viennent également se greffer sur l’album, notamment sur le titre "Metal messiah". Bien entendu, Judas priest reste plus heavy metal que tous ces groupes, même si on ne repère pas vraiment de grands hymnes à concert sur Demolition. Néanmoins, les nouvelles influences sont là, et il ne faut pas être connaisseur en metal pour constater que le son de Judas priest a bel et bien changé. J’espère que le groupe continuera à explorer les possibilité offertes par cette évasion indus, c’est peut être là que se situe son salut. Car, si Demolition avait été dans la veine musicale du heavy metal des années 80, il aurait été tout à fait anecdotique. Au lieu de quoi, on se retrouve avec une production, certes pas incontournable, mais qui amorce très valablement ce qu’on espère être un nouvel élan pour le groupe.



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Marc Lenglet