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James Labrie : "Elements of persuasion"
Faire différent pour faire pareil

vendredi 9 décembre 2005, par Geoffroy Bodart

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Déstabilisant. C’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’on écoute ce nouvel album du vocaliste du mastodonte du metal prog, Dream Theater. Fini le lyrisme des premiers essais en solo. Cette fois-ci, on a sorti les grosses guitares et la grosse batterie pour faire comme le grand frère. Une déception a priori qui s’amenuise au fur et à mesure des écoutes et finit par se muer en sentiment plus que positif. Il faut juste savoir prendre cet album pour ce qu’il est, et non le comparer à ce qu’on voudrait qu’il soit.

Petit prérequis : chez Dream Theater, James Labrie n’a rien à dire. Tout est composé par les quatre musiciens et le petit Jimmy n’a plus qu’à chanter ce qu’on lui dit de chanter, de la manière dont on lui dit de chanter. De temps en temps, pour éviter que le Canadien ne monte sur ses grands caribous, on lui laisse écrire les paroles d’une ou deux ballades.

Dès lors, on peut comprendre la volonté du chanteur de s’exprimer un peu plus librement au travers d’un projet solo, ce qu’il avait fait avec maestria lors de ses deux premiers essais, sous le nom un peu particulier de Mullmuzzler. Bien qu’il ne soit pas compositeur des morceaux, c’était tout de même lui qui donnait l’orientation musicale de ce projet, en profitant pour s’octroyer quelques fameuses lignes de chant. Prenant le contre-pied de Dream Theater, sans pour autant se départir des poncifs du metal progressif, Mullmuzzler offrait une belle palette de chansons, plus mélodiques, aérées et atmosphériques que celles proposées par le club des virtuoses qui a juste besoin de quelqu’un pour pousser la chansonnette et se rendre plus accessible (car nul doute que le fantasme du Théâtre du Rêve est d’être un projet instrumental élitiste, comme l’était en son temps Liquid Tension Experiment). Labrie allait même jusqu’à multiplier les ballades, lesquelles restaient ma foi fort agréables. Moins prise de tête, donc.

Pour ce nouvel opus, « la voix des rêves », comme le proclame le site du bonhomme, a laissé tomber l’appellation Mullmuzzler pour des raisons juridiques. Ce n’est pas un drame en soi, vu que cette galette n’a vraiment plus rien à voir avec les deux précédentes et que le changement de style est radical. Par contre, ce qui est plus délicat à comprendre, c’est pourquoi avoir choisi ce style-là. Elements of persuasion est en effet dans la pleine lignée des dernières fournitures de Dream Theater, à savoir : un aspect metal plus affûté que jamais, un son qui lorgne vers le trash, une agressivité exprimée sans grande nuance, et un chant qui fait coucou à James Hetfield. Et pour donner un coup de jeune au genre, on a barbouillé quelques titres d’influences neo-metalleuses pas très discrètes. On peut raisonnablement s’interroger sur les motivations qui ont ainsi poussé Labrie à faire en solo ce qu’il fait déjà avec son principal groupe. Le fait que le Petrucci & Portnoy’s Band remplisse désormais des salles comme Forest National a-t-il eu une influence sur l’orientation artistique de la carrière solo du chanteur ? On lui accordera le bénéfice du doute, pour l’instant.

James Labrie étant toutefois conscient de l’importance, de la notoriété, et, avouons-le, du talent de Dream Theater dans son domaine, il aurait été stupide de vouloir les concurrencer bêtement ou de proposer un sous-clone comme il en existe déjà tant. On n’a donc pas constamment l’impression d’écouter un groupe de pâles copieurs. Le format des titres est plus conventionnel (à une exception, jamais plus de six minutes), le schéma couplet-refrain est respecté et on a fait l’impasse sur ce qui est source d’admiration (pour certains) ou de ras-le-bol (pour beaucoup d’autres) chez les mammouths du prog : les longs délires instrumentaux qui n’amusent que les techniciens.

Comme pour me contredire, l’ouverture de Crucify, qui ouvre l’album, est une copie presque conforme de The glass prison (sans les cloches) de Dream Theater, laquelle était une légère variante de l’introduction de A change of season, laquelle différait à peine de celle de Pull me under qui était, rappelons-le, une libre adaptation des premières mesures de Enter sandman de Metallica. Tout cela est finalement très consanguin... avec toutes les dérives que ce genre de comportement emporte. Après cette introduction similaire, la chanson fait comme son modèle : elle part en couille. Ca joue inutilement vite, ça cogne fort rien que pour faire du bruit. Pas terrible, mais au moins le ton est donné. Heureusement, les choses vont aller en s’améliorant. Ca reste du bon gros metal agrémenté de nappes de claviers et de soli tarabiscotés pour faire prog, mais la qualité y est. Alors on ne boude pas son plaisir et on se laisse franchement aller sur Pretender et Alone. Labrie aussi se laisse aller et nous étale complaisamment ses capacités sur Invisible. Il fait également preuve d’une belle audace sur Freaks, très oppressant. Grosse déception par contre sur les ballades, poussives, forcées, un véritable condensé de clichés, avec une voix "chaude" et "profonde" qui répète le même refrain des milliers de fois.

Un petit mot à propos du guitariste, Marco Sfogli, jeune prodige italien d’à peine 24 ans. Il joue très bien, il faut le reconnaître. Mais son jeu est en grande partie responsable de l’assimilation qui peut être faite entre Dream Theater et cet album solo. Véritable imitateur de Petrucci, il devrait, maintenant qu’il a prouvé qu’il était un bon technicien, essayer de développer une touche un peu personnelle car, malgré son talent, la pente qu’il emprunte ne peut le mener qu’à un rôle de second couteau ou de copiste.

Bon, au final, appréciation positive ou négative ? Le groupe s’est empêtré dans une drôle de situation où il ne peut éviter la comparaison avec Dream Theater, mais où l’appréciation sera d’autant plus positive qu’on parvient à faire abstraction de cette ressemblance. Donc les fans hardcore de Dream Theater trouveront cet opus moins bon que les disques de leur groupe chéri. Ceux qui soupirent devant le nombrilisme et la prétention des New-yorkais mais aiment néanmoins du bon hard technique et bien troussé apprécieront davantage.



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Geoffroy Bodart





Il y a 7 contribution(s) au forum.

James Labrie : "Elements of persuasion"
(1/2) 26 octobre 2016
James Labrie : "Elements of persuasion"
(2/2) 9 décembre 2005, par Fab




James Labrie : "Elements of persuasion"

26 octobre 2016 [retour au début des forums]

The group has really proven something great in this album that they released. - Marla Ahlgrimm

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James Labrie : "Elements of persuasion"

9 décembre 2005, par Fab [retour au début des forums]

Que retenir d’une telle critique ?? A peu près rien, vu que vous passez plus temps à critiquer Dream Theater qu’à parler de l’album. Maintenant, je ne l’ai pas écouté, donc vous pouvez écrire ce qui vous amuse. Par contre, il est de plus en plus pénible (c’est récurrent) de lire tout le venin que vous crachez sur DT. Ayant eu à plusieurs reprises l’occasion de les rencontrer (en aftershow, et même dans les rues de Lille), je peux vous garantir que ces gars sont tout sauf ce que vous écrivez, à savoir nombrilistes et prétentieux. C’est une constante dans cet "article" : vous supposez, écrivez tout et n’importe quoi : Labrie n’a rien à dire, DT fantasme à être un projet instrumental (assertion tout de même précédée d’un "sans doute"... belle précaution digne d’un grand journaliste), DT est le "Petrucci & Portnoy’s Band". A ce propos, vous oubliez John Myung (c’est le bassiste, au cas où vous l’ignoriez), présent depuis Majesty. Dit-on des Beatles qu’ils étaient le "Lennon & McCartney’s Band". Et Depeche Mode, votre fantasme chez Pop-Rock, oseriez-vous écrire qu’il s’agit du Martin Gore’s Band ?? En voila bien un qui ne se prend pas pour de la m### !

Bref, votre lecture, si agréable par le passé, devient de plus un plus pénible, et votre style nombriliste et prétentieux (tiens, tiens ?). Personne n’est obligé de vous lire, me répondrez-vous.

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    James Labrie : "Elements of persuasion"

    9 décembre 2005 [retour au début des forums]


    Il n’y aurait ma foi aucun mal à appeler les Beatles le "Lennon & McCartney’s Band"... Idem pour DM et monsieur Gore.

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    James Labrie : "Elements of persuasion"

    9 décembre 2005, par Geoffroy Bodart, atteint de Dreamtite aigue... [retour au début des forums]


    C’est amusant que vous me parliez justement des Beatles et de Depeche Mode, moi qui protège farouchement mes oreilles de tout contact avec ces deux groupes.

    Pour ce qui est de Dream T, qu’ils soient super-sympas en coulisses et dans les rues, de Lille, je m’en moque totalement. On peut être une crème dans la vie et être un musicien pompeux. Tout comme on peut être une vraie crasse dans la vie et être d’une sensibilité hors du commun en studio.

    D’ailleurs, relever des tics propres à ce groupe qui ne me plaisent pas, ça ne veut pas dire que je n’aime pas leur musique. Je vous invite à aller lire ma chronique de Scenes from a memory (ici pour vous en convaincre. Alors autant je leur trouve un talent immense, autant certaines de leurs manies m’énervent. C’est ce qui s’appelle avoir un avis nuancé et argumenté, à mettre en opposition avec l’attitude carrée et bornée d’un fan de base (attitude que j’adopte complaisamment à propos de certains groupes, je dois bien l’avouer).

    Si je parle du Petrucci & Portnoy’s band, c’est parce que ce sont eux qui s’occupent de la production des albums et qui donnent l’orientation générale du son du groupe. Et je trouve qu’ils font ça très mal et se mettent tous les deux démesurément en avant. Vous me parlez de Myung, je l’entend pourtant à peine sur les albums tant son jeu est mis en retrait. Quant à Rudess, il est pratiquement absent de Train of Thought. J’ai toujours estimé qu’un producteur extérieur serait nécessaire à Dream T pour mettre un peu d’ordre dans leurs idées et les ramener un peu sur terre. Je sais bien qu’ils ont déjà essayé sur Falling into Infinity et que l’expérience ne s’est pas très bien passée, mais il ne faut pas me faire croire qu’il n’y a personne en ce bas monde pour comprendre leur musique et mieux la présenter.

    Quant au fantasme secret des membres du groupe que je viens de révéler en exclu, à savoir n’être qu’un projet instrumental, ce n’est un secret pour personne que les membres du groupe enregistrent l’intégralité de la musique et ensuite appellent Labrie pour enregistrer ses parties de chant. Sa voix n’est donc pas un composant de la musique, mais simplement une garniture. Dès lors, je serais curieux de savoir quel rôle créatif vous lui conférez dans le groupe. Il est clair que ce que j’ai écrit n’est pas une information délivrée par le groupe lui-même, mais une interprétation, mon sentiment forgé à la suite de nombreuses lectures (commentaires, interviews) sur le groupe et sur base aussi de leur attitude sur scène (des passages instrumentaux d’1/2 heure durant laquelle Labrie quitte la scène pour ne pas porter ombrage aux autres). Si vous êtes un coutumier du site, vous savez sans doute que nous ne proposons jamais rien d’autre dans nos chroniques que notre ressenti par rapport à ce que nous écoutons. Cet article ne fait pas exception.

    Et donc, pour ce qui est de cet album solo, la ressemblance avec Dream T était telle qu’il m’était impossible de ne pas axer ma chronique là-dessus. C’est ce qui m’a le plus interpellé dans cet album, donc j’ai poussé la réflexion un peu plus loin sur le sujet.

    Allez, ne vous en faites pas. Je suis parfois un peu vache avec le prog et Dream T, mais qui aime bien châtie bien, n’est-ce pas ?

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      James Labrie : "Elements of persuasion"

      9 décembre 2005, par Red Cloud [retour au début des forums]


      Ce n’est un secret pour personne que Petrucci et Portnoy composent l’essentiel des titres du groupe. Ca ne nie en rien le talent des autres membres ne serait-ce que par leurs qualités techniques qui les rendent difficilement remplaçables. De plus le groupe a une grande cohésion, pas besoin de changer le line-up sur chaque album.

      Dans la revue Rock Hard, Portnoy déclare que le groupe prend les décisions ensemble, cependant le groupe a besoin d’un leader, et il a toujours été celui-là.

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      James Labrie : "Elements of persuasion"

      10 décembre 2005, par Vindaloo [retour au début des forums]


      Alors ne t’engage pas dans un article sur Element of Persuasion si c’est pour, pendant plus de la moitié de l’article, critiquer autre chose. Les quelques trucs que tu cite a propos de DT comme le fait que ce sont mike et john qui compose la quasi intégralité de l’album ou encore que James vient juste taper ses paroles n’est pas faux... mais ca n’a pas grand chose à voir avec la critique que tu nous proposes en titre... alors si tu veux, fait en une chronique a part, mais fait la part des choses !

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        James Labrie : "Elements of persuasion"

        11 décembre 2005 [retour au début des forums]


        C’est pas plutôt à chaque lecteur de faire la part des choses entre ce qu’il veut retenir d’une chronique et ce dont il se fout ?

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