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Isis : "In the absence of truth"
Le stade suivant de l’évolution de l’homo metallicus

jeudi 15 février 2007, par Geoffroy Bodart

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Isis. Ce groupe est une mine. Une intarissable (du moins jusqu’ici) mine gorgée de précieux filons. Evidemment, il vous faudra creuser et vous démener, vous faire violence, prendre le temps et accepter que tout ne vous tombe pas dans le bec sur simple demande. Mais au final, quelle récompense. Car ce que vous en extrairez, ce ne sera pas le petit diamant taillé, marqué et dénaturé, mais une pierre précieuse brute, pure, intacte, celle qui a le plus de valeur et qu’on n’a pas l’occasion de contempler souvent dans une vie.

Le post-hardcore, mouvement duquel Isis est un des plus fiers représentants, n’est pas un style musical aisé. On ne va pas tenter une définition étriquée de ce style, au risque de voir rappliquer toute l’équipe des comptables du rock qui va plaider pour qu’on ne confonde pas math-rock, emo-core et je ne sais quoi en-core... Ce serait d’autant plus inutile que, même si ce mouvement s’avère assez cérébral en raison de l’implication qu’il exige de la part de ceux qui veulent s’y plonger, il n’en reste pas moins avant tout le repère d’une musique viscérale, tant de par ses brusques accès de brutalité que par ses longues plages atmosphériques qui réveillent de vieux rêves d’isolation et de plaines désertiques. Marquant au fer rouge, réduisant en esclavage ceux qui se seront tournés vers elle, la musique post-hardcore en général, et celle d’Isis en particulier, est un creuset où déverser notre part d’ombre.

Et cette musique traîtresse, dont on ne sait si elle est salvatrice ou tourmenteuse, on la doit à un homme, Aaron Turner, génial touche-à-tout qui, en plus de tenir le micro et la guitare chez Isis, a fondé le label Hydrahead Records (qui a signé entre autres les très reconnus -à juste titre- Pelican) et s’implique activement dans de nombreux side-projects et autres programmes pour promouvoir ce style musical qui lui va décidément si bien. Le reste du groupe n’est pas en reste et ne comporte que des surdoués doublés d’une mentalité d’écorché vif. Ne serait-ce que Bryant Clifford Meyer, deuxième guitariste autour de qui se sont constitués les Red Sparowes.

In the absence of truth est le quatrième album d’Isis. Il fait suite à un fantastique Panopticon qui a décroché ses galons d’album culte et assure pratiquement le rôle de mètre étalon pour toutes les productions qui ont suivies. La crainte, dès lors, de voir Isis sombrer dans la redite était bien réelle, d’autant plus que ce style musical n’autorise pas de fulgurantes révolutions au niveau du son, au risque d’être dénaturé. Indifférent à toutes ces considérations de nomenclature, le groupe est parvenu à se renouveler en douceur, sans grand bouleversement, mais sans stagnation : un peu plus de chant clair, une violence subtilement réduite malgré une production énorme, une basse mixée comme jamais et qui rappellera de bons souvenirs aux curistes. Et surtout des compositions d’une force et d’une justesse peu communes, et une importance accordée aux mélodies plus poussée qu’à l’accoutumée.

Toute la force d’Isis (et c’est une qualité que l’on retrouve chez de nombreux groupes post-quelque chose) tient dans le calme et l’aspect méthodique avec lesquels les mélodies sont construites et évoluent. Le groupe prend son temps, n’hésite pas à répéter encore et encore la même boucle mélodique, à étirer ses compositions en ne les agrémentant que de subtiles variations, en superposant de fines couches supplémentaires, jusqu’à nous amener à une déflagration qui nous secoue de l’intérieur. Ces effets de manche de musicien ne sont pas neufs, mais ils conservent leur caractère hypnotique et parviennent toujours à amener l’auditeur à un complet abandon de lui-même. Le break atmosphérique de Holy Tears, par exemple, véritable climax de l’ensemble de l’album pourrait durer trente secondes ou trois-quarts d’heure qu’on ne verrait pas la différence. Il sera toujours trop court, mais il aura suspendu le temps et nous aura complètement vidés au passage. Pareil pour le final de Not in rivers, but in drops. Quant aux passages le plus heavy, qui ne sont pas sans évoquer Tool, ils sont d’une vigueur éclatante, mais semblent moins indispensables que par le passé, les chansons étant souvent construites autour de fragiles arpèges (Wrists of kings) ou centrées sur des soli et des montées qui se permettent désormais d’être exécutés sur une guitare limpide (Dulcinea). S’ajoutent également quelques incursions électro et percussions tribales, notamment sur le tendu Firdous E Bareen et un caractère épique et flamboyant sur le majestueux final, Garden of light.

In the absence of truth est un de ces albums à écouter en entier, d’une traite, et en boucle. Il conserve le côté pesant et plombé du genre, mais n’est pas aussi hermétique que d’autres productions voisines. Il constitue dès lors une parfaite introduction à cet univers glauque et désabusé qui sied si bien aux longues soirées hivernales. De mon côté, c’est clair, si j’avais écouté cet album quelques semaines plus tôt, il aurait volé recta dans mon top 5.



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Geoffroy Bodart





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Isis : "In the absence of truth"
(1/4) 4 octobre 2016, par jame kurt
Isis : "In the absence of truth"
(2/4) 13 mai 2007
Isis : "In the absence of truth"
(3/4) 17 février 2007, par Mellotronic
Isis : "In the absence of truth"
(4/4) 15 février 2007, par Heil Icon




Isis : "In the absence of truth"

4 octobre 2016, par jame kurt [retour au début des forums]

I am very happy to read this. This is the kind of manual that needs to be given and not the random misinformation that’s at the other blogs. Appreciate your sharing this best posting.
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Isis : "In the absence of truth"

13 mai 2007 [retour au début des forums]

Que dire à part excellent comme tous les (derniers) albums du groupe.
Isis and the Aerogramme avec "In The Fishtank" est tout bonnement fantastique aussi !!!

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Isis : "In the absence of truth"

17 février 2007, par Mellotronic [retour au début des forums]

Que dire d ’OCEANIC ?

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Isis : "In the absence of truth"

15 février 2007, par Heil Icon [retour au début des forums]

ça ne vaudra jamais Neurosis !

et puis, je le trouve moins accrocheur que le Panopticon

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