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Insomnium : "Across the dark"
Eloge du siège inconfortable

vendredi 15 janvier 2010, par Vincent Ouslati

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Ce jour-là, il faisait froid par chez moi, très froid, pas surprenant à 4000 mètres d’altitude. De plus c’était l’hiver, l’hiver en août, marrante cette planète où les saisons font des ronds. Cul sur le cuir qui sent bizarre, je cherchais de quoi passer le temps, et oublier mes doigts qui bleuissaient.

Les quelques pins accrochés aux flancs de la chaîne montagneuse virent cadavériques, dépouillés. La route qui serpente du centre de La Paz jusqu’à la place principale d’El Alto oscille entre goudron (un peu) et pavés (beaucoup trop). Je faisais partie de ces passagers d’un van riquiqui qui se serraient les uns contre les autres dans un éclectique tas d’odeurs fortes. Ma voisine de gauche, grosse dondon typique, lâchait des effluves de désodorisant Air Wick et de vieille chèvre. Mon voisin de droite semblait avoir démarré la bibine dès 6h du matin.

Au moins, la chaleur du moteur couplée à l’humaine faisait un peu oublier ce pot-pourri bariolé. L’ambiance n’était pas à la fête, plutôt morne et vaseuse, elle s’adaptait à la température négative. Personne ne causait, pas un portable qui hurlait, juste les pignons qui s’épuisaient à tirer cette masse de graisse et de mailles thermiques derrière lui. A chaque pente plus raide, à chaque râlement de la boite de vitesses, on craignait que le véhicule ne stoppe, fasse marche arrière, bascule dans le vide, droit sur les habitations des hauteurs de La Paz. Mais la carcasse devait grimper 400 mètres de dénivelés, pas mal pour ces vieilles fourgonnettes gracieusement refourgu... offertes en masse par le Japon.

Tout le long du trajet, je tapotais nerveusement sur mon baladeur, peine perdue à dénicher un disque qui me tiendrait éveillé. Le dernier de Green Day (ici) est nul, ce machin d’Enhancer est à chialer de rire, et si les vieux rogatons en perm’ de Chickenfoot manœuvrent bien (démonstration par ), ils ne sont pas dans le ton du voyage, trop joyeux les quinquas, collent pas à l’ambiance.

Non, coincés dans un bus qui pue, le soleil qui ronfle et la mine de zombie affamé, il restait du death mélo pour s’ajuster aux pavillons, c’était bien la seule chose de ma honteuse sélection du jour qui convenait à peu près. Pour le coup, j’étais récemment tombé sur Insomnium, groupe de death-metal mélodique de Finlande (classique, je sais...). Across the dark m’a donc accompagné sur ces quelques milliers (de putain de merde) de pavés qui relient le monde du fond de la cuvette du monde du bord de la cuvette.

Non pas qu’Insomnium me paraisse un grand du genre, plutôt correctement doué et suffisamment original pour ne pas ennuyer sec. Pourtant, il s’est incrusté le bestiau durant quelques jours. Finalement beau et pas si attendu que cela. Les ingrédients sont connus, mais le groupe sait barder de sentiments une discrète partition de guitare, un léger clavier, un univers qui se veut délicat et divers. Car on lorgne en réalité vers le gothique, voire la pop, la dance à quelques touches près. Même le chant death n’est pas trop mis en avant, ne vampirisant pas mais accompagnant les mélodies.

Cela reste du death certes, mais Moonspell ou Samael (du temps où ils ne faisaient pas des bouses comme Above) ne sont pas très loin au niveau démarche. When the last wave ou Against the stream sont même carrément heavy, avec ces refrains chant clair qui surprennent quelque peu, un chouïa pénalisés par une voix assez quelconque, mais n’est pas Vortex qui veut non plus. Voire nous naviguons dans des relents de metal païen à l’instar du sautillant The harrowing years.

Même la gentillette death balade est correcte, proche d’un bon Paradise Lost (bonjour le name-dropping...), un bon ersatz même. La suite est plus convenue, sans sentir la faute de goût toutefois. Si le dernier disque de Unanimated, In the light of darkness reste un cran au-dessus, notamment en terme de puissance et d’accroche, Across the dark (notez ces titres originaux et subtils) est parfaitement recommandable sur les longs trajets qui mènent au toit du monde. Un disque d’hiver, quelque soit l’hémisphère.



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Vincent Ouslati





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Insomnium : "Across the dark"
(1/1) 15 décembre 2015




Insomnium : "Across the dark"

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