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Heaven & Hell : "The Devil you know"
Black Hell ou Heaven Sabbath ?

jeudi 3 septembre 2009, par Vincent Ouslati

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Je ne l’attendais pas celle-là, mais vraiment pas. Les vieux m’ont mis à terre. Voilà peu, je décide dans un grand moment illuminé de réécouter les derniers live en date de Black Sabbath, le fameux Reunion puis le non moins bon Live Radio City Music Hall de 2007. Deux directs du droit, et deux configurations figurant deux périodes fastes du groupe. Mais j’en étais à les enterrer là voyez-vous, j’en étais à les coller illico dans la fosse commune, sans espoir de résurrection. Alors merde, Heaven & Hell qui revient d’entre les spectres cette année, j’en ai la glotte qui souffre de spasmes, car sacrédieu, quel disque que ce The Devil you know !

On ne m’y reprendra pas à vouloir enfoncer dans la tombe des groupes jugés finis, pas question de réitérer pareille bourde, et certainement pas après cette fracassante leçon donnée par Heaven & Hell/Black Sabbath. Nous sommes en 2009, et Dio, Iommi, Butler, Appice remettent le couvert, cette fois-ci avec de la nouvelle ouvrage aussi lourde que l’Enfer lui-même. J’en ai appelé à tous les saints, j’ai viré ma cutie, ressorti la toge, que voila un album de heavy comme je n’espérais plus en esgourder avant longtemps.

The Devil you know a le son lourd et chaud, l’haleine du monstre englouti qui d’un coup d’un seul ressort de la grotte et bouffe tout cru ce qui passe à sa portée. Pareil album n’a pas à paraître, pas en notre époque, mais incroyablement, rien ici ne semble daté, rien ici ne parait hors d’âge. Dio, ce diablotin cornu de Dio, toujours vert malgré les années, conserve une force d’interprétation formidable, parfois moins grandiloquente que par le passé mais si peu. Comme il semble encore jeune notre petit homme, parfaitement à l’aise dans cette sulfureuse ode au heavy metal, celui qui ne se définit que par sa lourdeur, son atmosphère, ses plans de guitare infernaux.

Le son à lui seul est témoin de cette suffocante pesanteur, à peine aéré par un chant impérial. Inespéré nouvel opus, il ne fait pas que réveiller les souvenirs, il hante l’esprit, obstrue les vides de vos cavités auditives de tout son poids, de toute sa lente fureur.

Dix-sept ans que Black Sabbath formation Dio n’avait pas sorti de nouvel album, rien depuis Dehumanizer en fait. Et ce sont aux studios Rockfield que ce démon a vu le jour, après avoir été travaillé entre l’Angleterre et Los Angeles. Si l’ensemble de l’album vogue dans des eaux sombres et opaques, Iommi n’en oublie pas de sortir quelques plages plus ravageuses et immédiates, à l’image du puissant Fear, au riff parfait, qui contrebalance d’entrée Atom & Evil, masse noire et bétonnée, sabbathien jusque dans ses parties de basse, toujours finement maîtrisées par le maître Butler.

La suite n’est faite que de couches de laves à peines refroidies, que ce soit le single tout en crescendo Bible Black ou l’emporté Eating the cannibals, cette ultime fournée est aussi excellente qu’inattendue de ma petite personne. Mon seul vrai problème reste finalement Vinnie Appice, je ne parviens toujours pas à comprendre comment l’on peut juger que c’est un grand cogneur de fûts, je le trouve toujours aussi insipide et peu inspiré, juste capable de suivre le rythme de la basse, et rarement intéressant, même ici.

Je le reconnais, de petits doutes me viennent devant mon fol enthousiasme, il est fort probable que je m’emballe trop rapidement. Et qu’avec le temps, The Devil you know ne m’apparaisse plus aussi épatant que dans l’immédiat. Que voulez-vous, on a l’âme légère ces derniers temps, et lorsque l’on a devant soi pareille surprise, on en vient tout naturellement à zyeuter le papier cadeau avec une gourmandise toute animale. Voire, nous ferions la fine bouche, l’on aurait préféré un frais album du Black Sabbath historique avec un Ozzy Osbourne rafistolé.

Mais force est de constater que l’association Dio et Sab’ fonctionne, et donne encore de fameux résultats. Alors ne nous projetons pas dans un futur proche où je me rendrai enfin compte que ce disque est poussif et largué par de vieux arrivistes gagas, profitons de l’offrande, on aura tout le temps plus tard d’ouvrir réellement nos oreilles...



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Vincent Ouslati