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Hardcore Superstar : "Hardcore Superstar"
C’est en Suède, Sunset Strip ?

jeudi 29 juin 2006, par Marc Lenglet

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Pour le fan de metal moyen, la Suède fait figure de paradis terrestre : non seulement cette nation scandinave est la terre d’élection du death-metal mélodique, mais elle s’en tire plutôt bien dans les autres chapelles de la musique extrême. On pourrait également souligner que les groupes pop suédois réalisent toujours un carton immédiat dès qu’ils abordent les terres chaudes du sud. Mais le plus extraordinaire, c’est que, lorsque des Suédois se décident à aborder un genre musical typiquement américain, ils égalent voire dépassent les références du genre d’outre-Atlantique.

On peut constater ce don inné pour la copie intelligente dans le stoner (Roachpowder, Spiritual Beggars,...), dans le punk-rock à tendances californiennes (Backyard Babies,...) et aujourd’hui, dans le sleaze-rock décadent à la mode Sunset Strip, avec ce qui constitue peut-être bien le plus fantastique groupe hard de racailles depuis la mise en sommeil des Guns’n Roses : les Hardcore Superstars, une attraction plus explosive que tout ce qui avait pu être fait dans ce registre depuis plus de 15 ans. Voyez plutôt : des tronches de junkies plus vrai que nature, des chaînes, du cuir et des lunettes de soleil, et une réputation soigneusement peaufinée par la lecture attentive des tabloïds de l’époque. Ces chenapans n’ont pas hésité, lors d’une réception à l’ambassade de Suède à New-York, à transformer en sciure de conifère un journaliste finlandais un peu trop pressant !

Tout en sonnant très moderne dans sa production, le groupe dévoile un véritable creuset d’influences qui regroupe tout ce que les années 80 ont produit de plus flamboyant (ou de plus grotesque suivant les sensibilités) : Mötley Crüe, Spread Eagle, L.A. Guns, voire même un peu de Skid Row), mais aussi quelques groupes nettement plus vindicatifs, dont on sent l’influence dans le côté jusqu’au-boutiste et impitoyable de Hardcore Superstar. Ces groupes, ce sont les membres de la famille élargie de la Bay Area, les Anthrax, Death Angel ou Exodus qui ont inspiré à nos Suédois des riffs plus tranchants que ne le réclame la tradition sleaze.

On ne dérogera certes pas à la ballade dégoulinante (Standin’ on the verge), au ridicule totalement assumé, mais l’immense majorité des plages creusent dans un hard-rock furieux et destructeur, qui ne s’embarrasse d’aucune fausse pudeur pour faire gicler les décibels hors des enceintes, ne prétend rien défendre ou symboliser, ni n’apporte le moindre « génie national » à l’ensemble, puisqu’il s’agit d’un groupe suédois qui sonne plus américain qu’un T-Bone arrosé de Root-Beer. Bag on your head, We don’t celebrate sundays, Hateful, She’s offbeat et l’intégralité des autres morceaux, tous ces titres explosifs peuvent compter sur des musiciens aussi studieux et que techniquement hors-pair, sur un dénommé Jock Berge au chant, plus criard et enragé que ses modèles avoués, et sur des refrains qu’il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour ne pas trouver irrésistibles.

S’il était sorti à la fin des années 80, ce quatrième album d’Hardcore Superstar (les trois premiers n’ayant malheureusement que peu fait parler d’eux dans nos contrées) se serait déjà imposé comme une des meilleurs livraisons d’années qui ne manquaient pourtant pas d’albums du même genre. Aujourd’hui, Hardcore Superstar est tout simplement l’album sleaze ultime, celui qui, avec un petit coup de pouce du marketing, pourrait ressusciter l’esprit de cette époque à lui seul. Enfin... dans l’esprit de ceux qui prennent encore la peine d’écouter ce genre d’albums. Parce qu’il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui, à part moi et quelques autres refuzniks, ça intéresse encore qui le sleaze-rock ? Peut-on tolérer l’existence de cette escouade de malandrins qui agissent comme si les quinze dernières années du rock n’avaient jamais existé ? En ce qui me concerne la réponse est oui, d’autant plus que question groupes rock qui invoquent pêle-mêle les Stooges, Television, Joy Division ou les Happy Mondays, on a déjà dépassé le stade de la surconsommation depuis bien longtemps. Enfin, ceux qui se passionnent plus pour la prochaine livraison de groupes chevelus et oubliés de la côte ouest que pour la dernière sensation mensuelle d’outre-manche savoureront comme il se doit ce brûlot magnifique, cet album qu’on a attendu très longtemps sans oser croire que puisse encore sortir un jour quelque chose de semblable. Le prochain Mötley Crüe ? Il a intérêt à s’accrocher pour tenir la comparaison. Chinese democracy ? Paraît qu’il sort bientôt, donc disons qu’il sera là pour les quinze ans de la disparition des Guns’n Roses. Les concurrents directs paraissent tout de suite moins attrayants face à Hardcore Superstar. Quand les années 80 ressuscitent avec une telle envie d’en découdre, on fuit ou on applaudit, mais on ne reste pas indifférent. Même pour ceux dont le lattage des années 80 constitue une mission civilisatrice, il serait dommage de passer à côté d’un tel défouloir, qui réutilise tous les clichés du genre à son avantage et offre l’élément dont aucun groupe de rock actuel n’a encore retrouvé la recette : un intense plaisir primitif.



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Hardcore Superstar : "Hardcore Superstar"
(1/3) 7 octobre 2016
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(2/3) 30 juin 2006, par Tommy
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(3/3) 29 juin 2006




Hardcore Superstar : "Hardcore Superstar"

7 octobre 2016 [retour au début des forums]

Indeed, the album has left different impression to the listeners. - Bath Planet

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Hardcore Superstar : "Hardcore Superstar"

30 juin 2006, par Tommy [retour au début des forums]

Les petits suédois sont rapidement encouragés par leurs écoles à suivre des formations artistiques à raison de beaucoup d’heures semaines, ce qui explique l’excellent niveau technique général des artistes de là-bas. Pour l’inspiration et le bonn goût, il faut croire que c’est dans les gênes !

Bref, que cette terre soit bénie pour nous avoir sortis Refused, Abhinanda, Cardigans, Hives, No Fun at All etc etc

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Hardcore Superstar : "Hardcore Superstar"

29 juin 2006 [retour au début des forums]

Bravo Marc,cela fait plaisir à lire et presque à entendre tant ton vibrato pour le rock dur,dirais-je pur,brut donne envie d’écouter ces scandinaves.Francois du conseil d’etat français.

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