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Hail of Bullets : "Of frost and war"
Mein Panzer ist an der technischen Kontrolle

jeudi 27 novembre 2008, par Vincent Ouslati

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Soixante-cinq ans après l’échec du siège de Stalingrad, l’herbe a repoussé sur les rives de la Volga. L’Europe est une jolie communauté fraternelle, on se roule joyeusement des pelles entre gens du même monde, un bonheur égal imprègne notre nouvelle Tour de Babel qui craque ses burnes et claque sa thune. Nous sommes peu confiants en l’avenir, et bien peu au fait d’un passé qui se perd de plus en plus dans la nuit et le brouillard. Et puis la guerre, c’est ringard, et ça tombe que sur des pauvres ou des vieux. Pourquoi écouter encore ces témoignages ennuyeux de vétérans pleurnichards, ces restes de gâteux qui font la moue dans la boue de leur mémoire ?

Stalingrad sera moins un tournant stratégique qu’idéologique de la seconde guerre mondiale. Après l’échec de la Wehrmacht devant Moscou en 1941, les belligérants se doivent de frapper fort. Pour Hitler, le pisse-froid à la mèche folle, prendre Stalingrad serait prendre un symbole, la "cité de Staline", concept basique et idiot mais il faut marquer les esprits faibles. Quant à l’autre gros moustachu goulagophile, surtout ne rien lâcher et faire de Stalingrad une gigantesque opération marketing type "un Soviétique peut finir en Captain Igloo mais ne se rend pas". Dans les deux optiques, la ville en elle-même n’a aucun intérêt stratégique majeur, elle est un symbole à prendre ou à défendre, peu importe les civils, peu importe les cadavres, il faut faire mal à l’adversaire.

Le sujet aura offert à Jean-Jacques Annaud une nouvelle occasion de démontrer toute sa crasse incompétence cinématographique. Sur le plan musical, il ne fallait pas moins que des vétérans du death pour nous rejouer la Rattenkrieg de manière convaincante. Les cinq salopards qui se sont mis en tête de relire l’opération Barbarossa ne sont effectivement pas de la dernière promotion de pioupious. Les décorations qu’ils arborent fièrement sur le poitrail en attestent. La division blindée aux grosses cymbales est manœuvré par l’expérimenté Ed Warby (Gorefest, Ayreon, Agressor,...), aux manches de guitares l’on retrouve les deux as Paul Baayens (Thanatos, Cremation) et Stephan Gebedi (Thanatos, Legion). Et la basse, au son lourd comme le grondement d’un mortier de 155mm, est supervisé par Theo van Eekelen (Thanatos, Houwitser). Une bien belle division, expérimentée, ayant comme vous le voyez pour beaucoup passés leurs classes au camp de vacances de Thanatos Bay. On fait pire comme centre de villégiature. Cette fine équipe se voit chapeautée par le feldmarschall Martin van Drunen qui n’est pas en reste non plus niveau expérience sur le terrain (Pestilence, Bolt Thrower, Asphyx...).

Concrètement, lorsque l’on parle d’un album très centré sur l’histoire, on est en droit d’attendre un poil d’atmosphère, on veut s’y voir dans les rues gelées de Stalingrad, rampant dans la neige, les doigts de pied bleuis, les cadavres jonchant les trottoirs, crevant de faim, chassant les quelques rats pelés encore assez fous pour séjourner dans cette gigantesque ville-cimetière, où les vivants jouent les morts et les morts jouent les prolongations. Disque dédié à la Seconde Guerre Mondiale, et notamment au front Russe, l’on suit chronologiquement cette énorme boucherie, de l’Opération Barberousse (Before the storm, Barbarossa) à l’entrée des bataillons soviétiques dans Berlin en ruines (Berlin). Le plan de bataille est suffisamment bien agencé pour que l’on retrouve peu ou prou les séquences stratégiques essentielles qui se déroulent entre 1941 et 1945. Nos mercenaires ont bien planché sur leurs bouquins d’histoire contemporaine avant de composer.

Hail of Bullets a beau jeu d’aligner un effectif irréprochable, il faut encore juger sur le champ de bataille si l’offensive annoncée aura tout du succès ou de la grosse déculottée. Les premières salves vous mettent à genoux rapidement (Ordered eastward), le commando utilise des ficelles largement éprouvées par le passé, mais qui restent toujours très efficaces. Le feldmarschall, aux intonations parfois proches de la grosse voix tout en Jack Daniel’s de l’amiral briton Kilmister, enflamme les cœurs des jeunes recrues. On y croit à la victoire finale ! Les riffs lourds, la batterie qui mitraille. On est très axé sur des mid tempos pesants avec quelques speederies pour que l’adversaire ne s’endorme pas dans sa casemate. Hail of Bullets nous joue du death old-school, pas du thrash hyper technique, nul besoin d’attendre l’armistice pour s’en rendre compte. Si certains titres touchent au but, d’autres s’embourbent vite, trop pesants. Parmi les obus qui n’explosent pas, Inferno at the carpathian mountains, ou The Lake Lagoda massacre sont des échecs, totalement moisis par des riffs de guitare basiques et prévisibles.

Sur la durée, il faut surtout regretter que la rapidité d’exécution n’ait pas fait partie du plan initial. L’ensemble de la galette est lourd comme une tourelle de Panzer, et le peu de ME-262 qui décollent ont tendance à se crasher en rase campagne très rapidement. Si les bruitages de chars d’assaut, de mitrailleuses et autres joujoux guerriers nous collent un peu dans l’ambiance, on se met à penser que l’ambition qui animait nos death-métalleux s’est prise les kalachnikov dans les glaces de la Volga.

Of frost and war pêche par un cruel manque de conviction et d’audace. Un album à la thématique aussi complexe, si il est bien mené au niveau des idées, reste trop bêtement classique dans ses structures pour réellement passionner quiconque. Ce n’est pas la Bérézina, mais on se rapproche tout de même dangereusement de la débâcle.



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Vincent Ouslati





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Hail of Bullets : "Of frost and war"
(1/1) 12 décembre 2015




Hail of Bullets : "Of frost and war"

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I like the talent of this group. They are really a fin rock band. - Los Angeles Cosmetic Dentist

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