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Gwar : "Beyond Hell"
Dégénérés cosmiques

samedi 23 décembre 2006, par Marc Lenglet

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Tout avait commencé comme une blague de potaches bas de plafond : une armée d’extraterrestres évadés de X-Or et de Bioman envahissait la Terre pour transformer les humain(e)s en esclaves sexuels sur fond de gros metal burné. Concept à la con ? Bien évidemment. Il n’empêche que pas loin de deux décennies après l’invasion, ces affreuses créatures rôdent encore à travers les Etats-Unis. Sans jamais avoir effleuré le statut de gros vendeur, mais après s’être taillé une réputation de « groupe culte » hors-concours, grâce à des prestations scéniques explosives, un mauvais goût totalement revendiqué et des video-clips réalisés par des détraqués mentaux.

Gwar souffre néanmoins d’une faiblesse très dommageable : une fois évacués le côté flamboyant de chose, la joyeuse vulgarité et les costumes en latex, il ne reste pas grand chose à se mettre sous la dent à un niveau purement musical. Les monstres de Richmond se sont rarement montré aptes à composer des morceaux époustouflants. Principal obstacle sur la route de la gloire, une direction musicale très particulière : une sorte de thrash mutant distordu, avec de vagues tendances hardcore, qui passe du coq à l’âne au risque de déstabiliser l’auditeur. Malgré leurs looks de dégénérés cosmiques, les membres de Gwar n’ont en effet que peu en commun avec des groupes comme Kiss ou les Twisted Sisters, grands pourvoyeurs de rock simple, festif et très accessible. Au contraire, la musique de Gwar a toujours conservé une forte part d’imprévisibilité, au point de se perdre au cours de la seconde moitié des années 90 dans une sous-variété de rock/metal alternatif difficile à cerner.

En attendant, Gwar a mis le paquet pour enfin gagner ses galons avec ce nouvel album : Devin Townsend, autre cinglé notoire est aux manettes et surtout, la Monster Family présente Beyond Hell comme rien de moins qu’un concept-album. Oui, un concept-album madame ! Un truc construit, réfléchi et dont la portée philosophique n’échappera à personne. Voyez plutôt : pourchassée par les forces terriennes, la fratrie Gwar se réfugie aux enfers. Faute d’avoir autre chose à foutre, la petite communauté décide de voyager au plus profond du monde des ténèbres, en passant par des paliers hautement symboliques, histoire de botter le derche de Satan, petite créature insolente qui brigue le poste de « Plus gros enfoiré de l’univers ». Une version pop-corn trash de la Divine Comédie en somme, qui parodie en fait tout et n’importe quoi : par exemple, Tormentor donne l’impression d’avoir été conçu pour ridiculiser les Manowar, Hammerfall et autres vigoureux guerriers nordiques. Si le fond de la chose reste toujours aussi appréciablement décalé, la forme se montre une fois de plus sujette à caution.

On peut admirer la haute technicité des musiciens, le chant toujours surprenant d’Oderus Urungus et l’étonnante faculté de cette créature de passer en un clin d’oeil de grognements rocailleux à un phrasé semi-incantatoire de névrosé, et surtout la construction complètement imprévisible des morceaux. Ca s’accélère, ça ralentit, ça s’apaise avant de rédémarrer encore plus brutalement, ça change de tempo toutes les quinze secondes... Mais à l’usage, Beyond Hell reste quand même assez indigeste. Malgré quelques titres percutants (War is all we know, Go to Hell, la reprise bien délirante de School’s out), l’ensemble se perd dans une violence monocorde assez décevante, qui entame rapidement le crédit qu’on pourrait porter à ce nouveau délire du groupe le plus moche de la création. C’est d’autant plus regrettable que la monotonie est justement ce que Gwar cherchait à tout prix à éviter. Il est possible, si on fait preuve d’une attention soutenue, de saluer le chaos savamment maitrisé de Beyond Hell, mais si on se contente de l’écouter comme tout autre album de metal, dans l’espoir de s’en flanquer plein les esgourdes, Beyond Hell laisse la douteuse impression de fonctionner d’un bout à l’autre sur le même mode brutal et brouillon. Et pour une fois, il ne s’agit malheureusement pas d’un défaut qui se corrige de lui-même au fil du temps. Une fois de plus, c’est comme si Gwar s’éparpillait trop pour atteindre sa pleine puissance, et tablait trop sur la violence pour laisser s’exprimer la relative richesse qui est la sienne. Etrange, mais c’est comme ça. Finalement, on s’emmerde un peu trop vite à écouter la dizaine de pistes pourtant bien bouillonantes de cette plaque.

Je ne doute pas un instant que sur scène, ces même chansons puissent se révéler extraordinaires. D’ailleurs, si Beyond Hell offre au moins une certitude, c’est que ce magma hargneux, technique et original jusqu’à un certain point, donnera naissance à des shows (puisqu’il s’agit bien de cela) hauts en couleur et révigorants à souhait. Malheureusement, pour l’instant, c’est l’album studio que j’ai entre les mains...



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Gwar : "Beyond Hell"
(1/1) 25 février 2008, par rook




Gwar : "Beyond Hell"

25 février 2008, par rook [retour au début des forums]

moi je suis un fan de gwar ;vous aussi cette musique vous trouble (c comme une mauvais drogue) tu ne sais pas sur quelle pied danser.
musicalement je trouve le combo basse/batterie/chant excellent. c sur on peut pas compare a slayer c sur.oui des plan simpliste et des interlude pour moi très psychédélique ,jadore tous simplement

ragnarook

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