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Finsterforst : "...Zum tode hin"
Promenons-nous dans les bois...

mardi 12 mai 2009, par Vincent Ouslati

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Si vous vous sentez un curieux penchant pour les expérimentations hasardeuses aujourd’hui, Pop-Rock a ce qu’il vous faut. Une bucolique promenade en pleine Forêt Noire, vêtu de votre plus belle armure, la hache sur le coté en cas de mauvaises rencontres. Vous allez parcourir un petit chemin tortueux jusqu’à entrapercevoir les premières lueurs d’une chaumière. Approchez-vous, la chaumière est une taverne, et ça crie fort la-dedans, ça tape du pied, ça tripote de la serveuse. Au beau milieu du tapage, les vilains gnomes de Finsterforst sont déchainés, battent la mesure au son d’un accordéon infernal, les païens festoient, et vous, petit croisé des temps modernes que vous êtes, vous seriez tenté de remiser la hache, de commander une bière et de vous perdre dans ce bouge des nuits entières.

Oubliez quelques instants que ce groupe au nom imprononçable a pioché son artwork dans une pub du Club Med, oubliez aussi que le chanteur ne connait ni Solutricine ni le sirop gout banane. Faites abstraction de ces quelques éléments négatifs et vous obtenez un des tous meilleurs albums de pagan metal du moment.

C’est quoi ça encore le "pagan metal" ? Résumons, c’est en quelque sorte du black metal joué par des trolls avec un ogre au micro. Finsterforst ("sombre forêt" en langue Goethique) est un groupe de lutins allemands adeptes d’un gros son alimenté d’un accordéon omniprésent. Curieux, mais les bougres surent vite ce qu’ils voulaient, l’accordéoniste ayant été déniché avant même le batteur.

Que voilà le bon apport que cet accordéon, donnant cette couleur si folklorique à la musique du groupe allemand. Par contre, c’eût été trop demander qu’on me jette la goule puante qu’ils ont installé derrière le micro, on s’y fait au bout de quelques écoutes cependant, mais ce chant black d’une effroyable banalité ruine un peu la tambouille. Quelques passages voix clairs n’auraient pas été du luxe, à la manière d’un Vortex chez Dimmu Borgir par exemple.

Cinq morceaux, pas plus, mais du morceau qui oscille entre 11 et 25 minutes, ça ne sent pas le Leprechaun feignant, et nos petits êtres n’ont pas peur de s’étaler sur de longues plages atmosphériques qui sont encore ce qu’il savent faire de mieux, d’autant qu’elles permettent à Marco Schomas de fermer sa gueule ce qui n’est pas le moindre des soulagements.

Nous n’évoluons pas dans le milieu du riff de guitare calqué sur le décollage d’un Rafale (quand ils sont capables de voler, le génie français tout ça tout ça...), même si Finsterfosrt sait relever la sauce à intervalles réguliers sans faillir, on les sent bien plus à l’aise pour poser une saine ambiance de taverne, l’accordéon lancinant bien maltraité par le maitre Johannes Joseph et tout le reste qui assure correctement ses partitions sans pousser jusqu’à révolutionner la catégorie. De révolutions point, mais ce black folklorique, épique quand il le faut, et bien mené de surcroit, finit par accrocher les oreilles les plus rétives à ce type de mixture étrange.

Finsterforst emmène loin, très loin parfois, et lorsqu’il se permettent la guitare acoustique comme sur le prélude de Das grosse erwachen beau à s’en tirer les poils des naseaux, je me suis surpris à ne plus pouvoir décoller le casque des oreilles et laisser cette mélodie fantastique gentiment emplir mes cavités auditives. Pas original dans la forme, mais nos lutins ont un sens mélodique fin et pas si teutonique qu’on pouvait le craindre, à tel point que les pénibles interventions de la tumeur à la gorge en chef ne gênent plus autant qu’auparavant, elles se noient dans ces sonorités si agréables et douces, dans cette ambiance de fête païenne et joyeuse.

Je désespérais d’entendre quelque chose de supportable dans ce rayon cette année après les dramatiques cales-meuble que sont les nouveaux albums de Pestilence (le sniffe-thunes) ou Samael (éloge du vide sidéral). Les publications actuelles de black metal et/ou death sont si minables et rébarbatives que je salue tout élément un tant soit peu neuf dans ce monde claustrophobe et conservateur.

Finsterfost, plus jeune et fatalement moins célèbre que les précités a pour lui un univers fichtrement vaste et obsédant, de ces univers dans lesquels on a peur d’entrer mais d’où l’on ne sort qu’à grand-peine. Un bel album tout bêtement, auquel il ne manquerait qu’un peu plus de nuances dans les vocalises pour que le voyage soit réellement inoubliable.



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Vincent Ouslati