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Fantômas : "The director’s cut"
Cinéma d’art et d’essai

mardi 28 janvier 2003, par Marc Lenglet

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Adapter des musiques de film d’horreur à la sauce metal…A l’idée des prétentieux duels de guitar-heroes et des tentatives désespérées de sonner lugubre que cela aurait pu engendrer, on ricanait déjà intérieurement…mais vu que c’est Mike Patton, le chanteur déjanté de feu Faith no more qui s’y colle, on rigole déjà beaucoup moins et on jette un coup d’œil intéressé à la chose.

Ce sont donc en tout une vingtaine de musiques de film, certains célèbres ("The godfather", "Rosemary’s baby", "Twin peaks", "The omen",…), d’autres moins, qui sont passés entre les mains de Mike Patton et de ses acolytes (Dave Lombardo de Slayer, Trevor Dunn de Mr Bungle et Buzz Osbourne de Melvins). Et le résultat est tout bonnement…indescriptible.. ! Patton ne s’est visiblement posé aucune question : il a créé ce qui lui passait par la tête, au moment où ça lui passait par la tête, et tant pis pour ceux à qui ça ne plaira pas. Et il a eu raison, l’animal ! The director’s cut passe du metal à la pop gothique, de l’indus au doom et du music-hall au grind core sans le moindre complexe ! La première écoute laisse dubitatif, et on se demande un peu quelle est cette chose bruitiste que l’on a introduit dans son lecteur. Ensuite vient le choix cornélien entre l’adhésion ou le rejet pur et simple de cette audacieuse expérimentation sonore. Patton a véritablement disséqué et recousu chaque morceau, créant de la musique metal mutante, la version sonore de la créature de Frankenstein.

La musique du Parrain laisse ainsi très vite la place à une déferlante de sauvagerie primitive où, pendant que les musiciens tentent visiblement de mettre à mort leurs instruments, Patton éructe, vocifère et hurle comme un goret que l’on châtre. Sa voix est d’ailleurs plus un instrument à part entière qu’autre chose, car ce qu’il dit n’a que peu d’importance et vraisemblablement aucun sens. Seul le son et l’intonation de ce qu’il vomit sur les morceaux grind a de l’importance. Mais il ne reste pas cantonné aux hurlements bestiaux, loin de là, il y a aussi, sur d’autres morceaux, des gémissements déchirants, du babillage infantile horripilant et des beuglements de dégénéré que n’auraient pas renié Frank Zappa. Sans oublier sa voix de crooner malsain plaquée sur certains thèmes plus légers, mais qui gardent néanmoins un fort parfum "gothic-horror" souvent drôle. Le plus fort, c’est qu’au milieu de ce chaos musical, on parvient encore parfois à reconnaître les plus connus des thèmes musicaux originaux ! Si, à moins d’être expert en films d’épouvante, il est difficile de savoir exactement où on se trouve sur l’album, on reconnaît immédiatement la perle de ce disque : la terrifiante reprise de "Rosemary’s baby", sorte de comptine enfantine suintant littéralement de malveillance.

Bien entendu, il s’agit ici presque de musique d’avant-garde, qui balance aux orties tous les canons du rock traditionnel, et ne fait aucune concession à l’auditeur. Aussi, si pour vous, la musique est quelque chose de primesautier et superficiel, immédiatement assimilable et digérable, fuyez au plus vite, Fantômas en est l’exacte antithèse. La bande à Patton ne laissera personne indifférent : on adorera ou on détestera ce Director’s cut. Personnellement, j’adore ce disque, pour sa richesse, son inventivité, son originalité, son côté morbide et la folie furieuse qui s’en dégage, mais aussi parce que, à l’heure où même les plus grands doivent souvent faire quelque concessions à l’air du temps pour se maintenir à flots, ça fait plaisir de voir une telle bande de tarés, totalement inconscients de la réalité du marché. Et cela a semble-t-il payé puisque, en dépit de son côté abrupt, l’album a rencontré pas mal de succès.



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Marc Lenglet